14-18Hebdo

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Carnets de guerre (Anna Vautrin) – N° 82 – 13 nov au 19 nov 1916

Document transmis par Renaud Seynave, son arrière-petit-fils - 10/11/2016

 

1909 Femmes Vautrin et Paul Boucher.jpg
 
Anna Vautrin et ses quatre filles lors des fiançailles de Suzanne Vautrin  et Paul Boucher en juillet 1909 à Nancy
De gauche à droite : Marguerite, Madeleine, Yvonne, Paul Boucher, Anna et Suzanne.

 

Lundi 13 novembre 1916

L’Allemagne vient d’avertir sur ses journaux qu’elle allait faire une levée en masse. Tous les civils, hommes et femmes seront forcés de rendre service dans les usines de munitions en Allemagne pour qu’on puisse envoyer le plus d’hommes sur le front.

 

La bataille de la Somme continue. Les Anglais ont pris deux villages, Beaucourt et Beaumont et ont fait 5000 prisonniers. Les Français ont pris Ablaincourt-Pressoir.

 

Paul est revenu de la Somme et il est à Barbey-Seroux au dessus de Granges. Il peut facilement venir presque tous les soirs voir Suzanne à Gérardmer. On lui a monté là-haut un lit cage car il est logé chez un de ses ouvriers du Kertoff. Il pense y rester 15 jours.

 

Mardi 14 novembre 1916

Une ordonnance du préfet de police de Paris vient d’ordonner qu’à partir de demain 15 novembre, tous les magasins devront fermer à 6 heures et les cafés et restaurants à 9 heures. C’est pour économiser la lumière qui doit être toute entière réservée aux usines de munitions. Il n’y a que les boucheries, épiceries et boulangeries qui peuvent rester ouvertes jusqu’à 7 heures.

 

Une autre ordonnance ordonne aux  théâtres de Paris de faire relâche une fois par semaine à cause de la lumière.

 

Le ministre de la guerre, le général Roques est parti à Salonique. Le prince de Connaught, frère du roi d’Angleterre est venu à Paris pour décorer plusieurs officiers et plusieurs généraux de décorations anglaises.

 

La bataille de la Somme se poursuit toujours et à Verdun, on se bat entre la Meuse et Vaux. Les Allemands sont toujours à la Côte-du-Poivre ainsi qu’en forêt d’ Herbeumont. Dans la Somme, nous avons bombardé les Allemands qui sont à Biache-Saint-Vaast et à la Maisonnette.

 

Les Allemands ont décidé qu’ils allaient déporter les Belges de Bruxelles et de plusieurs villes belges.
Le gouverneur de Belgique, le général von Bissing a fait mettre une affiche disant que les Belges devaient se présenter le 15 novembre pour être emmenés en Allemagne. Plus de 1 000 Belges ont été ainsi emmenés comme des esclaves !

Il y avait parait-il des automitrailleuses qui circulaient dans les rues prêtes à tirer sur tous ceux qui résisteraient.

 

Mercredi 15 novembre 1915

C’est aujourd’hui que les magasins doivent fermer à 6 heures et on ne doit pas brûler d’électricité. Les rues de Nancy sont tout à fait sombres à cause des taubes. Tous les magasins fermant à 6 heures, on ne voit plus rien du tout ! On ne peut pas se diriger dans les rues. Il faut absolument avoir une petite lampe de poche électrique. Aucune fenêtre ne doit être éclairée. Toute la ville doit être sombre. Les magasins peuvent rester ouverts jusqu’à 7 heures à condition qu’ils ne brûlent que des bougies.

A Paris et dans toute la France, c’est la même chose.

 

Jeudi 16 novembre 1916

Les Allemands ont emmené des quantités d’otages, 2 000 personnes civiles des villes de Lille, Roubaix et Tourcoing au camp de Holzminden en Allemagne. Il y a un président du tribunal de Douai, un bâtonnier de l’ordre des avocats de Lille, des avoués, des docteurs de Cambrai, Douai et Valenciennes. Tous ces otages ont été emmenés avec leurs femmes. C’est abominable !

 

Le bâtonnier des avocats de Paris a écrit au roi d’Espagne pour qu’il intervienne en Allemagne pour faire revenir tous ces malheureux. Le Pape a écrit aussi en Allemagne en leur faveur.

 

Lille, Roubaix, Tourcoing et Valenciennes sont toujours occupées par l’ennemi et durement traitées.

 

Quelle chance nous avons eue que Nancy ne soit pas envahie au moment de la bataille du Grand Couronné en septembre 1914. Nous serions encore Allemands maintenant !

 

Les Allemands ont jeté des bombes cette nuit sur Belfort. Pas de victimes.

 

Vendredi 17 novembre 1916

Amiens, ville ouverte, a été bombardée par les avions boches. Il y a eu 9 civils tués et 27 blessés.

 

A Bruxelles, il y a eu une émeute quand les Allemands ont voulu déporter des habitants. Il y a eu une bataille dans les rues entre les Belges et les Allemands. Bruxelles est fermée et il est interdit d’en sortir. 16 000 habitants d’Anvers ont été déportés en Allemagne. De longues files de citoyens belges encadrés par des soldats allemands arrivent des villages pour être déportés en Allemagne. C’est de l’esclavage et la traite des blancs.

 

On vient d’élire le nouveau président des Etats-Unis. Monsieur Wilson est de nouveau réélu contre Monsieur Douglas.

 

Notre aviateur Guynemer vient d’abattre son 20ème avion boche dans la Somme. Guynemer n’a que 21 ans.

 

Dans la Somme, nous avons repris le village de Saillisel qui avait été repris par les Allemands.

 

Samedi 18novembre 1916

Un grand événement sur les journaux. Le capitaine aviateur de Beauchamp jette des bombes sur la gare de Munich, traverse les Alpes françaises et atterrit en Italie. Il est parti de Nancy à 8h du matin, est passé par Strasbourg et il est arrivé à Munich à midi. Il a jeté les bombes sur la gare et ensuite a franchi les Alpes et après avoir fait 700km a atterri à Santa Donà di Piave, à 20km de Venise.

C’est bien vendredi qu’il vient d’accomplir ce raid extraordinaire par un froid terrible car nous avons à Nancy -12°C de sorte qu’il devait avoir  moins 30°C !

C’est un superbe exploit. Le capitaine de Beauchamp avait déjà fait partie de l’expédition qui est allée bombarder les usines d’Essen. C’est en représailles parce que les taubes étaient venus il y a deux jours jeter des bombes sur Amiens.

 

Dimanche 19 novembre 1916

Nancy est très calme ces jours-ci. On entend un peu le canon mais les boches nous laissent tranquilles. Il est vrai qu’il fait très mauvais temps.

 

Les Roumains se retirent un peu de leurs positions et reculent à 30 km de leur frontière. Les Allemands ont emmené de grands renforts en Roumanie et les Russes n’arrivent pas assez vite à leur secours.

 

Le cardinal Mercier qui est en Belgique avec les Allemands a protesté par une lettre contre la déportation de ses compatriotes en Allemagne.

 

En Grèce, la situation est toujours comme une énigme. On ne sait pas ce que pense le roi Constantin qui voudrait se mettre du côté de l’Allemagne puisque sa femme est la sœur du Kaiser. Il n’ose pas car il a peur de l’entente.

 

Le général Sarrail est toujours à Salonique avec nos troupes. Le général Roques, ministre de la Guerre vient d’être reçu à Athènes par le roi Constantin de Grèce.

 



11/11/2016
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