14-18Hebdo

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Edouard Favre - Mes cahiers de souvenirs - 19 - Début décembre 1915

 

Edouard Favre, 38 ans en 1914, officier d’active dans l’artillerie, va passer toute la guerre au front. Il tient un journal, et nous suivons ses préoccupations dans 3 domaines : la guerre, sa famille, et son « idée fixe » : les avions suspendus...

Document transmis par Marie Favre, sa petite-fille - 11/11/2014

 

1915 Favre Edouard BEST rogne Photoshop.jpgEdouard Favre - 1915

2 décembre (1915)

Le commandant Lafay a reçu mon résumé. Je m’étais imaginé qu’il lirait cette page et qu’il m’en parlerait. Il a dit simplement qu’il verserait ce papier à mon dossier mais il s’est bien gardé de le lire. Quant à Mr Eiffel, il ne paraît pas pressé de me répondre. Sur sa demande je lui avais adressé un croquis et un projet d’expérience et il devait me dire quand l’expérience pourrait se faire. Il me faudra aller le relancer.

4 décembre (1915)

J’enrage. J’arrive de chez Eiffel. Son ingénieur ?? en pied m’a traité avec une désinvolture pénible et m’a fait sentir combien il me prend pour un imbécile. J’y retournerai lundi pour cet ultime essai qui m’est accordé, il faut que cela marche ou que je m’en aille. Je me torture les méninges pour trouver quelle raison pourrait amener un nouvel échec. Pour le moment je n’en vois pas. Mais cette surface modifiée est encore bien lourde et le résultat en sera certainement moins probant que si elle était légère. Il faudra, si la surface est stable, opérer avec de grandes vitesses pour les mesures.

 

Que faire ? Faut-il aujourd’hui écrire une lettre au commandant Lafay et lui poser une sorte d’ultimatum ? Faut-il demander à l’oncle Albert l’intervention de Mr Painlevé ? Faut-il écrire de nouveau à Mr Appel qui m’a aimablement répondu une première fois ? S’il pouvait m’accorder un entretien, peut-être pourrai-je le gagner à ma cause. J’irai poser une carte chez lui et lui demander conseil.

 

Hier soir j’ai trouvé sur ma table un papier et un crayon. C’est Madeleine[1] qui avait préparé cela pour que je lui rédige un plan de devoir français sur un sujet qui ne l’inspirait pas et que Mlle Michel lui avait donné. Le sujet ne m’inspirait pas beaucoup plus mais j’ai pris une autre feuille de papier et une plume et j’ai immédiatement écrit quatre pages sur ce sujet palpitant. Ce matin je lui ai rendu son papier blanc et son crayon après avoir glissé ma prose dans son cahier. Elle a eu une grande joie de l’y découvrir après la petite déception qu’elle avait eue en recevant la feuille toute blanche.

6 décembre (1915)

Hier soir l’oncle Jacques est parti pour Annecy afin d’y assister aux services qui vont y être dits pour Pétrus. Je ne sais quand il va revenir, dans quatre ou cinq jours sans doute. Peut-être va-t-il ramener Marthe et ses enfants ? Il y compte mais je ne sais si cette pauvre petite en aura envie. Pierre, qui était venu de la Braconne pour la journée, est reparti aussi hier soir.

 

J’arrive de chez Mr Eiffel, il était convenu que je ferais aujourd’hui à 4 heures un dernier essai. A 3 heures je me suis mis à monter l’appareil et à le régler suivant mes idées. Puis vers 3h45 on l’a porté devant la soufflerie. Il a commencé par se débattre vigoureusement puis, quand l’incidence a été convenable (elle était beaucoup plus grande que je n’avais pensé), il a été stable. Alors les pesées ont pu s’effectuer comme il avait été convenu. Malheureusement cela n’a pu se faire qu’à de faibles vitesses, car aux grande vitesses la stabilité était moins bonne, sans doute parce que les liens élastiques cessaient d’être comparables. On me fera parvenir le procès-verbal de cette expérience et je pourrai alors comparer les résultats. Ensuite j’enverrai mon rapport et je rejoindrai ma batterie.

 

J’ai appris par Camille qui a reçu un mot de Grenoble, où on lui donnait des nouvelles de son frère Paul, que ma batterie a été rappelée à Rougegoutte. Dans quel but, je ne le sais pas, va-t-on nous porter ailleurs, nous mettre quelque part sur le front… Ma pauvre 3e n’aura pas eu beaucoup de repos.

7 décembre (1915)

Le procès-verbal de l’expérience faite chez Mr Eiffel ne sera prêt que dans quelques jours.

A suivre…



[1] Madeleine Callies (1898-1936), jeune cousine de 17 ans, fille de Jacques Callies et Marie, née Aussedat



11/12/2015
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