14-18Hebdo

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Henry Novel – Lettres à ses parents (1914-1918) – 10- Janvier 1918

 

Henry Novel, 17 ans en 1914, est mobilisé en 1916 à Chambéry puis rejoint le front en 1917. Futur étudiant en médecine il est affecté à des services d’ambulance. Il correspond régulièrement avec ses parents qui habitent Grenoble où son père exerce la profession d’avoué.

Document transmis par Michel Novel, son fils - 19/10/2015

 

Ce 9 (09/01/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

J'ai débarqué ce matin à Paris avec une pluie battante et depuis ce matin il pleut... J'ai voyagé avec un sous-lieutenant du 53e qui arrivait d'Italie et m'a donné de Georges des nouvelles toutes fraiches. Il est du reste enchanté de leur expédition là-bas.

 

Sitôt arrivé, j'ai pris le métro et je suis allé déjeuner sur les boulevards et à une table voisine je trouve... Ruby, une grosse serviette à côté de lui, tranquillement en train d'absorber un café. J'ai été enchanté de cette rencontre, je viens de diner avec lui et je dois le retrouver ce soir après avoir vu les Loncteau (?) chez lesquels je dois me diriger sitôt ma lettre terminée.

 

Demain soir je serai à           et dès que j'aurai de vagues tuyaux sur mon affectation je vous l'écrirai.

 

Je vous embrasse tous bien affectueusement.

 

P.S. Mon rhume est guéri, il a cuit à l’étouffée en wagon dans un bouillon de pastilles Valda et il est mort des suites de cette opération.

 

Paris ce 11 (11/01/1918 ?)

En tète : Taverne Mazarin - 16 Boulevard Montmartre - Paris

 

Mes chers Parents,

 

Mon voyage s'est effectué bien mieux que je ne pensais puisque parti de Chambéry à 1 heure du matin nous sommes arrivés ici à midi et quart. Ce qu'il y a de plus étonnant c'est que le froid et la neige semblent localisés à Grenoble, sur tout le parcours en effet il n'y avait presque pas de neige et à Paris il fait très doux et beau. J'espère trouver à              la même température qu'ici et ce sera parfait.

 

J'ai vu dans le train un caporal du 53 qui connaît bien Georges et qui m'a dit qu'il était tombé ces jours ci une légère couche de neige en Italie. Nous avons vu passer à Chambéry des trains d'Italiens, et la gare de Lyon est peuplée d'officiers italiens. J'ai vu notamment un train emmenant une escadrille complète, avec pilotes, mécaniciens, appareils ; c'est assez bizarre que les Italiens viennent en France pendant que les Français vont en Italie.

 

Je vous enverrai demain ou après demain un mot de         pour vous dire si je suis affecté et où, en attendant je vous embrasse tous bien affectueusement.

 

P.S. Le secteur de la R.P.S. est 186 vous pouvez toujours m'écrire là en attendant, les lettres suivront si je pars.

 

Ce 20 (20/01/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Je rejoins ce soir mon bataillon qui est à quelques Kms d'ici. Nous quittons cette région demain ou après demain pour aller je ne sais où… On n'ose compter sur le repos et je crois, comme la majorité, qu'on sort d'un endroit où "ça tape" pour aller dans un endroit où "ça cogne". Enfin je vous tiendrai au courant de nos déplacements qui seront, je l'espère, pas trop pénibles. Le commandant du 3e bataillon où je suis depuis vingt jours a demandé à me garder à son bataillon mais, et j'ajouterais presque malheureusement, cela ne lui sera pas accordé.

 

Je termine ma lettre car il est temps que je fasse mes préparatifs de départ pour retourner à ce vieux 2e bataillon où du reste je ne vais plus retrouver que 5 officiers sur 14 ou 15 qu'ils étaient à mon retour de permission !!!

 

Je vous embrasse tous.

 

Ce 23 Janvier (23/01/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Je suis très embêté ; jugez-en plutôt. Vous savez que je suis seul en ce moment au bataillon et vous savez aussi que nous devons partir vers la fin de la semaine probablement. Mais ce que vous ne savez pas c'est qu'étant passé chef de service j'hérite d'un cheval et quel cheval !!! Une sale bête qui ne peut se tenir en place et danse continuellement !!! Avant de partir nous allons défiler devant le colonel au son de la "nouba" et depuis deux jours je suis torturé à la pensée de voir mon cheval, que je suis obligé de monter pour le défilé, entrer en danse aux sons aigus des flutes de la "nouba" et me déposer, tel un hommage respectueux, aux pieds du colonel !!!!! Vous pensez si je vois arriver avec terreur le jour du départ et si je pousserai un soupir de satisfaction lorsque cet horrible défilé sera terminé.

 

En attendant je coule des jours heureux et tranquilles : visite le matin et le soir, quelques visites aux civils (qui se trouvent très bien de mes soins éclairés), le reste du temps je regarde tomber la pluie en écrivant ou en lisant Vous voyez que cette arme terrible de tirailleurs est surtout pour l'instant une arme tranquille, de même il me semble que les chasseurs en ce moment, car j'ai reçu de Georges une lettre enthousiaste dans laquelle il ne tarit pas d'éloges sur l'Italie en ajoutant qu'il se voit très loin de monter en ligne.

 

Papa a-t-il reçu le tabac ? Et comment trouve-t-il le tabac algérien ? Il n'y a qu'à adresser les commandes et du reste j'en emporterai dix ou quinze paquets pour ma permission.

 

Je vous envoie aujourd'hui le manteau annoncé avec une paire de chaussures que je vous prie de me mettre de côté.

 

J'ai reçu la lettre de Maman sur la teinture de mes vêtements ; tant pis il vaut mieux les garder bleus que de les abimer, je vais essayer de me faire faire un uniforme ordinaire ici mais c'est assez difficile car dans ce régiment il y a pénurie de tailleurs, enfin je vais tâcher de me débrouiller.

 

Je vous embrasse tous bien affectueusement.

 

Ce 25 janvier (25/01/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Je crois que le départ que je vous ai annoncé se fera dans deux ou trois jours, nous irons probablement en Lorraine et de là je ne tarderai pas à aller en permission.

 

Je vous ai expédié mon manteau sans les chaussures car j'ai eu peur de les perdre en voyage ; vous le recevrez probablement un de ces jours et je vous prierai de m'en accuser réception. J'ai reçu avant hier soir une lettre de Maman contenant 50 frs. dont je vous remercie.

 

Ici rien de neuf, le temps s'est remis au beau aujourd'hui et on se croirait au printemps... pourvu que cela dure.

 

Georges vous parle-t-il de sa permission ? Il me fixe comme date la fin février mais je ne sais pas trop si je pourrai reculer la mienne jusque là.

Avez-vous pensé à ma montre qui me fait défaut ?

 

Dès que je saurai où nous allons je vous préviendrai et, en attendant, je vous embrasse tous.

 

P.S. Papa a-t-il reçu le tabac et oncle Paul les cigarettes ?

 

Ce 30 (30/01/1918)

Mes chers Parents,

 

Après pas mal de pérégrinations et beaucoup de circonstances heureuses je suis arrivé à trouver mon régiment assez rapidement. Nous sommes en ligne à l'endroit exact ou presque (2kms à gauche) où j'ai fait mes premières armes à l'H.O.E. Mon bataillon était en réserve mais malheureusement je monte pour quinze jours en ligne remplacer un camarade qui a trouvé le filon : il s'est fait hospitaliser pendant sa permission. Me voilà donc replongé jusqu'au cou pour quatre ou cinq mois dans cette vie bête et abrutissante.... Je n'ai pas eu de chance de passer ma permission juste le temps du repos... j'aurais certes bien préférer "couper" à quelques jours de ligne, mais enfin tant pis.

 

Où sont les melons d'antan et les raisins de Murianette !!!

 

Je vous embrasse tous.

A suivre…



26/02/2016
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