14-18Hebdo

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Carnets de guerre (Anna Vautrin) – N° 72 – 4 au 10 septembre 1916

Document transmis par Renaud Seynave, son arrière-petit-fils - 01/09/2016

 

1915 Alexis Vautrin avec Yvonne et Marguerite.jpg

Yvonne et Marguerite avec leur père Alexis Vautrin

 

Lundi 4 septembre 1916

Nous partons à 8h en auto, nous passons par une route splendide. Il y a un endroit qui s’appelle le chaos, énormes blocs de rocher descendus de la montagne. C’est une route admirable au dessus des précipices et avec les glaciers et les pics des Pyrénées. On passe à Gèdre en revenant et ce n’est que depuis ce village qu’on voit la brèche de Rolland qui aurait été ouverte dans le rocher par lui au moment de sa mort alors qu’il voulait briser son épée Durandal sur les rochers pour qu’elle ne tombe pas aux mains des infidèles.

 

Nous arrivons à Cauterets par un chemin superbe dit le colimaçon car il contourne la montagne. On a une vue superbe sur les précipices et les pics. Cauterets est sur le haut de la montagne. Il nous a paru moins agréable que Luchon et nous n’y avons pas vu beaucoup de villas. L’esplanade des œufs sur laquelle est le casino et les bains, le casino au 1er et les Bains au rez-de-chaussée. Le parc est beaucoup moins joli qu’à Luchon. Le casino de Luchon est situé dans un grand parc tandis qu’à Cauterets, il est sur la place. Il y a plusieurs sources qui ne sont pas toutes captées comme à Luchon aux bains. Chaque source est dans un endroit différent. Pour aller à une de ces sources, il faut même prendre un funiculaire.

 

Nous partons de Cauterets qui est à mon avis beaucoup moins joli que Luchon mais il doit faire moins chaud étant sur la hauteur. Nous quittons Cauterets à 2 heures, passons à Lourdes où nous nous arrêtons pour aller à la grotte et à la basilique. Nous y restons une heure. De Lourdes à Tarbes où nous voyons l’usine très imposante où l’on fabrique des munitions pour l’Etat, surtout des cartouches. En ce moment, on travaille jour et nuit pour la Grèce. Si elle se met en guerre avec les alliés contre l’Allemagne, on lui fournira toutes ces munitions, sinon on les gardera aux frontières. On fabrique beaucoup de bérets basques à Tarbes.

 

Il y a en ce moment beaucoup de prisonniers allemands.

 

De Tarbes à Luchon par Montréjeau, c’est la plaine après avoir vu des montagnes admirables.

 

Arrivée à Luchon à 7h, enchantées de notre excursion qui est magnifique surtout pour les trajets d’Argelés à Gavarnie et de Gavarnie à Cauterets.

 

Mardi 5 septembre 1916

Nancy est très calme.

 

Suzanne reçoit une carte de Paul datée du 3 septembre à 10h du soir. Elle contient ceci : « Je suis dans une cave du village de Cléry en Somme que le 68e bataillon de chasseurs alpins a enlevé brillamment aujourd’hui. Je viens d’interroger quelques prisonniers du 1er régiment de la garde à pied, le régiment le plus chic d’Allemagne s’il vous plait. Nous n’avons guère de pertes mais gare demain, nous allons nous faire bombarder ».

Espérons qu’il en sortira sain et sauf !

 

Mercredi 6 septembre 1916

Nous voyons sur les journaux que 13 zeppelins sont allés en Angleterre aujourd’hui. Un zeppelin est tombé en flammes près de Londres. Il a été détruit et tout son équipage tué. Il y a eu plus de 10 morts. C’est un aviateur anglais « Robinson » qui a crevé le réservoir d’essence du zeppelin avec sa mitrailleuse. C’est superbe, aussi il touchera près de 100 000 francs par des dons d’Anglais qui avaient promis cette somme au premier qui abattrait un zeppelin.

 

Les Roumains marchent toujours contre les Autrichiens et les Hongrois. Les Russes font toujours de nombreux prisonniers.

 

Les Anglais sont dans la Somme à nos côtés. Pendant que nous nous emparions de Cléry près de Péronne, les Anglais prenaient 2 villages à côté, au nord de Péronne.

 

La Grèce est dans une situation très difficile. Le roi Constantin voudrait rester neutre et son peuple désire la guerre aux côtés des alliés. Qui l’emportera !

 

Voyant les hésitations du roi de Grèce, les alliés lui posent des conditions que la Grèce accepte.

 

Les alliés demandent le contrôle des postes et télégraphes pour que les Grecs ne renseignent pas les Allemands, ni les Bulgares.

 

Les espions devront quitter la Grèce et ne pas rentrer avant la fin de la guerre.

 

On surveillera les sujets grecs.

 

La Grèce a accepté ces conditions, aussi maintenant les Allemands ne pourront plus recevoir de nouvelles de la Grèce. La Grèce a bien vu que les alliés ne transigeaient pas et que si elle ne voulait pas, les alliés lui déclareraient la guerre.

 

Le général Sarrail est toujours à Salonique avec une très forte armée et tient en respect le roi Constantin et son armée.

 

Les Roumains avancent, ils ont fait aujourd’hui 1 500 prisonniers autrichiens.

 

Jeudi 7 septembre 1916

Nous prenons aujourd’hui 1500 mètres de tranchées à Verdun. Il y a donc une avance à Fleury. Nous prenons les villages près de Verdun et sommes près de Chaulnes dans la Somme.

 

Je lis dans les journaux que c’est la fin des camps de représailles en Allemagne.

 

L’ambassade d’Espagne à Berlin a reçu la nouvelle que tous les prisonniers français reviendraient de Russie dans les camps en Allemagne, et d’autre part le gouvernement français prendra des mesures pour faire partir les prisonniers allemands de l’Afrique.

Je suis content car mon pauvre prisonnier Colin Paulin qui avait été envoyé en représailles en Russie et qui m’avait écrit de ce camp de représailles une lettre navrante !

 

Vendredi 8 septembre 1916

Les Français avancent dans la Somme. Ils ont pris encore plusieurs villages et sont tout près de Chaulnes. Les Russes ont encore fait 4 500 prisonniers dont 2 000 Allemands. Les Roumains occupent Orşova. Bucarest est encore attaquée par des aéroplanes.

 

Les Bulgares ont pu pénétrer dans une ville roumaine mais ils ont le Danube à traverser.

 

Les Italiens restent stationnaires.

 

Samedi 9 septembre 1916

Les Russes ont fait le 6 septembre 5 600 prisonniers autrichiens, 45 officiers et 690 soldats turcs. C’est superbe.

 

L’aviateur Guynemer a abattu son 15e taube boche.

 

On annonce dans les journaux qu’on va reprendre l’heure légale dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre. On avait changé l’heure pour l’été. Il faudra donc retarder les horloges d’une heure.

 

Les Autrichiens ont jeté plusieurs bombes sur Venise, l’une d’elle est tombée sur la place Saint Marc.

 

On annonce que le Kronprinz est parti avec le maréchal Hindenburg sur le front de la Somme. Que va-t-il se passer ?

 

Hindenburg est à la tête de toutes les armées ennemies : autrichienne, turque, allemande et bulgare. Il est le seul maître avec le Kaiser. L’armée allemande est battue dans la Somme. Ils sont dans une triste posture.

 

Dimanche 10 septembre 1916

Anniversaire de la bataille de la Marne et de la victoire de la Marne en septembre 1914

 

On a organisé un pèlerinage à Meaux et sur le champ de bataille depuis Paris. L’évêque d’Arras et Maurice Barrés ont prononcé des discours. La foule a visité les marais de St Gond, là où ont péri tant de braves.

 

C’est là qu’un général a reçu un pli du général Maunoury qui lui disait de tenir jusqu’à la mort.

 

Il y a un monument élevé aux morts. C’est de cette victoire de la Marne que l’armée allemande n’a plus pu avancer sur les fronts français. Si nous l’avions perdue, les Allemands marchaient sur Paris et entraient à Nancy.

 

C’est une victoire très importante dans cette guerre.



02/09/2016
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