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Souvenirs de guerre 1914-1919 (Paul Boucher) - Ch 12-2 – Le 16 avril 1917- Ce que j’ai vu- Le Chemin des Dames-Mon passage à l’état-major

Chapitre 12 – Le 16 avril 1917- Ce que j’ai vu- Le Chemin des Dames-Mon passage à l’état-major – 2e partie

 

Document transmis par Renaud Seynave, son petit-fils - 04/11/2016

 

  

Paul Boucher 4-2 image1.jpg

Une partie de la 4e section de la 1ère Cie commandée par le lieutenant de réserve Paul Boucher en septembre 1914 à Soultzeren. (Paul Boucher est le 3e en partant de la gauche, rangée du bas).

 

Les hommes sont comme une ruche autour de leur soupe pour lui ressembler.

 

J’ai acheté un burberry de même couleur et que j’enroule en sautoir.

 

Le moral est excellent, persuadé que nous pourrons avoir à user de nos revolvers. Nous faisons un carton qui épuise rapidement toutes mes cartouches. Je veux m’approvisionner en cartouches, le corps n’en a pas, les voisins non plus. Je ne peux tout de même pas partir sans chargeur. J’envoie mon sous-officier de cavalerie avec un bon signé du commandant. Il trouve un dépôt d’armée cantonnant des milliers de cartouches, mais le gestionnaire refuse de donner une boite de 25.

Rien n’y fait, ni peut le faire réfléchir. Je me trouve à quémander une par une aux camarades, de quoi avoir un chargeur au moins complet et je suis tranquille pour la suite !

 

Dans la soirée du 15 avril, la division passe l’Aisne et s’avance très péniblement dans la nuit. Nous heurtons les tanks qui vont se faire détruire le lendemain dans la plaine de Serincourt et nous arrivons sous une pluie fine dans un pré boueux où nous sommes forcés de demeurer debout toute la nuit.

 

Beau repos pour des troupes d’attaque. Le groupe est pointe de l’avant-garde. Le bataillon est l’extrême-pointe. C’est réjouissant !

 

Les ordres sont donnés. Nous devons marcher droit en direction de la « ferme du choléra ».

 

Le 16 avril au petit jour, nous gagnons le bois de Beau Marais et passons à la hauteur des batteries qui tirent dans le vague car le temps est couvert. Il pleuviote, nous sommes boueux et nos poches sont lourdes d’un agglomérat humide de tabac et de pain, de chocolat et de lettres qui dégoûte chacun. Les semelles sont pesantes, bref on a tout du « léger chasseur » avec trois jours de vivres. On a la légèreté du scaphandrier ou à peu près…

 

L’attaque se déclenche sans grand bruit. Nous n’entendons rien et cependant toute la 68e division, 12 000 hommes, 300 chevaux, sont là massés à la lisière du bois de Beau Marais. Il est évident que les renforts doivent déboucher !

 

Que va-t-il se passer si nous recevons un fort bombardement ? Une boucherie, c’est à quoi nous songeons en attendant l’arrivée habituelle de prisonniers indiquant que la première ligne est prise ou bien de reflux des attaquants en cas de non réussite. Malgré tout, nous espérons.

 

Le temps passe, rien, pas un prisonnier, quelques blessés français disant que rien ne marche. Nous ne nous émouvons pas car les blessés sont toujours pessimistes, nous l’avons déjà vu maintes fois.

 

Quelques crépitements de mitrailleuses et voici les shrapnels qui arrosent notre lisière, les hommes se couchent mais voici quelques mulets qui eux ont débouché et reçoivent des éclats. Aucun ordre du commandant, grand flottement et c’est seulement à la nuit, pendant que quelques unités demeurent dans les tranchées de départ, que nous regagnons les baraques au Bois des Couleuvres au sud, à 3 km en arrière après une marche pénible.



04/11/2016
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