14-18Hebdo

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Souvenirs de guerre 1914-1919 (Paul Boucher) - Ch 7-3 - La vie de secteur, les relèves, le repos.

Chapitre 7 – La vie de secteur, les relèves, le repos.

 

Document transmis par Renaud Seynave, son petit-fils - 26/05/2016

 

 

Paul Boucher 7-3 Image1 Paul Boucher 1915.jpg

Paul Boucher en 1915 (2e en partant de la gauche)

 

Le 29 août 1915

Tandis que le lendemain je vois Millerand et je rejoins ma Cie à Saint Hubert non s’en m’être réglementairement présenté à l’arrivée au colonel Jacquemot qui fut des plus aimables tandis que je restais de bois. On doit relever, nous qui sommes relevés par le 13e bataillon de chasseurs alpins bien connu. Grand diner avec B. de La Tour, France, C. Cassin du 53e, monde bien plus gai et allant que ceux du 152e.

 

Paul Boucher 7-3 Image2 JMO 13-09-1915.jpg

Journal de campagne du 152e du 29 août au 13 septembre 1915

 

Le 3 septembre, nous descendons à Saint-Amarin où je couche chez M. Kuster. Jacquemot nous réunit et nous annonce qu’il part à Salonique avec Sarrail. Bien sûr aucune réception, adieux dans la rue au cours desquels il a eu quelques paroles aimables. « Allons Boucher, un des plus anciens, bonne chance ».

 

Nous passons une grande revue du 152e et 15e BCP, moi à cheval, au cours de laquelle le général Serret rend la première fourragère, croix de guerre au drapeau du 152e porté par Candau et l’après-midi, nous sommes présentés au nouveau colonel du régiment, le lieutenant-colonel Segonne. Le même jour, nous avons une joyeuse réception des 5e et 6e Cies.

 

Le 8 septembre, ma Cie étant de jour, je rends les honneurs à une caravane d’officiers neutres (Américains, etc.). Comme nous venons de toucher nos casques, mon casque (celui que j’ai encore) est essayé par toutes les têtes. Par la même occasion, je vois Tonnelier, conducteur d’autos et pour changer, nous repartons pour notre Hilsenfirst.

 

Le 9 septembre, de 7 heures du matin à 15 heures, avec une grande halte au Markstein, je monte à cheval sur le grand goéland, cheval de la 5e Cie et l’ordonnance Barcat. A ce moment arrivent Morand venu après Metzeral et un nommé Mercadier, celui-ci parent du Colonel de Poumayrac était venu des territoriaux pour être avec son cousin à l’état-major du régiment.

 

Paul Boucher 7-3 Image3 PB et son cheval Goeland.jpgPaul Boucher et son cheval Goéland

 

Entre temps, Jacquemot était revenu et avait renvoyé dans une Cie Mercadier et c’est moi qui avais hérité de ses doléances et de ses manies.

 

Changement de colonel, Mercadier est repris par Segonne qui m’envoie Candau, jeune artilleur venu volontairement dans l’infanterie et nous sommes à nouveau installés au camp Brun, très confortablement. Baraques en planche, le bois abonde. Nous en brûlons une quantité phénoménale, des parties de cartes sont organisés avec Grosdidier.

 

Le dimanche, il y a une messe. On a construit une très jolie chapelle de bois. L’après-midi, concert… à quelques centaines de mètres des boches. On ne savait pas. Les canons de 120 sont partis.

 

Voici l’explication : lors de notre première montée, le 152e devait attaquer le Kahler-Wasen au petit ballon. Cette attaque allait de paire avec celle du Linge. Les deux combinés visant à compléter le dégagement de Munster et permettre aux deux divisions 47 et 66 d’avoir des communications. Le Linge ayant échoué, nous sommes quittes de l’attaque du petit ballon qui aurait été très dure avec d’immenses glacis et des boqueteaux remplis de mitrailleuses.

 

Le commandant Aubert s’en va, il est remplacé par Monnet du 15e chasseur. Il peut sembler froid au premier abord mais c’est un homme aimable. On parle et on se réjouit de l’offensive de Champagne…

 

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Journal de campagne du 152e du 24 septembre au 3 octobre 1915

 

 

  

« La gazette du centenaire n° 21»

Editée en septembre 2015 par la cellule communication du 152e RI à Colmar et transmise par le lieutenant-colonel Bodénès de la direction des Ressources Humaines de l’armée de terre.

 

Septembre 1915, repos à Saint-Amarin

Entre le 1er et le 3 septembre, les bataillons chacun à leur tour sont relevés sur l’Hilsenfirst par le 47e BCA et le 13e BCA puis descendent vers Saint-Amarin et l’usine de Malmerspach. Les renforts continuent à arriver chez les Diables Rouges qui bénéficient enfin d’un repos bien mérité. Mais avant tout, il faut se préparer pour la cérémonie de remise de la croix de guerre au drapeau du régiment qui aura lieu le 7 septembre. Alors, après la toilette et le nettoyage des tenues et des matériels, les soldats misérables et crasseux qui sont descendus quelques jours plus tôt se transforment en magnifiques poilus à la poitrine gonflée d’orgueil qui enchaînent les exercices en rangs serrés sous l’œil admiratif des Alsaciens reconnaissants. Pourtant, ils ne sont plus si nombreux ceux qui ont participé aux actions qui ont valu les trois premières citations du régiment.

 

Le 6 septembre, le lieutenant-colonel Jacquemot quitte le régiment pour rejoindre le général Sarrail comme chef d’état-major du corps expéditionnaire d’Orient et n’assiste pas à la cérémonie du lendemain. C’est le commandant Bron qui commandera provisoirement le régiment pour l’occasion.

 

Paul Boucher 7-3 Image5 General Serret Croix de guerre.jpg7 septembre 1915, le général Serret décore de la croix de guerre le drapeau du 152e RI

 

Le 7 septembre à 09h30, sous un soleil radieux, le général Serret commandant la 66e division et le général Goybet commandant la 81e brigade passent en revue le régiment. Mais laissons le caporal Chapatte nous raconter cette journée (extrait de Souvenirs d’un poilu du 15.2) : « Aujourd’hui a lieu dans le champ de manœuvre de Saint-Amarin, où nous venons souvent faire l’exercice lorsque nous sommes au repos, la remise de la croix de guerre au régiment.

 

Cette cérémonie patriotique a attiré de nombreux Alsaciens et Alsaciennes qui ont en haute estime le 15-2. Au premier rang nous remarquons la famille Scheurer, de Bitchwiller, bien connue de tous pour sa généreuse et inlassable hospitalité, son cœur bien français et sa prédilection pour le 15-2. Un des fils de cette belle famille, le sous-lieutenant Pierre Scheurer, porte-drapeau de notre régiment, a été blessé mortellement au Vieil-Armand le 26 avril.

 

Compagnie par compagnie, formant un immense carré, tout le Quinze-Deux, d’une tenue impeccable, est là, rassemblé, baïonnettes aux canons, sabres au clair.

 

Après le commandement de « Présentez-armes » retentit la sonnerie « Au Drapeau ». Le régiment tout entier est comme figé dans son immobilité. Dans les rangs des spectateurs, les hommes se découvrent. C’est au milieu d’un silence religieux qui plane majestueusement sur toute la foule que le général Serret épingle la croix de guerre à notre drapeau, en prononçant la phrase suivante que nous entendons très distinctement : « Drapeau du 15-2, qui cache en tes plis tant de noms glorieux dont la liste va s’allonger, je te remets la croix de guerre ». [….]

 

La cérémonie se termine par un défilé en musique et le soir Saint-Amarin est en liesse. La musique, qui donne un concert sur la place, joue Alsace-Lorraine, morceau bien de circonstance. […]

 

Aux accents de cette marche que chacun fredonne, Alsaciennes et poilus dansent de joyeuses farandoles.

 

Ce soir la gaîté règne et les misères du front sont oubliées. »

 

Ce même jour, le lieutenant-colonel Segonne arrive au corps et prend le commandement du régiment.

 

Retour sur l’Hilsenfirst :

Le repos aura été de courte durée car dès le 10 septembre le régiment en entier remonte sur l’Hilsenfirst pour relever les chasseurs alpins après une marche longue et épuisante. Le chef de corps du 15-2 prend le commandement de tout le secteur.

 

Le temps est toujours mauvais sur les hauteurs, pluie et brouillard, la routine de la vie de tranchée reprend, rythmée par le fracas des obus et explosions de grenades et de torpilles, les échanges de coups de feu et les patrouilles. Après le lance-flammes en août, le 15-2 découvre un nouvel ennemi, l’avion d’observation qui repère les positions et les concentrations de troupe pour guider l’artillerie. Ainsi deux avions survolent le régiment le 23 et le 24 septembre et réussissent à s’échapper en dépit des tirs de barrage des mitrailleuses et des canons de 75 mm. Les blessés et tués bien que peu nombreux sont quasi quotidiens et les renforts viennent régulièrement combler les trous dans les compagnies.

 

 

L’aviation au début de la grande guerre

 

Paul Boucher 7-3 Image6 Avion.jpgBiplan allemand du type « Aviatik »

 

Au tout début de la guerre, il y avait encore des débats sur l'utilisation (ou l'utilité) de l'aviation dans la guerre. De nombreux officiers parmi les plus âgés étaient en effet sceptiques. En Allemagne, les succès des premiers zeppelins ont largement éclipsé l'importance des appareils plus lourds que l'air. D'après un rapport de 1914, l'armée allemande disposait de 230 appareils en août 1914, dont seulement 180 étaient utilisables. Les exercices militaires français de 1911, 1912 et 1913 avaient expérimenté la coopération entre l'aviation, la cavalerie et l'artillerie mais la coordination manquait de rapidité et de souplesse. La Grande-Bretagne avait pris du retard et se reposait largement sur l'industrie aéronautique française, en particulier pour les moteurs. La contribution britannique au début de la guerre ne se montait qu'à trente appareils. L'armée américaine était complètement dépassée et même lorsqu'elle entra en guerre en 1917, elle était totalement dépendante des industries aéronautiques françaises et britanniques.

Les premières batailles de 1914 ont prouvé que la cavalerie ne pouvait plus réaliser les missions de reconnaissance à cause de la puissance de feu très élevée des armées du XXe siècle. Les états-majors réalisèrent vite que les avions pouvaient localiser l'adversaire, notamment parce que les reconnaissances aériennes jouèrent un rôle crucial lors de la « guerre de mouvement » de 1914 en aidant les alliés à stopper l'invasion de la France. Le 22 août 1914, le capitaine britannique Lionel Charlton et le lieutenant V.H.N. Wadham rapportèrent en effet que l'armée du général allemand von Kluck se préparait à encercler la force expéditionnaire britannique, contredisant ainsi toutes les autres sources de renseignement. En septembre 1914, lors de la première bataille de la Marne, les avions d'observation découvrirent les points faibles et les flancs exposés de l'armée allemande.

C’est en France, lors des grandes manœuvres de 1909, que sont faites les premières expérimentations de l'emploi militaire des aéroplanes. Pourtant, en 1914, l'aviation militaire n'est toujours considérée que comme un moyen supplémentaire mis à la disposition des forces terrestres pour accomplir des missions d'observation et de renseignement. Les appareils n’emportent aucun armement ; ce sont les équipages qui prennent l'initiative d'emporter avec eux des armes légères (fusils, puis mitrailleuses) pour attaquer les observateurs ennemis en cas de rencontre. L'importance des résultats acquis par l'observation aérienne conduit toutefois le commandement à spécialiser certaines formations dans l'attaque des avions d'observation ennemis ; ainsi naît la première arme de l'aviation militaire : la chasse. Au cours du conflit, deux autres spécialités nouvelles voient le jour : aviation d'observation de l'artillerie et aviation de bombardement.

 

Premières missions de reconnaissance sur le front de l'Ouest

 

Paul Boucher 7-3 Image7 Biplan Avion.jpgBiplan de reconnaissance D.F.W. B.I (1915)

 

 

À la fin de 1914, les lignes de ravitaillement allemandes s'étiraient de la Mer du Nord à la Suisse. La guerre de mouvement initiale était terminée et le front s'était stabilisé. Les trois missions principales des escadrons de reconnaissance émergèrent à partir de mars 1915 :

  • des missions de reconnaissance photographiques permettant de construire une carte du réseau de tranchée ennemi ;

  • des missions de reconnaissance permettant à l'artillerie de tirer sur des cibles invisibles depuis la position de tir. À partir de mars 1915, des appareils biplaces furent équipés de radios primitives permettant de communiquer à l'aide du code Morse, mais ne disposaient pas de récepteur ;

  • des missions de survol du champ de bataille permettant de communiquer avec l'infanterie en cours d'offensive. La technologie ne permettant pas de contact radio, les méthodes de communication étaient nécessairement primitives et incluaient le largage de messages depuis l’avion.

Fin de la troisième partie du chapitre VII

 



27/05/2016
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