14-18Hebdo

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Henry Novel – Lettres à ses parents (1914-1918) – 11- Février 1918

 

Henry Novel, 17 ans en 1914, est mobilisé en 1916 à Chambéry puis rejoint le front en 1917. Futur étudiant en médecine il est affecté à des services d’ambulance. Il correspond régulièrement avec ses parents qui habitent Grenoble où son père exerce la profession d’avoué.

Document transmis par Michel Novel, son fils - 19/10/2015

 

Ce 4 février (le tampon de la poste laisse supposer 1918)

Mes chers Parents,

 

Un mot rapide au cours d'une installation qui me donne un tintouin du diable.

 

Voici ma nouvelle adresse

méd. aux.

10e régiment de marche de tirailleurs

2e bataillon

S.P. 58

 

Nous sommes près d'une ville aux confitures célèbres. Je vous écrirai plus longuement demain.

 

Bons baisers.

 

Ce 7 (07/02/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Me voilà remonté pour 7 jours en soutien avant d'aller pour quinze jours en ligne…

 

Il pleut, tout est humide, et les boches ont l'air de s'agiter étrangement. Ce matin nous avons été "sonnés" copieusement et cette après midi il y a de temps en temps quelques grosses arrivées qu'on aimerait mieux ne pas entendre.

 

Voilà quinze jours que je n'ai pas mis les pieds dans un pays civilisé et je crois que pour un mois encore les seules maisons que je verrai auront leur toit sur leur rez-de-chaussée comme cela parait être la règle dans ce pays.

 

J'ai dans ma cagna une glace magnifique dans le genre de celle de la cheminée de Maman à Murianette !!! Je suppose qu'elle doit provenir d'un château démoli qui est non loin d'ici ; mon aide major a des chaises en tapisserie et la porte de la popote a dû appartenir à quelque vieux bahut !!!! C'est très original et ce serait assez amusant si ce n'était pas ici... enfin il y a encore des endroits où l'on est plus mal.

 

Je vous embrasse tous.

 

Ce 12 (12/02/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Je suis absolument furieux : nous venons de faire trois jours d'étape, nous avons marché toute la matinée sous la pluie et la neige et j'apprends qu'il me faut partir dans deux heures pour aller à un autre régiment qui n'a plus de médecin... Je suis tout mouillé, gelé, et je rejoins je ne sais pas où... J'espère que ce n'est que provisoire car je commence à en avoir assez et ce changement m'embête considérablement. Je vous donnerai mon adresse dés mon arrivée là bas et en attendant une lettre je vous embrasse tous.

 

13/02/1918??? (Il est possible que cette lettre suive la précédente)

Mes chers Parents,

 

Arrivé à bon port je vous envoie de suite mon adresse complète. Je vous enverrai une lettre détaillée mais pour l'instant je manque de papier et de temps.

 

Ce 15 (15/02/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

J'ai reçu une lettre de Georges et je trouve qu'il a bien de la veine car avec cette guerre il faut penser surtout à l'heure présente et bien peu aux événements futurs. Ne vous en faites pas pour son redépart futur, il ne sera jamais plus loin que dans l'infanterie… Je lui ai vivement conseillé de demander à cor et à cri le 10e tirailleur mais je ne sais ce qu'il fera.

 

J'ai reçu les recettes de Maman cela me servira lorsque nous serons au repos car actuellement nous nous nourrissons de salades de fayots ou de pommes de terre et de viande froide et cela pour cinq jours encore. Toujours la même vie... quelques blessés, quelques morts dont un boche que nos sauvages ont réduit en purée fine à l'aide de grenades !!! On parle de départ vers des cieux moins cléments mais rien de sûr.

 

Odette a-t-elle reçu mon petit colis.

 

Je vous embrasse tous.

 

Ce jeudi (23/02/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Nous sommes relevés dans la nuit de demain soir pour aller au repos dans un petit pays à une vingtaine de Kms. d'ici.

 

Nous y resterons cinq à six jours puis nous partirons en ligne avec la 52e division. Je vous enverrai le nouveau secteur postal dés que je le saurai. La région où nous allons monter est moins calme et moins bien organisée que celle-ci sans être cependant très agitée. Je crois que nous allons non loin de l'endroit où Pierre Baboin a été tué et je voudrais savoir exactement où est sa tombe de façon à pouvoir la faire photographier et envoyer ce souvenir à sa famille.

 

Pour mon uniforme, je porte celui que j'ai et je vais tâcher de repérer la coopérative de ma nouvelle division pour commander l'autre car ce serait vraiment dommage de le faire faire à Grenoble.

 

Je vous embrasse tous.

 

Ce 24(24/02/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Vite un mot pour répondre à la lettre de Maman et à celle d'Odette reçues cet après midi. Je suis éreinté de ma nuit passée entière à cheval et à pied, sous la pluie et dans la boue... En ce moment plane un grand mystère sur nos destinées futures. Ce qu'il y a de sûr c'est que le repos est un mythe et bien au contraire certains indices (arrivée d'un gros renfort aujourd'hui même, ignorance totale de notre point de direction etc.) font supposer que l'on va donner un "coup dur" quelque part... Pauvre régiment... Quand donc pourrons-nous rester ne serait-ce que trois jours dans un pays où l'on pourrait être sous un toit, entre quatre murs entiers !!

 

J'emploierai pour vous dire où je suis le système de Georges mais je ne vous promets pas une longue lettre car réellement si nous continuons comme nous avons commencé je serai dans deux jours complètement incapable d'écrire deux lignes de plus.

 

Je vous embrasse tous.

 

Ce 25 (25/02/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Nous avons été relevés la nuit dernière. Promenade très désagréable sous une pluie torrentielle et dans une boue pâteuse… Je suis de nouveau dans la cagna que j'occupais il y a une dizaine de jours avant de monter. Nous y sommes encore pour à peu près autant de temps avant d'aller je ne sais où...

 

J'ai reçu hier une lettre de Maman m'apprenant l'arrivée d'Albert en permission de convalescence… tant mieux pour lui d'autant plus qu'il va la faire cumuler avec sa permission de détente et qu'ainsi il aura vingt jours à passer tranquille.

 

Au sujet de l'uniforme faites ce que vous voudrez. Faites teindre le bleu si vous croyez que cela vaut mieux. Pour moi cela m'est égal.

 

Un peu abruti par la relève je termine ici ma lettre en vous embrassant tous.

A suivre…



02/03/2016
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