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Edouard Favre - Mes cahiers de souvenirs - 41- Février 1918

Edouard Favre, 38 ans en 1914, officier d’active dans l’artillerie, va passer toute la guerre au front. Il tient un journal, et nous suivons ses préoccupations dans 3 domaines : la guerre, sa famille, et son « idée fixe » : les avions suspendus...

Document transmis par Marie Favre, sa petite-fille - 11/11/2014

 

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Edouard Favre - 1918-1919

1er février 1918

Les Anglais m’ont relevé depuis avant-hier, le mauvais temps et le brouillard les ont empêchés de faire leurs réglages et je ne les quitte que ce soir avec 24 heures de retard sur les autres batteries du régiment. Nous partons demain matin pour l’arrière, région de Montdidier, où il est question de nous maintenir au repos quelques jours. Ensuite camp d’instruction et secteur je ne sais où.

 

J’ai fait dans le courant de décembre une demande officielle pour faire un stage au service des fabrications de l’aviation mais aucune réponse ne m’a été faite. J’avais écrit à ce sujet à Marquiset, mais lui non plus ne répond rien, n’est-il mon ami qu’en paroles. Il ne m’avait déjà rien répondu lorsque je lui avais demandé un groupe d’artillerie lourde, il me l’avait proposé lui-même cependant. Ce sont de ces petits lâchages qui sont peu importants, fréquents mais toujours tristes.

 

Madame Piet m’a écrit une importante lettre. Elle me propose, sous une forme déguisée, de me remarier et de devenir son beau-frère. J’aurais dû y songer lorsque j’ai accepté à être parrain de la jeune Marie-Thérèse.

 

J’ai écrit à Maman à ce sujet en lui transmettant la lettre de Madame Piet, et je lui fais connaître aussi que ma pauvre Marie avant de me quitter a désigné celle qui la remplacerait. J’ai conservé ce secret ne songeant pas à me remarier, mais s’il est raisonnable de me remarier… D’autre part je ne connais pas cette personne, je l’ai rencontrée une fois dans un hôtel, elle était à la même table pour le déjeuner mais je n’ai même pas eu l’occasion de lui être présenté, ni de lui adresser la parole.

 

Je connais un peu plus la sœur[1] de Mme Piet pour l’avoir plusieurs fois rencontrée à Grenoble et à Versailles. L’avis de ma pauvre Marie m’est précieux mais il ne saurait m’obliger. Je l’ai beaucoup admirée pour me l’avoir donné, c’est un grand mérite pour elle, c’est la preuve d’une complète résignation à la volonté de Dieu.

 

15 février (1918)

Maman ne croit pas que cette proposition me concerne. Elle ajoute qu’elle a pensé déjà à cette question pour moi et qu’elle est tombée d’accord avec ma belle-mère sur la personne qui me conviendrait[2]. Je devine ce choix mais je ne crois pas qu’il me soit possible de m’y résoudre. D’ailleurs je n’ai pas envie de me remarier, j’ai rendu malheureuse une femme que j’aimais tendrement, je ne veux pas en rendre malheureuse une deuxième. Et puis mes garçons, mes filles ne seront-ils pas ennuyés que j’ai l’air d’oublier leur maman ?

 

J’ai envoyé il y a quelques jours à la commission des inventions et en même temps à l’oncle Jacques une note griffonnée sur les corps immergés. Bien qu’il y ait beaucoup de choses discutables, l’ensemble est assez satisfaisant. La commission des inventions m’a répondu aussitôt que c’était idiot et sans intérêt, je ne m’en étonne pas, Monsieur Maurain, le président, m’en veut très particulièrement depuis deux ans, depuis qu’il a essayé de me comprendre sans y réussir. Je vais lui écrire un mot et lui adresserai en même temps un profil d’aile d’avion, ou lui annoncerai le prochain envoi. Quant à l‘oncle Jacques il ne me répond pas. Il a sans doute beaucoup de travail, en outre, à propos de la lettre de Mme Piet, je lui ai demandé si Jean ou Paul étaient libres… En ce qui concerne ma note, il l’aura peut-être communiquée à Monsieur Bertin. Patientons.

 

Toujours au repos à Lagny. Nous aurons lundi une revue de la division, cela sent la fin d’une période avant d’aller dans quelque autre coin, dans un camp d’instruction ou dans un nouveau secteur. Tout cela me laisse indifférent. Je travaille tellement tous ces jours qu’un déplacement me sera un vrai repos.

A suivre…



[1] Yvonne Bon, dite Néné (1892-1976)

[2] Germaine Aussedat ? (1885-1944), sœur cadette de sa femme Marie



09/02/2018
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