14-18Hebdo

14-18Hebdo

99e semaine de guerre - Lundi 19 juin au dimanche 25 juin 1916

 

LUNDI 19 JUIN 1916 - SAINTS GERVAIS ET PROTAIS - 687e jour de la guerre

MARDI 20 JUIN 1916 - SAINT SYLVERE - 688e jour de la guerre

MERCREDI 21 JUIN 1916 - ETE – SAINT LOUIS DE GONZAGUE - 689e jour de la guerre

JEUDI 22 JUIN 1916 - FETE DIEU - 690e jour de la guerre

VENDREDI 23 JUIN 1916 - SAINT ZENON - 691e jour de la guerre

SAMEDI 24 JUIN 1916 - SAINT JEAN-BAPTISTE - 692e jour de la guerre

DIMANCHE 25 JUIN 1916 - SAINT PROSPER - 693e jour de la guerre

Revue de presse

-       Les Russes ont pris Czernovitz - Les Autrichiens en retraite vers les Carpathes

-       La bataille continue sur le plateau des Sette Comuni

-       L'armée du général Pflanzer coupée en deux tronçons - Les Russes ont progressé de 30 verstes au-delà de Czernovitz

-       Les Italiens repoussent les persistantes contre-attaques par lesquelles les Autrichiens essaient de contenir leurs progrès

-       Les troubles de Munich

-       L'activité s'est réveillée sur le front de Verdun

-       La situation en Grèce - Le cabinet Scouloudis serait démissionnaire

-       Est-Africain - Les troupes anglaises occupent Handen

-       Le conflit mexicain - Le consul des Etats-Unis quitte la Vera-Cruz

-       Les Russes ont traversé la Sereth

-       Trèves, Carlsruhe, Mulheim bombardés par nos escadrilles

-       Les Russes occupent en Bukovine la ville de Radautz

-       Un sous-marin allemand dans un port espagnol - L'"U-35" passe 23 heures à Carthagène

-       L'Allemagne tente de forcer le blocus - Après la bataille du Jutland, l'ultimatum à la Suisse

-       La révolte arabe contre les Allemands-Turcs

-       La guerre semble inévitable entre les Etats-Unis et le Mexique - Le Costa-Rica et le San-Salvador se joindraient au Mexique

-       La formidable offensive allemande sur Verdun

 

Morceaux choisis de la correspondance

Camille a dit que c’était honteux, comme défense de Verdun il n’y avait que des tranchées de 30 cm de haut !

19 juin - ELLE.- Mon petit Geogi, si je n’avais pas peur que tu ne m’envoies plus de photos, je te gronderais de ta tenue. Tu vois, ton camarade Déon le dit aussi, on te reconnaît rien qu’à ton ceinturon qui pend. On n’a pas idée aussi, une ceinture pour une femme comme pour un homme doit tenir à la taille. Tu peux bien percer d’autres trous et le serrer pour que ton revolver ou ta jumelle ne le fasse pas pendre lamentablement. Je te renvoie ta photo pour que tu en juges. Je t’en prie mon chéri, fais cela pour moi, deviens un peu plus coquet. C’est bien une femme de l’arrière qui parle, n’est-ce pas. Au front on ne pense guère à cela. Mais tout de même Geogi, je ne veux pas que tous tes camarades disent de toi que tu as l’air d’un mendiant, que tu n’as pas de soin. Allons, un bon mouvement, fais ajuster tes bretelles en cuir et ton ceinturon bien exactement et tu auras déjà meilleure mine.

 

Je t’achèterai des souliers la prochaine fois que j’irai à Epinal. J’aurais bien voulu aussi t’envoyer des leggins mais il me faudrait la dimension de ton mollet. Tu aurais dû dire à Pauline de t’envoyer des chemises, tu en as encore beaucoup à Cornimont, et par la poste tu les aurais reçues de suite, à Reims on vous exploite honteusement.

 

Pauline m’a dit hier qu’elle avait logé dernièrement un officier d’infanterie qui avait servi sous tes ordres au début de la guerre. Comment est-il passé de l’artillerie dans l’infanterie, je n’en sais rien.

 

Je me suis arrêtée à Thiéfosse où tout le monde va bien. L’oncle Alphonse était « au village », on le conduit en voiture maintenant. Cécile a parlé de Verdun, de son mari qui a dit que c’était honteux, comme défense de Verdun il n’y avait que des tranchées de 30 cm de haut. Il est au repos en Seine-Inférieure en ce moment. Son petit Jean faisait une version latine au fumoir, il travaille avec le curé de Thiéfosse deux heures tous les matins.

 

A Vagney, j’ai vu Madame Gaillemin à laquelle j’ai trouvé très mauvaise mine. Sa bonne a dit à Elise qu’elle ne s’était pas bien remise de sa fluxion de poitrine en décembre, depuis elle tousse toujours et perd ses forces. Je crois qu’il serait grand temps de la soigner, mais je n’ose pourtant pas écrire à son mari, il est loin, cela lui donnerait du souci, pourtant il ne faudrait pas la laisser s’anémier plus longtemps. Leurs enfants sont de beaux petits.

 

Après la guerre, on manquera déjà d’ouvriers, ce ne sera pas le moment de construire de nouvelles usines.

19 juin - LUI.- J’ai reçu hier en même temps tes trois bonnes lettres du 13, 14 et 15 juin. Très heureux des bonnes nouvelles que tu me donnes de notre petite Noëlle et de toi-même. Je t’en prie ne t’arrête pas à soixante kilos et continue à grossir, que je retrouve à ma prochaine permission une bonne petite poulette bien grassouillette dont il fera si bon caresser les agréables rondeurs. Tu dis que des rides nous sont venues, que nos cheveux ont blanchi, mais nos cœurs, ma Mi, n’ont pas vieilli. Je suis aussi amoureux de ma petite Mi jolie que si j’avais vingt ans et je me promets bien de le lui montrer lorsque je reviendrai. Je suis sûr que je serai plus pressé qu’elle et je lui demande seulement de me promettre de ne pas trop me faire attendre.

 

Tu avais raison de ne rien dire aux Garnier. Qui sait ce que l’on pourra faire pour Georges après la guerre. On manquera déjà d’ouvriers. Ce ne sera pas le moment de construire de nouvelles usines.

 

Pour nos valeurs tu as eu parfaitement raison. Je t’en prie, ma petite mie, tu sais bien que toutes nos pensées sont les mêmes et que nous ne formons qu’une seule âme. Donc ne me consulte pas pour si peu. Je suis bien sûr que tout ce que tu feras sera toujours bien fait. Pour l’argent de Cheniménil, je ne vois pas trop ce que nous pourrions en faire. Tu pourrais peut-être demander conseil soit à Adrien soit à Paul Laroche-Joubert qui sont bien plus au courant que moi.

 

Tu m’as raconté dans une précédente lettre l’histoire du gâteau. J’aurais voulu voir mes chéris qui ont dû s’en donner. Laisse ton petit Robert jouer avec les garnements du village. Cela lui fera du bien et lui formera le caractère. Cela prouve qu’il va bien.

 

J’espère que l’oncle Henry ira mieux mais à son âge tout cela est évidemment bien ennuyeux.

 

Voudrais-tu envoyer à Cornimont à l’adresse des Héritiers trois tableaux que tu trouveras dans mes paperasses. Ces tableaux sont des tableaux de frais généraux, frais de filature et frais de tissage pour chaque usine pendant les années 1913-1914 ou 1912-1913. Tu verras ce sont d’assez grandes feuilles.

 

20 juin - ELLE.- Je suis très étonnée que tu passes deux jours sans recevoir de lettres de moi, car je t’écris très régulièrement chaque jour, il y aura eu sans doute une lettre égarée. Comme je n’ai jamais rien d’important à te dire, il n’y a pas grand dommage, mais néanmoins cela t’a causé une petite déception à l’heure du courrier.

 

J’ai tes dimensions, mais elles ne sont plus très exactes car tu as maigri et tu ferais mieux de me les renvoyer. Ne crois-tu pas qu’il vaudrait mieux te faire un col rabattu, je trouve que c’est plus joli que les cols droits et cela n’empêche pas de mettre un col blanc à l’intérieur. Cette fois je prierai qu’on n’oublie pas les attributs de l’artillerie et on posera aussi les brisques dont tu parles. Je vais donc commander le costume pour qu’on fasse venir l’étoffe et on attendra tes nouvelles mesures pour le couper.

 

Nous avons eu hier tante Marthe, Suzanne et Gogo avec les petits Annette et Jean et Mme Metenett, Thérèse et ses enfants. Tante Marthe a encore pleuré en parlant de François, elle ne se console pas de sa mort. Elle est allée au cimetière avec Maman et n’a fait que lui en parler. Suzanne et Gogo rentrent la semaine prochaine à Nancy et partent à Luchon le 1er juillet pour jusqu’au 15 août. Paul est adjoint au commandant du 68e bataillon, il se trouve très bien. André est toujours près de St Dié avec des 90, il n’a jamais changé de place.

 

Tous les officiers d’ici s’attendent à être envoyés dans le Nord. Ils sont au repos, font des manœuvres soi-disant de 4 heures du matin à 9, mais après cela, ils n’ont plus d’occupation.

 

André et Noëlle travaillent bien leur piano. Noëlle a fait à midi une vraie colère. Dédé l’avait un peu taquinée, elle est partie en frappant la porte. Au bout d’un ¼ d’heure, j’ai envoyé André la chercher mais elle n’a pas voulu revenir. Je l’ai enfermée dans sa chambre pour qu’elle se calme et lui ai donné un morceau de pain pour son dîner, elle était furieuse, tu le devines.

 

Un vent d’optimisme souffle dans nos pays. Tout semble tourner très favorablement pour les Alliés. Les Autrichiens paraissent recevoir une volée formidable et c’est vraiment un effort des Russes splendide. Tout le monde est d’avis que la guerre sera finie pour l’hiver, puisse cette promesse se réaliser, cela serait si bon de se retrouver.

21 juin - ELLE.- Voilà le beau temps revenu, cela m’enchante plus encore pour toi que pour nous qui ne souffrons pas de la pluie et de la boue comme vous.

 

Les enfants sont contents de courir et de jouer. André voudrait expédier ses devoirs en grande vitesse et il déplore de n’être pas un enfant d’ouvriers parce que je ne le laisse pas manger hors de la maison. L’autre jour, je l’ai grondé en effet parce qu’il ne rentrait pas pour le dîner sous prétexte qu’il avait mangé dans la gamelle des soldats. Et d’autre part on lui prend une ½ heure de jeu en lui faisant apprendre le piano. Tu vois que son sort est très triste. Que sera-ce le pauvre Dédé quand il lui faudra apprendre le latin, les langues vivantes, etc.

 

T’ai-je dit que nous avions reçu une lettre d’un officier qui avait été avec Georges à Wahmbeck pendant un an, puis emmené en même temps que lui à Celle et de là envoyé dans un hôtel de Suisse. Georges nous avait prévenus qu’il nous écrirait en nous disant que c’était le seul avec lequel il s’était lié un peu intimement. Ce jeune homme ne nous apprend en somme rien que nous ne sachions déjà. Ils sont très mal nourris, la viande manque surtout. Georges va bien et reste gai et entrain, il est débrouillard et sait toujours se tirer de situations parfois difficiles et pénibles. Il avait confié une lettre à son ami mais une fouille minutieuse à Constance l’a privé de tous les papiers qu’il aurait pourtant aimé garder. Il se trouve au paradis depuis qu’il est en Suisse, mais nous préférons pourtant que Georges reste où il est car on n’envoie en Suisse que ceux atteints de la poitrine ou étant paralysés partiellement. Je sais bien que ceux qui deviennent malades de cette façon parce qu’ils ne sont pas assez bien nourris ou à la suite d’une blessure dans la poitrine se guérissent vite quand on les remet dans de bonnes conditions d’hygiène.

 

Un vent d’optimisme souffle dans nos pays. Tout semble tourner très favorablement pour les Alliés. Les Autrichiens paraissent recevoir une volée formidable et c’est vraiment un effort des Russes splendide (eux qui étaient si mal préparés à soutenir une guerre moderne). Tout le monde est d’avis que la guerre sera finie pour l’hiver, puisse cette promesse se réaliser, cela serait si bon de se retrouver.

 

Envoie-moi tes mesures le plus tôt possible. Pour le col c’est bien 41 que tu prends pour les faux cols, cela fait 42 pour le col de drap. Je commanderai les brisques, etc.

 

André Perrin a été opéré le 6 juin. Cette opération a été très douloureuse, on lui a sectionné un os du bras pour le mettre à la même longueur que celui qui avait été broyé par l’éclat d’obus, puis on lui a cousu les deux au fil d’argent, de sorte qu’il aura le bras un peu plus court que l’autre. Il doit rester trois mois dans le plâtre.

 

21 juin - LUI.- J’ai reçu hier ta chère lettre du 16, si pleine d’amour que ton Geogi ne peut la relire sans sentir battre son cœur. C’est toi qui donnes trop de bonheur à ton mari qui t’adore. Si tu savais comme il est heureux et fier d’être ainsi aimé par sa Mie. Si tu savais comme il se réjouit de la revoir et de serrer amoureusement tout son joli petit corps chéri contre le sien ! Mie, pourrons-nous attendre encore deux longs mois avant de nous revoir. Heureusement que nous avons le souvenir si doux de nos étreintes et de nos baisers. Mimi si douce, si jolie, si aimante, comme tu le dis si bien nous nous retrouverons et jouirons encore ensemble de notre amour.

 

Je te fais envoyer des petits livres que j’avais achetés et qui encombreraient ma cantine en cas de départ. Ce sont des livres mal imprimés, assez difficiles à lire mais c’est très commode parce qu’on peut facilement les mettre dans sa poche en montant à l’observatoire. D’ailleurs tu pourras les parcourir, quelques-uns sont intéressants mais dans d’autres il y a pas mal de longueurs. Ne laisse pas traîner Rabelais, justement celui-là est un peu long et c’est toujours la même chose et pas du tout distingué, tu verras. L’Iliade est aussi assommante à la longue, j’aime mieux l’Odyssée, cela m’a rappelé mes classes d’autrefois. Le bouquin de Jean-Jacques est intéressant, il a quelques bonnes idées mais la plupart ne seraient pas applicables. Enfin garde-les quand même.

 

Notre petit Dédé à ce que je vois n’est pas très obéissant, mais que veux-tu à son âge on aime les soldats et les chevaux et on affectionne particulièrement tout ce qui n’est pas la vie courante et habituelle.

 

Voici quelques jours que nous avons du très beau temps et j’espère que vous en profitez pour un peu sortir et rester au bon soleil. Je t’embrasse ma chérie avec les enfants de tout cœur. Ton Geogi.

 

22 juin - ELLE.- Notre vie se passe très tranquillement sans voir grand monde de sorte que je ne sais rien de nouveau à te dire. Nous allons tous bien. Les enfants jouissent du beau temps. André grogne un peu au retour de classe quand il faut se remettre aux devoirs et au piano au lieu d’aller jouer, mais le premier moment de mauvaise humeur passé il fait quand même ce qu’il doit. Et puis aujourd’hui c’est jeudi, jour béni entre tous.

 

Noëlle était ravie aujourd’hui, elle se trouvait belle dans une robe bleu pâle, cela lui allait à merveille en effet. Un officier qu’elle a rencontré en allant au village lui a fait des compliments, elle rayonnait en rentrant. « Maman, le baron de Waldner m’a dit que j’avais une jolie robe aujourd’hui ». Le baron de Waldner est lieutenant de chasseurs ami de notre capitaine, il est venu plusieurs fois dans sa chambre et comme on passe par la salle d’étude, ils ont causé souvent avec les enfants. Et ils sont très gentils pour eux, leur donnant des gâteaux ou des bonbons quand ils les rencontrent. Aussi tu penses que nos garnements, surtout les deux petits, se précipitent dès qu’ils les aperçoivent. Ce Mr de Waldner est paraît-il colossalement riche, il a de grandes terres dans le Bourbonnais, mais sa famille est originaire d’Alsace où il a aussi des propriétés, entr’autres une vieille usine et des pâturages près de l’Hartmannswiller.

 

J’ai reçu une lettre de Marie Molard qui me dit qu’elle va bien. Elle voit beaucoup Lili Nicolas qui est chez les Phulpin et m’en écrit des compliments dithyrambiques. Elle m’en avait déjà parlé pendant mon séjour à Paris, disant qu’elle ne comprenait pas que Georges ne l’épouse pas. Elle s’imagine qu’on fait faire aux garçons ce que l’on veut.

 

Je te quitte car voici l’heure du courrier. Je vais envoyer le paquet que tu m’as dit chez les Héritiers.

 

C’est dommage qu’en rentrant j’aurai de nouveau comme rivales les chères broches et surtout les nombreuses occupations et les multiples soucis que tu retrouveras avec la conduite des affaires.

23 juin - ELLE.- Vous m’écrivez des lettres bien follettes mais qui me font pourtant très plaisir car elles me prouvent que vous aimez toujours votre femme et que les jeunes beautés rémoises ou des environs ne vous séduisent pas outre mesure. C’est dommage qu’en rentrant j’aurai de nouveau comme rivales les chères broches et surtout les nombreuses occupations et les multiples soucis que tu retrouveras avec la conduite des affaires. Enfin nous serons réunis et ce sera tout de même bien bon, même si tu m’aimes un peu moins, n’est-ce pas, mon chéri.

 

Pour la première fois cette année je suis à la véranda sur la chaise longue, il fait très chaud. Nos enfants sont au foin, on doit en rentrer plusieurs voitures aujourd’hui. Je ne les ai plus vus depuis le déjeuner. Robert et Noëlle sont revenus goûter à la hâte, ils n’avaient pas le temps de prendre du cacao, vite du pain et du chocolat, et les voilà repartis.

 

Dédé trouvait ce matin qu’on n’avait jamais une journée de repos complet, qu’il fallait aller au catéchisme, mais depuis 9 heures il trotte derrière les soldats et semble avoir oublié son ennui. Noëlle est allée se confesser. Monsieur le Curé appelait tous les enfants du petit catéchisme et hier Noëlle inscrivait ses péchés et elle n’en trouvait presque pas. Il a fallu que je l’aide - « Mais, Noëlle, et les désobéissances, et ceci, et cela » - « Mais Maman, je l’ai déjà dit à Monsieur le Curé du Moulleau ». Elle n’arrivait pas à comprendre la brave Noëlle qu’il fallait recommencer à s’accuser puisqu’on était retombé dans les mêmes erreurs.

 

Ils adorent vagabonder à leur gré et sont certainement bien plus heureux dans ce sens que des enfants de ville qu’on promène dans les rues, mais c’est moins instructif, ils sont moins débrouillards et restent beaucoup plus bébés.

 

Robert est si caressant, il lui faut toujours des baisers avant de commencer à travailler ou à faire les choses qui lui déplaisent.

 

Hier je suis allée à Arches chez les Prononce qui m’aiment toujours très tendrement et pour lesquels ma visite est une joie. Il y a beaucoup de troupes tout autour d’Arches pour les exercices du camp et j’ai toujours du succès en passant en auto parmi les groupes de soldats. Les uns font bravo, les autres crient : « Le chic petit chauffeur ». D’autres me demandent une place. Pour tous ces pauvres gens qui reviennent du front, cela leur semble très curieux de voir une femme en auto et ils en sont amusés.

 

Il y a toujours une revue à la fin des manœuvres. J’ai demandé au capitaine qui est ici de me dire quel jour elle aurait lieu pour que j’y conduise les enfants s’il fait beau. Ils n’en ont jamais vu et il paraît que c’est très impressionnant. Cela leur serait un souvenir de la guerre.

 

23 juin - LUI.- J’ai reçu tes bonnes lettres des 18, 19 et 21 juin. Ma pauvre Mie je suis navré de t’avoir fait un peu de peine avec cette fameuse photographie. Evidemment j’ai eu tort mais je pêchais par ignorance. Je ne mets en effet ma bricole que pour aller aux tranchées. Inutile de te dire que je n’y vais pas tous les jours. Je ne me rendais donc pas compte qu’elle n’était pas ajustée d’autant que tu sais que je n’aime pas d’être serré. Ce brave Déon ne m’a rien dit quand il photographiait et ne m’a fait remarquer la chose qu’en me donnant la photographie. Une autre fois je ferai plus attention et je suis sûr que ma Mie chère va me pardonner. A ton tour, Mi, un bon mouvement et embrasse ton Geogi. Tu sais d’ailleurs que la guerre m’a rendu plus coquet. Tu peux être tranquille, je suis toujours mis très proprement et très convenablement et, si je te demande de me faire faire un nouvel uniforme, c’est parce que mon ancien commence un petit peu à vieillir. Tu sais bien aussi que j’aime bien que tu portes de jolies robes et que cela me fait plaisir de te voir élégante et belle. Je t’assure que je me réjouis de voir tes achats de Paris, tu vas montrer tout cela à ton Geogi et te faire la plus belle pour son retour. Pour les mesures de l’uniforme, je te les enverrai un autre jour car le tailleur n’est pas à la batterie. Il faut que j’attende qu’il y vienne, c’est l’affaire de quelques jours.

 

Il fait excessivement chaud depuis quelque temps et, comme on n’y est plus habitué, on commence déjà à se plaindre. Cependant lorsque nous étions sous la pluie il y a une huitaine, nous aspirions après le beau soleil. L’homme est ainsi fait, il n’est jamais content.

 

Je t’ai fait renvoyer un paquet de lettres il y a une huitaine. L’as-tu reçu. Je te fais envoyer comme je te le disais dans ma dernière lettre deux paquets de livres, que tu recevras dans quelques jours.

 

Je suis ravi que les enfants aillent bien. Tu pardonnes à ton Geogi n’est-ce pas ma petite mie et je t’embrasse avec les chéris bien tendrement. Ton Geogi.

 

24 juin - ELLE.- Je retourne lundi à Paris, pour recommencer une nouvelle série d’applications électriques comme j’en ai subi une il y a un mois. J’aurais bien voulu pouvoir remettre ce voyage à l’automne quand il ne fera plus si chaud, mais le docteur préfère les reprendre de suite. Je viens seulement de recevoir sa lettre et me dépêche de partir car je ne veux pas retarder Marie Molard dans ses projets de saison d’eaux, je sais qu’elle veut quitter Paris au plus tard le 10 juillet. Comme je resterai 12 jours à Paris plus les voyages, cela fera à peu près le compte et je ne la gênerai pas. Tu devines que je n’entreprends pas ce voyage avec grand enthousiasme, il faisait si bon ici avec Maman et mes chéris, qui sont parfois trois diables mais accrochés à mon cœur, et que cela m’ennuie de laisser. Enfin, puisqu’il le faut et que le docteur croit que cela me sera salutaire, je veux bien me laisser convaincre. Ecris-moi donc désormais : Hôtel d’Iéna, Place d’Iéna, Paris (16ème). Je viens d’écrire à Paul Cuny pour sa fête qui est le 28. Tu feras bien d’en faire autant. Par la même occasion, envoie aussi un mot à Paul L.J.

 

Je vais envoyer demain ou plutôt donner à Maman les coupons de Cheniménil pour qu’elle les envoie avec ceux de Georges à la banque pour le 1er juillet. Je ne crois pas que nous en ayons d’entièrement libérés, en tout cas je vais y voir.

 

J’avais écrit à Edmond Petitgenêt pour résilier notre assurance pour les domestiques, mais il paraît que nous sommes liés pour dix ans. C’est assommant ces compagnies d’assurance qui font faire de si longs contrats. Plus tard quand nous reprendrons une auto, il faudra y faire attention et ne plus nous engager ainsi.

 

Les Allemands venaient de s’emparer des ouvrages de Thiaumont au nord de Verdun.

25 juin - LUI.- J’ai reçu ta bonne lettre du 21 et suis content que vous ayez comme nous le beau temps qui favorise les sorties des enfants et leur permet de profiter du bon air et du beau soleil.

 

Je ne puis encore t’envoyer mes mesures pour mon nouvel uniforme, le tailleur de ma batterie et celui de la batterie de Déon étant tous deux en permission. A propos de permissions, elles sont supprimées depuis hier. Lorsque nous l’avons appris, nous étions un peu inquiets, car nous savions à ce moment que les Allemands venaient de s’emparer des ouvrages de Thiaumont au nord de Verdun et nous craignions qu’ils n’eussent fait encore des progrès. Mais d’après ce qu’on dit aujourd’hui, nous avons pas mal repris à Verdun et il est probable que nous allons attaquer de notre côté dans le Nord. On croit utile de supprimer les permissions sur tout le front. Nous faisons bien volontiers ce sacrifice si cela doit terminer plus vite la guerre, mais ce retard m’ennuie quand même car cela retardera d’autant le moment tant souhaité où je pourrai te revoir. Tu devines bien comme je suis en mal de toi, mon petit, et comme je suis privé des trésors charmants dont je raffole. Enfin ! espérons que cette attaque va promptement réussir ou qu’alors on rétablisse bien vite les permissions.

 

Je t’envoie encore quelques photos qui t’intéresseront peut-être. Mais je voudrais un peu être payé de retour. Tu m’as envoyé c’est vrai la photo du Kronprinz qui (à part le chapeau en effet) est très bien. Mais tâche de m’envoyer de temps à autre une photo de toi, de toi ma Mie. Tu peux bien faire cela tous les quinze jours pour faire plaisir à ton Geogi. Tu le trouveras peut-être bizarre mais en regardant ces photos il pensera à toi, se dira qu’il est tout près de sa Mie adorable et sera tout heureux.

 

Bonnes amitiés à Maman et à Thérèse. Je t’embrasse avec les chéris de tout tout mon cœur. Ton Geogi.

 

Fais-toi photographier avec les robes que tu t’es fait faire à Paris et aussi avec ton nouveau chapeau. Cela fera j’espère quelques épreuves. Pardonne cette petite fantaisie, ma petite mie. Ne l’as-tu pas fait faire à Paris comme c’était convenu. En tout cas puisque tu y retourneras n’oublie pas de le faire faire chez un excellent photographe.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 25/06/1916 (N° 1331)

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Lord Kitchener - Ministre de la Guerre d’Angleterre

Cette belle et noble figure de l’illustre maréchal anglais méritait de figurer parmi les portraits des grands chefs des armées alliées dont nous offrons la série à nos lecteurs. Le tragique événement dont lord Kitchener vient d’être la victime donne à cette publication un douloureux intérêt d’actualité. « A bord du ‘Hampshire’ lord Kitchener, mandé par le tsar, se rendait en Russie. Le croiseur anglais, à la hauteur des îles Orcades, s’abima dans les flots, entraînant avec lui ses matelots et ses passagers. La mort de lord Kitchener est, pour l’Angleterre, un deuil immense, un deuil que la France partage et ressent profondément, elle aussi.

 

Lord Kitchener, en effet, dès le début de sa carrière militaire, a combattu pour la France. Né à Tralee, en Irlande, en 1850, Herbert Kitchener passa une grande partie de sa jeunesse en France. Aussi, quand vint la guerre de 1870, s’engagea-t-il dans l’armée française et fit-il campagne comme simple volontaire. Il entra ensuite à l’Ecole royale militaire de Woolwich, d’où il sortit pour entrer dans le corps des Royal Engineers. Il servit successivement en Palestine (1874), puis en Chypre de 1878 à 1882. Il passa en ce temps-là en Egypte où il eut le commandement de la cavalerie égyptienne. Il prit part, comme lieutenant-colonel, à l’expédition du Haut-Nil (1884-85) et fut deux ans gouverneur de Souakim. Il devait rester d’ailleurs longtemps en Egypte, prenant part comme commandant des troupes égyptiennes à toutes les expéditions destinées à assurer la sécurité des frontières méridionales de l’Egypte et du Soudan. Dès 1890, il avait reçu le titre de Sirdar ou généralissime des forces égyptiennes. Et en 1898, où il acheva l’expédition de Khartoum, il reçut du gouvernement anglais les plus grands honneurs et fut élevé à la pairie.

 

La guerre du Transvaal lui valut de nouvelles occasions de se distinguer. Chef d’état-major du corps expéditionnaire du Sud-Afrique en 1899, il eut le commandement en chef des troupes de 1900 à 1902, jusqu’au jour où, la conquête achevée, la pacification du pays et sa loyale adhésion à l’Empire furent choses assurées. Lord Kitchener devenu vicomte (il n’était jusque là que baron) fut ensuite nommé au commandement général de l’armée des Indes. Il demeura chargé de ces fonctions jusqu’en 1909 et fut alors nommé feld-maréchal et l’année suivante membre du Comité de la défense de l’Empire. Il retourna ensuite en Egypte en qualité d’agent diplomatique en remplacement de lord Cromer. Il ne quitta ces fonctions qu’à la déclaration de guerre.

 

C’est le 5 août 1914 que lord Kitchener prenait possession du ministère de la guerre. On sait ce qu’il a fait de l’armée anglaise, armée presque insignifiante en nombre en regard des grandes armées européennes et qu’il laisse égale aux plus puissantes. Cette prodigieuse transformation suffira assurément à la gloire de ce grand homme de guerre, dont l’Angleterre ne cessera d’honorer la mémoire, et dont nous devons, nous autres Français, garder pieusement le souvenir, comme celui d’un des hommes qui auront le plus contribué à assurer la victoire du droit.

 

 

 

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L’héroïque défense du fort de Vaux

La défense du fort de Vaux restera comme l’un des épisodes les plus héroïques, les plus glorieux des combats devant Verdun. Ce fort tient son nom du maréchal de Vaux, qui le fit construire pour la défense de Verdun. Le maréchal de Vaux fut, en effet, l’un des précurseurs de la construction de tranchées comme défenses accessoires d’une place forte.

 

Pendant cent jours au moins, l’offensive allemande s’est poursuivie sans relâche contre le plateau de Vaux et le fort qui le domine. Des régiments, des brigades, des divisions ont fondu sous notre feu au cours d’assauts multipliés et longtemps infructueux. Pour conquérir cette croupe, l’Allemagne a sacrifié l’élite de ses soldats. S’il lui faut acheter à ce prix chaque parcelle nouvelle du sol français, le moment viendra bientôt où elle succombera d’épuisement à la tâche. En tout cas, la défense du fort de Vaux demeurera parmi les épisodes les plus glorieux de la grande bataille et même de la grande guerre, et le nom du commandant Raynal, qui y présida, restera dans l’Histoire comme il est aujourd’hui gravé dans le cœur de tous les Français.

 

Le commandant Raynal est sorti du rang. A 21 ans, il s’engageait au 123e de ligne et six ans après, le 1er avril 1891, il était nommé sous-lieutenant au 3e tirailleurs, sortant de Saint-Maixent avec le numéro 1. Lieutenant le 1er avril 1893, chevalier de la Légion d’honneur en juillet 1900, ses nominations au grade de capitaine (28 mai 1902), puis de chef de bataillon (23 juin 1913) sont faites au choix.

 

Peu de temps après la déclaration de guerre, le 24 août 1914, le commandant Raynal est versé au 3e zouaves ; il est blessé une première fois le 14 septembre 1914 et une seconde fois le 3 octobre 1915 ; il est alors cité à l’ordre de l’armée en ces termes : « Commandant l’avant-garde de son régiment le 14 septembre 1914, et ayant pris le contact dès le matin à faible distance de l’ennemi fortement retranché, a immédiatement établi son bataillon sur ses points d’appui, l’y a maintenu énergiquement sous le feu de l’infanterie, des mitrailleuses et de l’artillerie lourde allemande. Blessé sérieusement dans l’après-midi, a conservé le commandement de son bataillon, se tenant sur la 1ère ligne pour y mieux assurer la direction du combat dans un terrain difficile et couvert jusqu’à ce qu’une trop grande perte de sang l’obligeât à se retirer. »

 

Le 11 janvier 1916, le commandant Raynal est nommé officier de la Légion d’honneur avec cette citation : « Officier supérieur de haute valeur morale et militaire. Blessé grièvement le 14 septembre 1914 et revenu au front où il n’a cessé de rendre les meilleurs services. Blessé à nouveau très grièvement le 3 octobre 1915 alors qu’il procédait avec sang-froid et méthode à la reconnaissance du secteur de son bataillon (Croix de guerre). »

 

Il y a un mois, le commandant Raynal, insuffisamment guéri de ses blessures et ne pouvant encore prendre la direction d’une unité de campagne, avait formellement demandé le commandement d’un fort. On lui assigna le fort de Vaux où il vient de se distinguer si magnifiquement, et où il a gagné, par son énergique résistance la cravate de commandeur de la Légion d’honneur.

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

LPJ Illustre 1916-06-25 C.jpg

Convoi de pièces d'artillerie de 120

Un seul obus explosif a passé par là

Dans un village du front - Une rue transformée en boyau de communication

Pièce de 155 au repos

Cantonnement sous bois à quelques kilomètres de la ligne de feu

En Grèce - Un convoi d'artillerie dans un ravin

Arbalète pour lancer des grenades

Dans la Meuse - Le génie construit une ligne de chemin de fer

Sur le front de la Meuse - Dépôt de munitions

A Verdun - Entrée d'un poste téléphonique situé dans une cave

 

Les instantanés de la guerre (photos)

LPJ Illustre 1916-06-25 D.jpg

Enfouissement d'une ligne téléphonique à l'aide d'une charrue

Dans les dunes d'Ostende - Marins allemands scrutant l'horizon

Prisonniers allemands blessés attendant d'être pansés

Prisonniers allemands aux environs de Verdun

Ambulance des alpins - Brancards traînés par des chiens

Pièce de 120 abritée dans un bois

Aéro-mitrailleuse

Canon-revolver dans une tranchée couverte

Sur le front de Meuse - Dépôt d'armes

Sous bois la cagna du capitaine

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Allemagne - Les troubles de Munich
  • Est-Africain - Les troupes anglaises occupent Handen
  • Mexique - Le conflit mexicain - Le consul des Etats-Unis quitte la Vera-Cruz
  • Arabie - La révolte arabe contre les Allemands-Turcs - Les Arabes occupent La Mecque
  • Verdun - Comme défense à Verdun il n'y avait que des tranchées de 30 cm de haut
  • Armée - Leggins
  • Armée - Brisques
  • Religion - La confession des enfants
  • Assurance - Contrats d'assurance pour les domestiques - Durée 10 ans
  • Armée - Les tailleurs à l'armée, un par batterie
  • Lord Kitchener, ministre de la Guerre d'Angleterre qui vient de périr tragiquement dans la catastrophe du "Hampshire" (Portrait dans LPJ Sup)
  • Verdun - L’héroïque défense du fort de Vaux (LPJ Sup)
  • Marine - L'Allemagne et le sous-marin (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Fête Dieu


17/06/2016
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