14-18Hebdo

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Carnets de guerre (Anna Vautrin) – N° 74 – 18 au 24 septembre 1916

Document transmis par Renaud Seynave, son arrière-petit-fils - 14/09/2016

 

 

Alexis Vautrin Professeur de chirurgie.jpg

Alexis Vautrin, professeur de clinique chirurgicale de l’université de Nancy (rangée du bas, au centre).

 

Lundi 18 septembre 1916

Anna Vautrin repart ce soir pour Paris, elle est à Luchon depuis le 1er juillet avec Alexis, son mari, ses quatre filles et ses 4 petits-enfants. Alexis est reparti le 14 août pour Nancy.

 

La ville de Gérardmer va faire un fanion d’honneur au régiment d’infanterie qui l’a si bien défendue. Il y aura les noms du Spitzenberg, Steinbach et l’Hartmannswillerkopf avec palmes de bronze.

 

Les Allemands mettent sous séquestre des fortunes alsaciennes dont une de Mr Bolla de Nancy. Il y en a pour 450 000 marks.

 

Les Français avancent dans la Somme et ont pris encore trois villages.

 

On se bat toujours à Salonique.

 

Les Allemands ont pris la ville de Bruxelles parce qu’un aviateur français avait jeté des proclamations. Le gouverneur allemand a décrété à cause de cela que tous les restaurants et théâtres seraient fermés entre le 12 et le 18 septembre. Quelle vengeance !

 

En Grèce la situation reste toujours embrouillée. Monsieur Dimitracopoulos hésite de former un cabinet.

 

Le Président de la République décore la ville de Verdun de la légion d’honneur ainsi que le préfet de la Meuse, le maire de Verdun et sœur Gabrielle qui était à Clermont (Oise) quand les Allemands y sont venus et qui a montré un grand courage.

 

Le général Paul vient de revenir de Russie où il était depuis 15 mois.

 

Les Roumains sont toujours en guerre contre les Autrichiens.

 

Un prisonnier français se cache dans un piano à Berlin et arrive ainsi à Zürich.

 

Un dessinateur espagnol est condamné à 4 années de bannissement pour avoir fait une caricature de l’empereur d’Allemagne déguisé en Don Juan devant la cathédrale de Reims.

 

Le ministre Briand fait un très beau discours à la Chambre sur ce qui s’est passé depuis trois mois pendant les vacances de la Chambre.

 

On vient de donner à Madame Briand la canne que son mari avait à la Croix des Carmes dans le Bois-Le-Prêtre et qui avait été taillée par un prisonnier français revenu d’Allemagne.

 

Le Président de la République est allé à Verdun pour décorer la ville. Verdun a reçu les décorations suivantes : la croix St Georges de Russie, la croix de Léopold de Belgique, la croix de la Légion d’honneur, la croix de guerre (France), la médaille d’or de la Valeur Militaire (Italie), la médaille d’or de la Valeur Militaire (Serbie), la Military Cross (Angleterre) et la médaille d’or (Monténégro).

 

On a épinglé toutes ces décorations sur un coussin. Elles sont exposées au siège du comité meusien à Paris où nous sommes allés les voir.

 

Nous partons de Luchon aujourd’hui, nous allons encore en petite voiture nous promener autour du vallon et nous faisons nos préparatifs pour partir ce soir à neuf heures pour voyager toute la nuit et arriver demain matin à 11 heures à Paris.

 

Mardi 19 septembre 1916

Nous venons de voyager toute la nuit. Partis de Luchon à 9h du soir, j’étais dans un compartiment avec Annette et Jean, dans le compartiment à côté, Madeleine était avec Colette et petite Marie-Edouard. Gogo (Marguerite) et Yvonne étaient dans un autre. Les enfants ont très bien dormis et se sont réveillés à 7h du matin.

 

Nous sommes passés par Toulouse et Orléans. Arrivés à Paris à 11h, Madeleine et les enfants ainsi que Gogo et Yvonne ont repris tout de suite le train de Nancy à la gare de l’Est pour arriver à Nancy à 6h du soir. Je suis restée à Paris avec Suzanne, Annette et Jean. Suzanne était partie de Luchon depuis 8 jours. Elle était avec Paul près de Beauvais pendant qu’il était au repos après la prise de Cléry que son régiment avait emportée d’assaut.

 

Elle nous a retrouvées à Paris. Nous allons rue Mazarine chez Mr Henry Boucher. L’appartement est triste et noir. Je vais diner au restaurant avec Suzanne et, en rentrant le soir, nous trouvons Paul rue Mazarine avec les enfants. Paul a eu une permission de 24 heures pour Paris.

(Henry Boucher et son épouse se partagent entre Gérardmer, Saint-Amé et Paris, rue Mazarine juste derrière l’Institut, depuis 1889, année où il devient député des Vosges).

 

Mercredi 20 septembre 1916

Je fais quelques courses à Paris et je retrouve Suzanne, Paul et les enfants à l’hôtel Lutétia à midi. Ils vont promener les enfants pendant que je vais voir aux Invalides les trophées de guerre. Dans la cour, il y a de gros obus, 2 carcasses de zeppelins tombés à Badonvillers et à Revigny, deux taubes entiers, un obus de 380 tombé à Nancy. Je retrouve Paul et Suzanne. Paul reprend le train de 6 heures du soir pour retourner près de Beauvais.

 

Jeudi 21 septembre 1916

Nous restons à Paris car Paul désire que Suzanne attende pour voir s’il aura une permission. Nous faisons des courses toute la journée.

 

Vendredi 22 septembre 1916

Paul télégraphie qu’on lui donne une permission de 8 jours. Il arrive dans la soirée. Je vais voir au siège meusien toutes les décorations de la ville de Verdun.

 

Samedi 23 septembre 1916

Je pars de Paris à midi laissant jusqu’à demain dimanche Paul Suzanne et les enfants. J’arrive à Nancy à 6 heures en passant par Gondrecourt, Bar-le-Duc, puisqu’on ne peut plus passer par Pont-à-Mousson. Nous passons à Revigny en ruines et beaucoup de villages en ruines depuis la bataille de la Marne.

 

Depuis quelques jours, il est expressément défendu d’entrer à Bar-le-Duc sans un permis spécial du général du corps d’armée.

 

Bar-le-Duc a été bombardé encore dernièrement par les avions. J’arrive le soir à Nancy.

 

Dimanche 24 septembre 1916

Rien de nouveau.



16/09/2016
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