14-18Hebdo

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Causeries et souvenirs (Gabriel Bon) - 13. Dernier chapitre - 1er août 1916

 

En 1914, le général Gabriel Bon, 61 ans, commande à La Fère (Aisne) l'artillerie du 2e corps d'armée. Blessé en 1915, il ne participera pas à la suite de la guerre et publiera en 1916 "Causeries et souvenirs, 1914-1915", d'où est extrait ce dernier témoignage où il évoque la mort de Paul Laurent, son gendre.

   

Document transmis par Bernadette Grandcolas, son arrière-petite-fille - 16/12/2014

 

 

Photo Gabriel Bon General.jpgGabriel Bon - 1913-1914

 

Il y a sept mois qu'a été écrite la dernière de ces causeries. La grande guerre, tout en déjouant toutes les prévisions humaines, a continué à se développer conformément aux lois de la logique.

 

Pour tous et pour chacun en particulier l'épreuve est devenue plus dure.

 

Après mon fils, mon gendre le capitaine Paul Laurent est tombé le 21 juin au champ d'honneur devant Verdun. La veille de sa mort, il était cité à l'ordre de l'armée dans les termes suivants :

 

A fait preuve, au cours des combats du 15 au 18 juin 1916, des plus belles qualités de sang-froid, de décision et d'initiative. A effectué les reconnaissances les plus périlleuses. A fourni pendant tout le combat des renseignements précieux au commandement et, par des tirs très précis, a arrêté, par deux fois, le 15 et le 18, une contre-attaque de l'ennemi, en lui infligeant de lourdes pertes.

 

Chrétien fervent, soldat admirable, le capitaine Laurent était issu d'une de ces vieilles familles parisiennes et j'ajouterai polytechniciennes, où semblent se réunir toutes les qualités de la race française.

 

Quelle consolation pourrait-on apporter à ceux qui portent de tels deuils, s'ils n'avaient la foi en l'éternité bienheureuse de ceux qu'ils ont perdus, s'ils ne croyaient à la vertu du sacrifice qu'ils ont accompli ?

 

« Nous savons, comme l'a dit Psichari, que ce n'est pas en vain que la terre a bu notre sang. »

 

Nos hommes politiques, nos philosophes peuvent continuer à nier la Providence. Richelieu, Henri IV, Napoléon ont cru à son action ; Newton, Descartes, Bossuet s'en sont fait les défenseurs ; J.-B. Dumas, Leverrier, Pasteur lui ont manifesté leur foi, en pleine Académie des sciences.

 

Dans leur orgueil, il est encore des hommes qui se refusent à reconnaître que le mystère nous environne de partout et que, même sur le terrain scientifique, nos connaissances dépassent infiniment nos compréhensions.

 

Pourtant, jamais mieux qu'en temps de guerre n'est apparue la vérité de la parole de Moïse :

 

« Les choses visibles ont été faites de choses invisibles. »

 

Nous vivons au milieu de choses invisibles qui se manifestent visiblement.

 

Interrogez à ce sujet tous ceux qui reviennent de la grande guerre.

 

Ils vous diront que nous n'avons qu'à bénir la Providence qui nous a traités en enfants gâtés ou mieux en enfants prodigues.

 

Ayons confiance !

 

Les Allemands, comme autrefois les Perses dans la Grèce envahie, n'ont pas craint de dépouiller les Dieux, de profaner et d'incendier les temples. Comme le dit Eschyle : « Déjà leurs crimes ont reçu leur salaire, mais tout n'est pas fini, ils moissonneront une moisson de douleurs. » C'est aux Allemands que s'appliquera la parole du roi David :

 

« La désolation frappera mon ennemi.

 

« Leur force défaillera tout à coup ; ils périront en raison de leur iniquité, comme le songe d’un homme qui s'éveille. »

FIN

 



29/07/2016
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