14-18Hebdo

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Souvenirs de guerre 1914-1919 (Paul Boucher) - Ch 12-1 – Le 16 avril 1917- Ce que j’ai vu- Le Chemin des Dames-Mon passage à l’état-major

Chapitre 12 – Le 16 avril 1917- Ce que j’ai vu- Le Chemin des Dames-Mon passage à l’état-major – 1re partie

Document transmis par Renaud Seynave, son petit-fils - 26/10/2016

 

 

Paul Boucher 6-1 Image4 Paul Boucher a Cheval.jpg
Paul Boucher et son cheval Goéland

 

Le 3 avril, les officiers commandants de Cie partent en auto en reconnaissance avec le commandant de groupe, le colonel Paillard et son adjoint, le capitaine Regard ancien du 24e soigné par Yvonne Vautrin, ce qui me vaut en reconnaissance une grande amitié et bien des services.

 

Nous avons avec nous les commandants de Cie du 28e et 67e qui sont les autres bataillons du groupe. Nous passons l’Aisne et arrivons à la ferme de La Fontaine-aux-Viviers au sud du bois de Beau-Marais. Nous allons en ligne à travers ce bois sans chemins avec des sentiers marécageux où nos mulets ont bien du mal à passer.

 

Est-ce là le terrain de la percée ? Je ne veux pas le croire. Les jours se suivent sans se ressembler. Le lendemain, nous partons pour deux heures à Paris avec le commandant que j’invite chez Prunier.

(Note de Renaud Seynave : Prunier est un célèbre restaurant de poissons à Paris).

 

Au retour, je rencontre à Château-Thierry, Pierre Claude. Nous rejoignons le bataillon. La Cie est logée dans une grande ferme et chasse de Gelli, le parfumeur. La guerre est un singulier mélange de civilisations et de barbares. Un jour de combat, les hommes doivent être déchainés et tuer d’autres hommes à coups de couteau. Le lendemain, défense de tirer un lièvre. Ce n’est pas un crime de tuer un boche, c’est un honneur. Comprenne qui voudra !

 

On nous rappelle impérieusement que la chasse est défendue sous peine de sanctions les plus sévères. Que cela peut-il faire à nos hommes qui vont aller à la mort ?

 

Nous sommes dans un abri et nos chasseurs sont tous plus ou moins braconniers. J’entends de nombreuses détonations. Un garde-chasse demande de parler au chef. Il se plaint de braconniers qui l’ont menacé. Je lui réponds « Que voulez-vous, nos braves seront peut-être morts dans deux jours. Leur vie est-elle moins précaire que celle d’un lièvre ? Ne peut-on leur faire ce plaisir et puis, ne vous y fiez pas, le coup de fusil est facile ! ». « Dans ce cas » dit le garde-chasse. « C’est moi qui vais les guider et leur montrer le gibier. »

 

Ce fut toute la journée une fusillade sans pareille. A la tombée de la nuit, je vis avec inquiétude un groupe compact sorti du bois, se dirigeant vers la ferme. Je crains un accident car on semble porter de lourdes charges, mais c’est le tableau de chasse : un sanglier, quatre chevreuils et dix lièvres. Les soldats portent solennellement les dépouilles. Je commande de la viande et suspends le tout dans une chambre de la ferme.

 

La liaison m’apporte une note foudroyante de la brigade. Le 28e BCA, coupable de chasse est alerté et fera l’exercice demain.

 

J’invite le commandant et je lui montre sans sourciller notre réserve de gibier !

 

Le soir, il assiste à un festin sans pareil avec de nombreux camarades. Toute la Cie est en liesse, c’est un dernier plaisir pour beaucoup et notamment pour un charmant camarade venu nous rejoindre à la Tête de Faux, le capitaine Bamé qui allait tomber quelques jours plus tard.

 

Le lendemain de cette journée mémorable, nous faisons étape dans un patelin ignoble où nous bivouaquons. La cuisine roulante transporte le reste du gibier. Nous arrivons dans une région gorgée de troupes. On arrive juste pour remplacer des troupes qui partent, le tout dans une sale boue. Le temps étant pluvieux, nous sommes affectés au G.A.R ou groupe d’armée de rupture ou « gueules amochées rapidement » sur les ordres du général Duchêne et notre division doit être à l’avant-garde.

  

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Journal de marches et opérations du 68e BCA du 11 au 17 avril 1916 (Ministère de la guerre).

 

Dimanche 15 avril 1917

La ligne doit être d’abord percée par d’autres et nous devons nous engager dans la brèche ouverte entre Craonne et Berry-au-Bac. Tout cela se dit partout, des cuisines aux états-majors, nous cantonnons à Romain où je vais faire mes Pâques auprès d’un rustre aumônier qui me prend pour un soldat de 2e classe. Il me pose des questions des plus saugrenues. Le dimanche 15 avril, toute la division bivouaque au ravin de Beau-Gilet, en veillée d’armes. La préparation d’artillerie nous semble faible. C’est le vent qui porte mal. Nous touchons trois journées de vivres car aucun ravitaillement ne pourra aller plus vite que nous. Les mulets ont de petites balles de paille, les mules très douces nous suivent, ce qui leur fait faire la grimace ! C’est que les mulets et les mules doivent toujours être à l’arrière.



28/10/2016
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