14-18Hebdo

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Sir Edward Grey (1862-1933) - Ministre britannique des Affaires étrangères de 1905 à 1916

Alice Aldebert – 11/11/2016

 

“An enlightened man for the darkest times”

 

 

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 (Photo Henry Walter)

 

https://www.youtube.com/watch?v=ArLiqN6riEs

Haendel Largo from Xerxes

 

Il naît à Fallodon dans le comté de Northumberland au nord-est de l’Angleterre. Fils d’un baronet, il fait ses études au collège et à l’université d’Oxford puis commence sa carrière politique en 1885 à l’âge de 23 ans.

  

Durant 11 années consécutives, il sera ministre des Affaires étrangères de son pays, jusqu’en décembre 1916. En 1925, dans ses mémoires, il écrit :

  

« Je me suis appliqué à décrire les évènements tels qu’ils se produisirent, la part que j’y ai prise ainsi que les sentiments que j’en éprouvais au moment même »

 

Son entourage politique en 1914 

 

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Herbert Henry Asquith, 1er Ministre, déclara la guerre à l’Allemagne le 4 août 1914

 

 

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Lord Kitchener, ministre de la Guerre

 

 

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Winston Churchill, Premier Lord de l’amirauté

 

 

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Edward Goschen, ambassadeur britannique à Berlin

 

 

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David Lloyd George, ministre des Finances (Chancelier de l’Echiquier)

 

 

Crise de juillet 1914

La crise de juillet, ainsi nommée pour décrire l’engrenage et les évènements qui se succèdent avant le déclenchement de la guerre. En tant que ministre des Affaires étrangères, Edward Grey est au cœur de tous les pourparlers.

 

Chronologie

 

Attentat Sarajevo

Déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie

Déclaration de guerre de l’Allemagne à la Russie

Mobilisation générale en Allemagne et en France

Ultimatum de l’Allemagne à la Belgique

Déclaration de guerre de l’Allemagne à la France

Entrée en guerre de l’Angleterre

28 juin

28 juillet

01 août

01 août

02 août

03 août

04 août 

 

 

Rôle de la diplomatie britannique

Dépêches et télégrammes se succèdent, particulièrement entre l’Angleterre et l’Allemagne.

Lettre de Sir Edward Grey à son ambassadeur à Berlin Sir E. Goshen lui reportant la proposition allemande de neutralité entre Allemagne et Grande Bretagne :

 

Foreign Office, 30 juillet 1914,

 

Reçu votre télégramme du 27 juillet.

 

Le gouvernement de Sa Majesté ne peut, fût-ce une seconde, accueillir la proposition du chancelier de s’engager, dans de pareilles conditions, à rester neutre. En effet, ce qu’il nous demande, c’est, aussi longtemps que l’Allemagne ne s’emparerait pas des territoires français proprement dits, de rester à l’écart, pendant que, victorieuse, elle lui arracherait ses colonies. Une telle proposition est d’autant plus inacceptable, que même sans qu’on la dépouillât de nouveaux territoires en Europe, la France pourrait être écrasée au point de perdre sa situation de grande puissance et de se retrouver inféodée à la politique allemande.

 

Indépendamment de cela, ce serait pour nous un déshonneur de conclure un pareil marché avec l’Allemagne, aux dépens de la France – déshonneur dont le bon renom de ce pays ne se relèverait jamais.

 

Le chancelier nous demande en outre de conclure un marché pour toute obligation ou intérêt que nous pourrions avoir touchant la neutralité de la Belgique. Nous ne saurions admettre pareil trafic.

…/…

 

Il importe que vous parliez au chancelier dans ce sens et ajoutiez avec instance que l’unique moyen de conserver les bonnes relations entre l’Angleterre et l’Allemagne est de continuer à travailler à l’unisson pour la sauvegarde de la paix de l’Europe. Si nous atteignons ce but, les relations mutuelles de nos deux pays s’en trouveront, ipso facto, raffermies et fortifiées. Le gouvernement de sa Majesté travaillera dans ce sens avec la plus entière sincérité et bonne volonté.

  

J’ajouterai encore ceci : si l’on parvient à préserver la paix de l’Europe, et que cette nouvelle crise se dissipe sans accroc, je consacrerai mes propres efforts à faire prévaloir un arrangement auquel l’Allemagne puisse participer, par lequel elle pourrait être assurée qu’aucune politique hostile ni agressive ne serait adoptée contre elle ou ses alliés, par la France, la Russie et nous-mêmes, conjointement ou séparément. J’ai désiré cela, j’ai travaillé pour cela, autant qu’il me fut donné de le faire, au cours de la dernière crise balkanique.

…/…

 

Si nous sortons sains et saufs de la présente crise, j’ai bon espoir que le soulagement et la réaction qui s’ensuivront rendraient possible un rapprochement plus stable entre puissances.

 

Il écrit dans ses mémoires :

 

« Je portai ma dépêche à Asquith au n°10 Downing Street. Il me fut suggéré que la dernière partie pourrait fort bien ne pas être au gré de la France. Mais elle avait déjà, dans son ensemble, reçu l’approbation d’Asquith, et ce que j’avais écrit exprimait mon propre sentiment, mon ultime espoir. Tous, nous avions, depuis des jours, mesuré le fond de l’abîme. La perspective de la guerre, déjà hideuse à nos yeux, ne pouvait qu’être plus horrible encore et plus menaçante pour la France. Le télégramme fut donc envoyé ».

 

Le 31 juillet, Edward Grey met en garde :

 

« Si l'Allemagne et la France venaient à être entraînées dans le conflit, la Grande-Bretagne ne pourrait pas rester à l'écart »

 

D'autre part, il demande officiellement à la France et à l'Allemagne si celles-ci comptent respecter la neutralité belge : la France donne tout de suite des assurances, l'Allemagne ne répond pas…

 

 

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Edward Grey London

 

 

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Edward Grey à gauche avec Churchill

 

Le 3 août, jour de la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France, Edward Grey prononce un discours à la Chambre des Communes qui est à la fois un triomphe et une défaite. Durant les 33 jours qui séparèrent l’assassinat de Sarajevo de la déclaration de guerre, il rechercha désespérément une solution diplomatique à la crise.

 

Lorsqu’il est félicité pour son discours, il s’écrie : « I hate war, I hate war ».

 

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(Illustration Gabriel Hanotaux)

 

 

Extraits du discours à la Chambre des Communes :

 

Je déclarais ici la semaine dernière que nous travaillions à la paix, non seulement du pays, mais au maintien de la paix de l’Europe.

 

Aujourd’hui, les évènements se succèdent avec une rapidité si grande, qu’il est extrêmement difficile d’établir la situation avec une rigoureuse exactitude. Il est cependant manifeste que la paix européenne ne peut plus être sauvegardée ; déjà la Russie et l’Allemagne se sont déclarées la guerre.

…/…

 

Avant tout, laissez-moi vous dire très brièvement que nous avons travaillé sans relâche, et ceci avec toute la sincérité, avec toute la fermeté possible, pour maintenir la paix. La Chambre peut être tranquille sur ce point. C’est ainsi que nous avons toujours agi pendant ces dernières années, tout au moins en ce qui concerne le gouvernement anglais, et nous n’aurions aucune difficulté à le prouver.

…/…

 

Dans la crise actuelle, il n’a pas été possible de sauvegarder la paix européenne, parce que le temps fut limité, et que l’on a pu remarquer une tendance – du moins dans certaines sphères sur lesquelles je n’insisterai pas – à précipiter une décision au risque de compromettre la paix. Le résultat de ceci, nous le savons aujourd’hui, est que la politique de paix, du moins en ce qui concerne les grandes puissances, est en danger.

…/…

 

La flotte française est à l’heure actuelle dans la méditerranée, ses côtes restent, en conséquence, entièrement sans défense au nord et à l’ouest. J’ai le sentiment qu’au cas où une flotte étrangère s’attaquerait à la France en pénétrant dans la Manche, il ne nous serait pas possible de rester à l’écart. Je crois que tel serait l’avis du pays.

 

Puis, évoquant la neutralité de la Belgique, il dit :

  

A l’heure actuelle, il ressort des nouvelles reçues aujourd’hui, qu’un ultimatum été envoyé par l’Allemagne à la Belgique, dans lequel on proposait à cette dernière des relations amicales, à la condition qu’elle facilitât le passage des troupes allemandes à travers son territoire.

.../…

 

Quelques instants avant de venir ici, je fus informé que sa Majesté le roi Georges V venait de recevoir du roi des Belges, le télégramme suivant :

 

« Me rappelant les multiples preuves d’amitié de votre Majesté et de vos prédécesseurs, en souvenir aussi de l’attitude amicale de l’Angleterre en 1870 et de la sympathie qu’elle vient à nouveau de nous témoigner, je fais un appel suprême à l’intervention diplomatique du gouvernement de votre Majesté, en vue de sauvegarder l’intégrité de la Belgique ».

 

A la demande de l’Allemagne voulant violer la neutralité belge, l’Angleterre répond : « Pas de marchandage ! » L’Angleterre considère la violation de la neutralité belge comme une déclaration de guerre…

 

“The violation of Belgium's neutrality was the catalyst for bringing Britain into the war”

 

Il a 43 ans au crépuscule du 3 août 1914, regardant par la fenêtre de son bureau, il observe un homme chargé d’allumer les lampes du parc Saint James, et dit à son ami J.A. Spencer, journaliste à la « Westminster Gazette » :

 

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J.A. Spencer

 

"The lamps are going out all over Europe; we shall not see them lit again in our lifetime.”

 

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L’Angleterre entre en guerre le lendemain 4 août.

 

Il écrit :

 

« Quiconque a joué un rôle important dans les affaires publiques ne peut qu’être stupéfait en jetant un regard en arrière, de voir à quel point les résultats de ses efforts se sont écartés de ses intentions ; il ne peut manquer d’éprouver, en y réfléchissant, qu’il n’a été que l’instrument de desseins qu’il n’avait pas entrevus et qu’il n’est en son pouvoir ni de comprendre, ni d’approfondir. Ma présence au Foreign Office a contribué, au moins dans une certaine mesure :

 

1.       A ce que le gouvernement et le pays ne fussent pas divisés, comme ils l’eussent été, si l’on avait adopté et poursuivi une politique agressive ou trop nettement antigermanique.

 

2.       A ce qu’un contact intime fût maintenu pendant neuf années avec la France, plus particulièrement, et avec la Russie, ce qui n’eût pu se produire, s’il n’y avait eu au Foreign Office quelqu’un en ayant le ferme propos et y apportant tout le soin nécessaire, de manière que la guerre fût au moins retardée jusqu’au moment où nous fûmes en meilleure position pour la supporter.

 

Notre entrée en guerre immédiate fut due à l’invasion de la Belgique : ceci fut l’œuvre de l’Allemagne. Le fait que notre invasion fut immédiate et efficace provient de ce que nous avions un Corps Expéditionnaire[1] tout prêt et équipé pour aller à l’étranger au premier appel ; ceci fut l’œuvre de Haldane. Le rôle joué par Asquith, en tant que Premier Ministre, fut d’une importance suprême : c’est de lui que dépendaient les efforts individuels des ministres. Ceci admis, l’on peut dire en toute équité que les Allemands, Haldane et moi furent les agents les plus directement employés pour amener l’entrée, en union entière, immédiate et efficiente de l’Angleterre dans la guerre, quoique ce n’eût été le désir d’aucun de nous.

 

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Richard Haldane, painting by László, National Portrait Gallery, London

 

 

Un régiment de la BEF en action dans la Somme en 1916

   

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Une déclaration de guerre entraîne la rupture des relations diplomatiques entre belligérants. Cependant, Edward Grey participera en février 1916, avec l’envoyé du président Wilson, aux premières négociations et conditions d’une éventuelle entrée en guerre des Etats-Unis aux côtés des alliés ainsi que la tenue d’une conférence de paix à l’issue du conflit.

 

Il quitte ses fonctions en décembre 1916. Il est alors titré vicomte de Fallodon et siège à la Chambre des Lords comme leader du parti libéral.

 

Après la guerre :

Il est nommé ambassadeur aux Etats-Unis de 1919 à 1920, puis se retire à Fallodon.

 

Il écrit ses mémoires en 1925.

 

De retour à la vie civile, il se passionne pour l’ornithologie, écrit plusieurs ouvrages sur le sujet. Il est fait chancelier de l’université d’Oxford. L’institut d’ornithologie de l’université d’Oxford créé en 1937, porte toujours son nom.

 

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Cinq années de guerre, la tragédie fut immense

On retiendra de lui :

 

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Qu’il fut homme de devoir, de rigueur, d’une grande profondeur de réflexion et doué d’un exceptionnel sens du « service » envers la nation britannique. Pour ses qualités et la tâche accomplie, il mérite que soit rendu hommage à sa mémoire.



[1] British Expeditionary Force (BEF) crée par R. Haldane.



18/11/2016
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