14-18Hebdo

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Une des dernières lettres de Georges GUYNEMER…

Patrick Germain – 11-09-2017

 

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Le Capitaine Georges GUYNEMER

(Officier de la L.H, Médaille militaire, Croix de guerre 23 palmes)

 

A l’occasion du 20ème anniversaire de l’Armistice, en 1938, fut édité un ouvrage rassemblant quelques uns des documents les plus précieux de la Grande Guerre. Cet ouvrage s’appelait « Quelques pieux souvenirs d’un récent passé ». Bien que ces documents soient des copies des originaux, on est frappé du soin apporté à les avoir rendus « comme dans leur jus », tant l’aspect des papiers utilisés, et la reproduction des textes qui y figurent, procurent l’émotion de tenir entre ses mains des documents authentiques. Il se trouve que j’ai la chance de compter ce précieux ouvrage dans ma bibliothèque.

 

Figure dans ces « reliques » une lettre de Georges GUYNEMER envoyée à son ami Jacques MORTANE, journaliste-écrivain spécialisé dans les combats aériens de la Grande Guerre, intime et confident des As. Cette lettre répond à la demande de MORTANE à GUYNEMER, de lui adresser son témoignage sur la disparition de son ami l’As René DORME, disparu en mission le 25 Mai 1917. GUYNEMER dresse un portrait élogieux de son ami, dont il veut croire encore qu’il est vivant… Elle est datée du 3 Juin 1917, et elle fait état dans son post-scriptum des récits à venir de ses 49ème et 50ème victoires…

 

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Le sous-lieutenant René DORME « Le Père » (c’est ainsi que ses amis aviateurs le surnommaient)

 

Le sous-lieutenant René DORME, chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre avec 17 palmes, s’était vu remettre la Médaille militaire des mains du Président Poincaré. Il était crédité à sa mort de 23 victoires, bien que son carnet de vol en fasse état de 94. En effet, les normes d’homologation des victoires aériennes étaient très contraignantes dans l’armée française. Pour qu’une victoire soit en effet homologuée, il ne fallait pas moins de 3 témoins indépendants, condition difficile à satisfaire car les combats avaient lieu le plus souvent au-delà des lignes ennemies.

 

L’As des As René FONCK (un Vosgien), crédité de 75 victoires officielles, s’était vu refuser ainsi l’homologation de 51 victoires à l’intérieur des lignes ennemies.

 

GUYNEMER comptait à sa mort 53 victoires homologuées, et 35 probables.

 

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Paris, le 3 Juin 1917

Mon cher Mortane,

         

Vous me demandez quelques mots sur notre pauvre camarade René Dorme ; je m’empresse de lui rendre ce devoir.

 

La disparition de Dorme est certainement la plus grande perte qu’ait faite l’aviation. Tout le monde connait, ne fût-ce que par le communiqué, sa merveilleuse maîtrise, montée ( ?) faite de virtuosité dans le pilotage, d’une science incomparable dans l’approche de l’ennemi, d’une rare précision de tir et par-dessus tout d’une audace calme et réfléchie que rien ne troublait. Mais ce que l’on ne connaîtra jamais assez ce sont les qualités non plus du soldat, mais de l’homme.

 

Sa droiture, sa simplicité, sa bonhommie lui avaient…

 

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… valu l’affection de tous. D’une énergie de fer, il était la douceur même : Le père Dorme !

 

Quel que soit son sort, tous ses camarades ont la volonté de le venger, mais malgré de sinistres nouvelles, nous voulons douter encore et garder au cœur l’espoir qu’après la victoire nous reverrons notre vieux camarade dont nous ne pouvons parler sans émotion.

 

G. Guynemer

 

P.S Je vous enverrai plus tard les quelques notes demandées.

En tout cas 49e le 27 et 50e le 28 sur mon appareil.

   

 

Le Capitaine GUYNEMER est mort en mission, le 11 Septembre 1917, à Poelkapelle, en Belgique.

 

Texte de sa dernière citation

« Mort au champ d’honneur le 11 Septembre 1917. Héros légendaire, tombé en plein ciel de gloire, après trois ans de lutte ardente. Restera le plus pur symbole des qualités de la race : ténacité indomptable, énergie farouche, courage sublime. Animé de la foi la plus inébranlable en la victoire, il lègue au soldat français un souvenir impérissable qui exaltera l’esprit de sacrifice et provoquera les plus nobles émulations. »

 

La devise de GUYNEMER, « faire face », est devenue celle de l’Ecole de l’Air.

 



22/09/2017
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