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Souvenirs de guerre 1914-1919 (Paul Boucher) - Ch 10-2 – Le départ pour la Somme

Chapitre 10 – Le départ pour la Somme – 2e partie

Document transmis par Renaud Seynave, son petit-fils - 01/09/2016

 

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Le capitaine Paul Boucher et son cheval Goéland qui le suivra au 68e BCA

 

Etonnant voisinage anglais, le prince de Galles cantonne ici et notre fanfare lui donne une aubade…Nous voyons des troupes qui descendent du front dont Martin, capitaine de 70e BCA ancien du 152e RI. C’est peu réjouissant !

 

Sale cantonnement, bons convois français et britanniques, ceux-ci merveilleux de tenue.

 

Nous sommes dévorés par les mouches, il fait chaud, je me baigne dans le canal latéral de la Somme.

 

Le 27 août, nous allons à Sailly où cette fois il faut coucher sous la tente. Le 152e est déjà engagé. J’apprends que mon ancienne Cie a beaucoup souffert d’un bombardement. Le capitaine Gusard et le sous-lieutenant Fernandez ont été tués, le lieutenant Bassenenet amputé.

 

Précisément, le 30 août, on enterre ces officiers à Sailly et je vais à leur enterrement avec un détachement et la fanfare. Je prononce quelques mots.

 

Le 31 août, nous partons en reconnaissance des lignes, dans la boue. C’est la grosse bataille et les routes sont gardées.

 

Le 1er septembre, le bataillon monte en ligne par une marche essoufflante ; outre mes mitrailleurs, j’ai un petit canon de 37 qui nous donne de l’embarras, nous marchons au milieu des lueurs et des détonations et nous relevons le 41e BCP et c’est là qu’un fils de Camille Krantz a trouvé la mort.

 

La journée du 2 septembre, grands préparatifs, nous sommes très peu inquiets, quelques fusants. Cléry est un village tout en longueur, le long et sur la rive droite de la Somme.

 

Les obus tombent pour la plupart dans le marais, c’est moins terrible que sur l’Hartmann.

 

Fin de la 2e partie du chapitre 10

 

(Note de Renaud Seynave : J’ai inséré la gazette du centenaire du 152e pour deux raisons. Nous avons suivi depuis le début de la guerre Paul Boucher, officier de réserve au 152e RI. Il est affecté depuis juin 1916 au 68e BCA.

Le 152e RI quitte l’Alsace en juillet 1916 et se retrouve proche du 68e BCA…lors de la bataille de la Somme)

 

« La gazette du centenaire du 152e RI n° 31 »

 

Editée en juillet 2016 par la cellule communication du 152e RI à Colmar et transmise par le lieutenant-colonel Bodénès de la direction des Ressources Humaines de l’armée de terre.

 

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JUILLET 1916, ADIEU L’ALSACE :

En cet été 1916, la bataille de Verdun fait rage et depuis le 1er juillet dans le nord de la France, une offensive franco-britannique sur la Somme a été déclenchée. L’armée française, fortement engagée sur le secteur de Verdun, a confié au général FOCH le commandement de cette opération dans laquelle la majorité des troupes fait partie du corps expéditionnaire britannique. Le front des Vosges étant stabilisé depuis le mois de janvier 1916, le commandement français décide de renforcer le secteur de Verdun et de la Somme en prélevant des troupes dans les secteurs plus calmes. C’est ainsi qu’en ce début juillet, le 15-2 redescend dans la plaine à Saint-Amarin pour prendre la route le 3 juillet vers un camp d’entraînement près d’Épinal puis vers la Picardie où il va être bientôt engagé. A ce moment le régiment ne sait pas encore qu’il quitte définitivement l’Alsace, qu’il ne reverra plus au cours de la campagne l’agréable vallée de la Thur, qu’il ne reverra plus non plus les crêtes fameuses où pendant deux ans, presque sans arrêt, il a lutté avec une énergie farouche qui lui a valu, de la part de l’ennemi, le surnom de « régiment du diable ».

 

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De Saint-Amarin vers Arches

 

Le régiment se rend tout d’abord, par étapes de 20 kilomètres à pied, au camp d’instruction d’Arches dans les Vosges. Le premier soir, l’état-major cantonne avec le 2e bataillon, la compagnie hors-rang (CHR), les compagnies de dépôt, le train de combat (TC) et le train régimentaire (TR) à Saint-Maurice. Le 1er bataillon s’installe à Bussang et le troisième à Kruth. Le 4 juillet, l’état-major fait étape avec le 2e bataillon et la CHR à Vecoux-la-Poirie, le 1er bataillon avec les compagnies de dépôt, le TC et le TR à Lépange-Maxonchamp et le 3e bataillon à Cornimont. Le 5 juillet, l’état-major arrive à destination au camp d’Arches avec le 1er bataillon et la CHR. Le 2e bataillon s’installe à Archette, les compagnies de dépôt, le TC et le TR à Pouxeux et le 3e bataillon cantonne à Saint-Amé d’où il rejoindra Pouxeux le lendemain. Pour marquer son arrivée, le 5 juillet, les 1er et 2e bataillons défilent à Remiremont devant le général de Villaret commandant la 7e armée.

Du 7 juillet au 18 juillet, le régiment va profiter de ces instants de calme pour s’entraîner et se remettre en condition. Exercices, manœuvres de brigade, manœuvres de régiment, manœuvres de bataillon se succèdent. Le 18 juillet, le général de Villaret fait ses adieux en passant en revue la 66e division. Le 19 juillet, le régiment quitte ses cantonnements pour rejoindre Darnieulles et Uxegney à l’ouest d’Epinal. Le lendemain, il embarque dès 3h15 dans quatre trains à trois heures d’intervalle pour débarquer le 21 juillet à 7 heures à Crèvecœur dans l’Oise et s’installe à Lihus où il stationne jusqu’au 23 juillet.

 

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Des Vosges vers la Picardie

 

Jusqu’à la fin du mois, le régiment s’entraîne sur le grand camp de Crèvecœur. Le 25 juillet, ce sont uniquement les cadres pour une manœuvre brigade qui sera suivi d’un défilé du régiment devant le général commandant la 66e division. Les 26, 27, 29 et 31, les exercices et manœuvres sont réalisés au niveau du bataillon, le 28 au niveau du régiment. Seul le 30 juillet est dédié au repos. L’objectif est d’entraîner les bataillons à manœuvrer dans leurs nouvelles structures à trois compagnies à 200 hommes et une compagnie de mitrailleuses d’une centaine d’hommes. La réorganisation des bataillons d’infanterie a été rendue nécessaire par l’indispensable besoin d’hommes pour la création des régiments d’artillerie lourde. Les compagnies d’infanterie sont dotées de huit fusils mitrailleurs (2 par section) et les compagnies de mitrailleuses de 8 pièces de mitrailleuses Hotchkiss (4 sections à 2 pièces). Tirant à 400 coups/minute, démontable en deux fardeaux de 25 kg, d’une portée utile de 1200 mètres, les Hotchkiss sont beaucoup plus robustes et fiables que l’ancienne Saint-Étienne. A la période des combats localisés et sans merci en montagne, allait succéder le temps des grandes opérations de la guerre d’usure en Picardie. Retenu en Alsace pendant la bataille de Verdun, le 15-2 n’ignorait pas le sort qui lui était réservé. Régiment d’élite, il était promis à de nouveaux et durs combats dont la perspective n’altérait en rien sa bonne humeur ni sa sérénité. Ce mois de juillet 1916 qui l’a conduit des rives de la Thur aux rives de la Somme, coupé par quelques haltes, d’abord au camp d’Arches, puis au camp de Crèvecœur, a été sa première vraie période de repos.

 

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LA BATAILLE DE LA SOMME DU 1er JUILLET AU 18 DÉCEMBRE 1916 :

 

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Soldats britanniques 1916

 

En décembre 1915, la conférence interalliée de l’Entente (France, Empires russe et britannique) débouche sur la décision d’attaquer les Empires centraux (Empires allemand, austro-hongrois, ottoman et royaume de Bulgarie) sur tous les fronts. Joffre, nommé commandant en chef des armées françaises le 2 décembre 1915, obtient que l’offensive conjointe franco-britannique ait lieu au printemps 1916. La jonction des lignes françaises et britanniques se faisant sur la Somme, c’est donc là qu’aura lieu l’offensive.

 

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LA BATAILLE DE LA SOMME JUILLET - DÉCEMBRE 1916

 

Le 21 février 1916, les Allemands attaquent à Verdun. L’armée française fait face en engageant au printemps toutes les troupes disponibles, dont une partie de celles prévues pour l’offensive dans la Somme. A la fin du mois de mai, le dispositif français dans la Somme est si réduit que le peu expérimenté corps expéditionnaire britannique, sa partie professionnelle (6 divisions) ayant été décimée en 1914-1915, devient l’acteur principal de la future offensive dont le front est réduit de 70 à 40 km de large et l’objectif revu à la baisse. Il ne s’agit plus de réaliser une percée décisive mais d’user l’ennemi. Le début de l’offensive est fixé au 1er juillet précédée par une préparation d’artillerie débutant le 24 juin.

 

 

En une semaine, l’artillerie britannique tire 1 732 873 coups. Les tranchées allemandes de premières lignes sont presque totalement détruites, mais les abris souterrains sont intacts.

 

Le 1er juillet, le bombardement final débute à la cadence infernale de 3500 coups par minute, produisant un bruit si intense qu’il est perçu jusqu’en Angleterre. A 7h30, les troupes britanniques, confiantes, sortent des tranchées au pas, chargées de plus de 30 kg d’équipement, persuadées de l’anéantissement de l’ennemi. Elles sont accueillies par les tirs de mitrailleuses qui les fauchent en masse. Il est estimé qu’il y a eu 30 000 victimes (tués et blessés) lors des six premières minutes. À midi, l’état-major britannique annule l'ordre de marcher au pas, et retient les vagues d’assaut suivantes. Le 1er juillet 1916 fut le jour le plus meurtrier de toute l'histoire militaire britannique. À l'issue de la première journée de combat, le bilan était très lourd : 57 400 Britanniques étaient hors de combat (19 240 morts) soit près de 18 % de l'effectif engagé (320 000 hommes). Après l'échec du 1er juillet, le commandement britannique souhaita arrêter l'attaque mais Joffre refusa.

De leur côté, les Français atteignent tous leurs objectifs et ne peuvent progresser davantage du fait, entre autre, de l'échec britannique. En dix jours, la VIe armée française, sur un front de près de vingt kilomètres, a progressé sur une profondeur qui atteint en certains points dix kilomètres. Elle a conquis son objectif, le plateau de Flaucourt qui constitue la principale défense de Péronne. Elle a fait 12 000 prisonniers, presque sans pertes, pris 85 canons, 26 Minenwerfer, 100 mitrailleuses, un matériel considérable. C'est le plus important succès militaire obtenu depuis la bataille de la Marne.

 

Mais les Allemands se ressaisissent, leur artillerie domine toujours sur le terrain. Les conditions climatiques exécrables (brouillard et pluie) gênent considérablement la progression des Français au nord et au sud de la Somme. En juillet, devant le danger de percement du front de la Somme, l'état-major allemand retire treize divisions du secteur de Verdun et deux du secteur d'Ypres pour renforcer leurs troupes bousculées. De ce fait, la pression exercée sur l'armée française à Verdun se réduit. Au total, trente-cinq divisions sont retirées du secteur de Verdun pour renforcer le front devant Bapaume. En août, des escadrilles allemandes aguerries sont transférées de Verdun sur la Somme.

 

Début septembre, l’offensive est relancée. Les armées franco-britanniques vont très peu progresser, bien que pour la première fois sur un champ de bataille soit utilisé une arme nouvelle, le char d'assaut. Le mois d'octobre voit se multiplier les petites offensives localisées sans grand succès, les Français piétinent au sud de Péronne. Les forces alliées sur le front de la Somme s'essoufflent. À partir du 18 novembre, les conditions climatiques se dégradent considérablement, pluie glaciale, neige et blizzard et mettent toutes les offensives en échec. Le 21 novembre, le général Haig, commandant le corps expéditionnaire britannique, décide l'arrêt des offensives britanniques. Le 11 décembre, l'offensive de la Xe armée française prévue en décembre est ajournée par Foch. Le 18 décembre, Joffre renonce définitivement à l'offensive mettant ainsi fin officiellement à la bataille de la Somme.

 

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Char mark I britannique septembre 1916

 

Le bilan de cette bataille fut, sur le plan militaire, peu convaincant. En cinq mois, les gains de territoires pour les Alliés furent modestes, une douzaine de kilomètres vers l'est tout au plus, et le front ne fut pas percé. Les combats usèrent les adversaires, sans vainqueurs ni vaincus. La percée tant attendue grâce à laquelle Joffre espérait revenir à une guerre de mouvement s'est transformée une fois de plus en une bataille d'usure, comme à Verdun. Elle aura permis tout au moins de soulager la pression sur le secteur de Verdun et ainsi certainement de sauver la ville martyre.

 

La mémoire collective des Français n'a pas gardé une grande trace de la bataille de la Somme tandis que celle-ci tient une large place dans la mémoire collective des Britanniques, des Canadiens, des Australiens et des Néo-Zélandais.

 



02/09/2016
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