14-18Hebdo

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Souvenirs de guerre 1914-1919 (Paul Boucher) - Ch 12-3 – Le 16 avril 1917- Ce que j’ai vu- Le Chemin des Dames-Mon passage à l’état-major

Chapitre 12 – Le 16 avril 1917- Ce que j’ai vu- Le Chemin des Dames-Mon passage à l’état-major – 3e partie

 

Document transmis par Renaud Seynave, son petit-fils - 10/11/2016

 

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Paul et Henry Boucher en 1915

 

Tout fait présume l’échec mais nous n’osons croire qu’il est total, tant nous espérions.

 

Le lendemain, nous faisons le même trajet en avant et au retour. On sent l’hésitation du commandant. L’échec est complet, nous demeurons au bivouac sans ordre les 18, 19, 20 et 21 avril, inactifs et désœuvrés. On parle de changement dans les grands chefs. Les officiers discutent à perdre haleine. On parle de la suppression totale des permissions, erreur formidable du commandement.

 

Depuis longtemps, le poilu ne vivait que pour la permission. Le temps se croisait entre deux permissions. Le tour était sacré quoi qu’il arrive puisqu’entre temps la mort pouvait venir. C’est la permission qui a soutenu le moral de l’avant et celui de l’arrière car le poilu le plus poltron crânait à l’arrière. On pouvait faire varier le taux des permissions, 29%, 50% 10% et même 5% en repos, mais sans suppression totale car la permission était le seul espoir du poilu. Cette suppression a été à mon avis après la désillusion de l’échec d’une offensive tant vantée comme « la dernière des dernières » la cause principale du découragement enchaînant les mutineries.

 

Les journaux n’avouaient pas l’échec mais même la ligne déclarée atteinte était loin de l’être, du moins là où je me trouvais car dans ces souvenirs, je ne parle que de ce que j’ai vu ou reçu de témoins directs.

 

En face du bois de Beau Marais, on avait juste occupé un petit saillant boche dit le bastion de Chevreux au sud de la halte du même nom sur le tortillard de Corbeny à l’est du fameux plateau de Californie, terminus du plateau du Chemin des Dames et du village de Craonne.

 

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Journal de marches et opérations du 68e BCA du 18 au 23 avril 1916 (Ministère de la Guerre).

 

Le 22 avril, nous relevons les occupants du bastion avec deux Cies. Je demeure à Beau Marais et vais faire des tournées au bastion relié par un boyau pour repérer une patrouille de boches. J’en mets une en fuite.

 

Les Allemands bombardent avec des petites bombes à ailettes très morcelées à l’éclatement. Notre camarade, le capitaine Bassié, venu de la cavalerie, avec lequel je dinais joyeusement à Saint Jemine, reçoit un de ces éclats qui le tue raide. Je salue son corps que le commandant Dupont décore.

 

On ramène un pauvre blessé qui gisait dans un trou d’obus depuis le 17, sans pouvoir remuer, sans manger, ni boire. Il a été entouré de bombardements et a vu le soir des patrouilles. Après l’avoir un peu réconforté, sa première parole fut pout nous indiquer l’itinéraire habituel des patrouilles boches faciles « à poisser » dit-il sans songer à se plaindre. Nous sûmes qu’il mourut peu après tant il avait été épuisé. Nous avons reçu la médaille militaire à la suite d’un rapport spécial du commandant Dupont. Nous sommes un peu bombardés, nos brancardiers sont blessés. Léo, un pasteur protestant fort distingué, très dévoué et Péry du Tholy, frère de l’ancien jardinier de mes parents furent tués aussi à la guerre.

 

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Journal de marches et opérations du 68e BCA du 26 avril au 1er mai 1916 (Ministère de la Guerre).

En haut de la page de gauche, la mort du capitaine Bassié est indiquée.

 

J’installe sur ordre une section de mitrailleuses pour protéger le PC du colonel Payard. Au premier tir, le colonel m’ordonne de cesser, crainte d’attirer l’attention de l’ennemi et le bombardement. Le bois de Beau Marais est violemment bombardé par obus à gaz. Nous mettons nos masques. Je reçois l’ordre d’envoyer deux pièces de mitrailleuses dans la plaine entre Chevreux et la falaise de Craonne. Cette section est sacrifiée d’avance. Je le signale à Bertinet et au commandant. Un camarade devait appuyer ces deux pièces avec une section de la 9e Cie. Les hommes vus de partout ne peuvent pas bouger de la journée. Les mitrailleurs face à l’avant sont isolés, la section de la 9e n’est pas en place. Je le signale de nouveau au commandant qui en rend compte au colonel Payard de l’inutilité. Il répond « Restez, l’ordre est formel ».



11/11/2016
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