14-18Hebdo

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97e semaine de guerre - Lundi 5 juin au dimanche 11 juin 1916

 

LUNDI 5 JUIN 1916 - SAINT BONIFACE - 673e jour de la guerre

MARDI 6 JUIN 1916 - SAINT NORBERT - 674e jour de la guerre

MERCREDI 7 JUIN 1916 - SAINT ROBERT - 675e jour de la guerre

JEUDI 8 JUIN 1916 - SAINT MEDARD - 676e jour de la guerre

VENDREDI 9 JUIN 1916 - SAINTS PRIME ET FELICIEN - 677e jour de la guerre

SAMEDI 10 JUIN 1916 - VIGILE SAINTE MARGUERITE - 678e jour de la guerre

DIMANCHE 11 JUIN 1916 – PENTECOTE - 679e jour de la guerre

Revue de presse

-       L'ennemi s'acharne sur le fort de Vaux

-       La bataille navale du Jutland

-       Bombardement extrême sur le front Douaumont-Damloup - Le fort de Vaux tient toujours

-       Mort de Lord Kitchener - Il périt avec son état-major - Le croiseur le transportant en Russie a été coulé - Le ministre de la Guerre d’Angleterre se rendait en Russie

-       Nouvel échec turc sur la route de Bagdad

-       Echecs autrichiens à Coni Zugna, au Monte Cengio et sur le front de l'Astico

-       Mort de Yuan-Che-Kai président de la République chinoise

-       Le fort de Vaux isolé par l'avalanche des obus - La violence du bombardement empêche toute liaison avec le fort

-       Le coup de barre de Guillaume II

-       L'ouvrage de Vaux complètement ruiné par le bombardement est tombé aux mains de l'ennemi

-       L'heure légale sera avancée à partir du 15 juin

-       L'élection présidentielle aux Etats-Unis - Un succès de M. Roosevelt à la Convention républicaine

-       La crise politique en Allemagne - L'empereur se solidarise avec le chancelier

-       La victoire russe - Le chiffre total des prisonniers serait de 65,000 - Les Allemands viennent au secours des Autrichiens

-       Les Turcs pourchassés dans la région de Trébizonde

-       Sur le plateau des Sette Comuni la bataille continue à être extrêmement violente

-       Formidables bombardements sur le front de Verdun

-       La chute du ministère italien - Déclarations de M. Salandra - L'ordre du jour de confiance repoussé

 

Morceaux choisis de la correspondance

Mon bon chéri, tu es déjà en mal de ta Mi et il faut attendre encore trois mois pour nous retrouver. C’est long mon pauvre amour et je voudrais aussi que les jours soient raccourcis de moitié pour qu’ils coulent plus vite.

5 juin - ELLE.- Je crois que mon Geogi était pressé le 1er juin jour de l’Ascension en écrivant à sa Mimi chérie. Son écriture est galopante, heureusement que je sais la lire quelle qu’elle soit et y trouver les nouvelles que j’aime et l’amour que tu m’y témoignes. Mon bon chéri, tu es déjà en mal de ta Mi et il faut attendre encore trois mois pour nous retrouver, si tu reviens dans le même laps de temps que la dernière fois. C’est long mon pauvre amour et je voudrais aussi que les jours soient raccourcis de moitié pour qu’ils coulent plus vite.

 

Nous avons un temps affreux aujourd’hui, pluie et tempête, et je n’ai pas pu renvoyer Dédé à l’école comme je le pensais, il avait encore une toute petite fièvre ce matin et cela aurait pu être mauvais de le faire sortir par ce vent. Mais j’espère que tout ira mieux demain, garçon et température. Il a fait ses devoirs sagement près de moi. Maintenant que je vais bien, je leur donne leur leçon de piano. Noëlle a recommencé ses petites classes aujourd’hui, elle a de nouveau très bonne mine.

 

Maman est allée hier à Etival, conduite par Thérèse, pour y engager un coupeur-régleur. On a essayé de remettre la dernière machine en marche avec un conducteur de Laval qui est venu se présenter. J’avais cherché à en dissuader Maman, elle a déjà tellement de mal, mais les femmes se plaignent d’avoir du mal de vivre avec si peu de travail et si on peut leur donner un petit surcroît, cela leur ferait plaisir. Maman tente donc de le faire, mais c’est bien compliqué de retrouver les quelques hommes supplémentaires que demande cette augmentation.

 

Ce qui est encore le plus gênant c’est l’amenée de matières premières à l’usine, surtout pour la houille. Le pauvre vieux Drach n’arrive plus à subvenir aux deux usines. La filature marche presque comme en temps de paix, je crois qu’il n’y a plus que deux métiers arrêtés. Chez nous il faut aussi de gros approvisionnements et nous allons étudier l’achat d’un camion automobile soit pour l’une ou l’autre des usines ou pour les deux pour les transports de coton, caisses, pâtes et papiers, on laisserait la houille pour le camionneur car cela ne peut plus marcher ainsi. Jusqu’alors, Maman s’est débrouillée avec des cultivateurs, des soldats de passage. Mais voici l’été, les cultivateurs seront pressés et les soldats ne seront pas toujours là. Il faut qu’on trouve un autre moyen.

 

Maurice a quitté les environs de Bayon pour reprendre un secteur, il ne savait pas de quel côté on les dirigeait, le bruit courait que c’était dans la Somme.

 

Je pense à toi, mon adoré et t’aime tendrement. Ta Mi.

 

5 juin - LUI.- Je reçois ta bonne lettre du 2 courant. Pauvre Mie qui n’a plus d’argent. Mais dépense donc ma bonne chérie. Comme tu le dis si bien, la guerre ne veut pas nous ruiner et tu as joliment raison de ne pas t’inquiéter de ces questions tout à fait secondaires. Je t’ai fait envoyer 400 francs ce mois-ci puisque j’avais un peu d’avance. Voilà deux mois que je ne t’envoie rien.

 

Je reçois aussi une note de la filature de Cheniménil qui versera le 1er juillet, 12f50 par action de 1 000fr libérée du quart et 50fr par action entièrement libérée, contre remise des coupons à une banque quelconque (Banque de Mulhouse par exemple) pour les actions non entièrement libérées ou à la filature de la Vologne pour les actions entièrement libérées. Je ne crois pas que j’ai des actions entièrement libérées (car je crois me rappeler que je n’ai pas été fondateur), sauf peut-être les actions que papa Louis t’a laissées.

 

Nous sommes très bien ici. Nos positions sont complètement repérées mais les Allemands n’ont plus d’artillerie devant nous et emploient toute leur artillerie à Verdun. Nous n’avons pas reçu un obus depuis notre arrivée. Comme, un peu avant, nos prédécesseurs avaient été copieusement arrosés et avaient perdu pas mal de monde, ils avaient préparé une autre position, que nous continuons et que nous pourrons occuper d’ici une quinzaine, avant j’espère que les Allemands aient ramené leurs gros canons et leurs obus de rupture. Dans cette nouvelle position nous aurons d’ailleurs des abris de bombardement faits en sape à 7 mètres sous terre de sorte qu’à moins d’être absolument forcés de tirer, nous serons complètement à l’abri. J’ai un gourbi beaucoup plus grand et plus sain qu’au bois de Gernicourt. Le seul ennui est que dans ce secteur on oblige les capitaines à coucher à l’observatoire chaque deux jours et à l’observatoire on n’a qu’un trou infect et très humide où abondent les cafards et les araignées. Mais je vais tâcher d’arranger cela lorsque notre nouvelle position de batterie sera terminée. Enfin estimons-nous bien heureux car à Verdun nous serions encore beaucoup plus mal et moins à l’abri. Le régiment d’infanterie que nous protégeons vient justement de Verdun et a subi de fortes pertes. Les officiers d’infanterie sont très gentils et n’ont pas sur l’artillerie les idées préconçues de beaucoup d’autres. Ils ont vu les artilleurs à l’œuvre à Verdun et les ont admirés.

 

Je suis content que notre Dédé travaille bien mais je préférerais de beaucoup qu’on ne lui apprît pas trop de choses et c’est pourquoi, si la combinaison dont je te parlais ne peut réussir et qu’il soit obligé d’aller toute la journée à l’école de Mr Defer, cela n’aura pas autrement d’importance. Je préfère quand même le contact avec les petits camarades. Un de nos camarades ici ne savait pas lire à douze ans. Cela ne l’a pas empêché de sortir huitième de Centrale. Je sais qu’il ne faut pas généraliser mais ne bourrons pas trop la tête de nos enfants. Cela ne sert à rien, il faut simplement qu’ils ne soient pas paresseux.

 

6 juin - ELLE.- Toujours le même affreux temps. Nos artilleurs sont partis dès 3 heures du matin et on a entendu du bruit toute la nuit. On est venu chercher l’officier qui logeait chez nous dès minuit et il a circulé, rentrant, ressortant, frappant la grille, de sorte que je n’ai pas beaucoup dormi, mais j’ai eu le loisir de penser à toi qui circules aussi par cette pluie et qui dois être bien mal. Finalement j’ai rêvé de batailles, baïonnettes, Allemands qui arrivaient chez nous, enfin un vrai rêve de guerre ennuyeux et pénible. Les troupes se succèdent, on n’a même pas eu le temps de nettoyer les cantonnements. A neuf heures, arrivaient déjà 2 escadrons de chasseurs à cheval. Maman en est bien ennuyée car ils ont envahi toute l’usine sans aucun égard pour ses pâtes, qui coûtent si cher et que les chevaux salissent beaucoup. Mais qu’y faire ?

 

Nous aurons tante Marie un de ces jours pour déménager les meubles de l’oncle Paul Boucher. Gabrielle a peur des bombardements d’avions pour le moment de ses couches et ces dames vont meubler deux chambres au rez-de-chaussée dans l’appartement du commandant Roman qu’il leur a offert pour jusqu’en septembre, fin de son bail. Tante Lucie ne va pas bien, elle perd la mémoire par moments, se sent fatiguée. C’est bien triste de voir partir ainsi peu à peu tous ceux qui ont entouré votre enfance. Depuis la mort de Bonne Maman, elle souffre des reins et je crois qu’elle ne suit pas un régime sérieux.

 

J’ai revu un peu notre auto ce matin. Il y avait diverses petites choses qui clochaient, qui n’avaient pas été graissées en mon absence. Tout remarche bien maintenant, cela n’a pas fait de mal à mon petit jeune homme de voir qu’il n’était pas encore un chauffeur parfait.

 

J’ai eu la visite de Tété ce matin qui venait me conter ses misères, me parler de ses vaches, chèvres, etc. Il pleut trop, avant on avait eu trop de sécheresse, enfin, c’est bien le type de la paysanne qui trouve que les éléments eux-mêmes sont contre elle. A part cela, elle va très bien et fait tout de même une bonne ménagère très économe.

 

7 juin - ELLE.- J’ai reçu une lettre de Maurice qui est près de Verdun, sur la rive gauche de la Meuse, au sud de chez Madame Vautrin. Il m’a écrit sans passer par le secteur postal pour que cela aille plus vite. Sa femme ne sera pas enchantée de cette nouvelle. Nous le craignions bien un peu, car toutes les troupes y passent les unes après les autres. Pourvu qu’on ne t’y envoie pas à ton tour.

 

J’ai été voir Mademoiselle Marchal hier soir, elle m’a dit qu’elle garderait les petits garçons dans sa classe jusqu’aux vacances, ce qui me fait plaisir pour André, son entrée chez maître Defer s’en trouve retardée et cela m’évite de m’occuper de lui et de faire des organisations pour qu’il ne perde pas son temps.

 

Maintenant que je vais mieux, je leur donne à Noëlle et à lui leurs leçons de piano pour qu’ils ne perdent pas la méthode de Mme Le Feuve, qui leur a fait faire tant de progrès. Ils font attention jusqu’alors et ne me fatiguent pas.

 

Nous venons d’avoir la visite de Madame Prononce et Jeanne qui sont comme toujours au courant des petits potins de soldats. Il y en a beaucoup à Arches au camp d’instruction, mais elles ne savent rien de bien nouveau qui vaille la peine de t’être rapporté. Elles n’aiment toujours pas les Perrigot, et tout ce qu’ils font est mal interprété.

 

Je veux que ma lettre parte ce soir et je te quitte en t’embrassant bien tendrement. Ta Mi.

 

7 juin - LUI.- Je reçois en même temps tes deux bonnes lettres du 3 et du 4. L’inquiétude causée par la 1ère au sujet de notre petit Dédé a été de suite dissipée par la lecture de la seconde. Mais non, Mimi, je ne crois pas que tu élèves nos enfants dans du coton. Je sais que tu les grondes quand ils le méritent et que tu les élèves parfaitement bien. Et je sais aussi que tu les soignes très bien. Seulement il arrive souvent que les enfants ont un peu de fièvre, il ne faut pas s’en inquiéter, voilà tout.

 

Figure-toi que moi aussi en lisant les journaux et en regardant la carte pour suivre les opérations des Autrichiens en Italie, j’ai pensé à notre voyage à Brescia et à Vérone. Te rappelles-tu dans la voiture qui nous menait au musée de Brescia. Che cos’è questo edificio ? Qu’il faisait donc bon ma mie et comme je regrette ce temps déjà si lointain. Te rappelles-tu à Vérone lorsqu’une sérénade dans la rue nous empêchait de dormir. Te rappelles-tu enfin tout notre voyage de noces qui m’a révélé de façon si charmante les trésors de ma mie, trésors si précieux, si aimés, que je ne peux pas m’en détacher et que j’y pense toujours. Mie si chère, ah je voudrais bien que la guerre fût finie. J’ai soif de toi ma mie, je veux ton petit corps si joli, si aimant et il faut que j’attende des mois qui me semblent des siècles !

 

Mais tu es un peu injuste car il me semble que la fameuse bataille navale, si elle n’a pas été une brillante victoire pour les Anglais, n’a pas été non plus une victoire pour les Allemands. J’ai eu la même impression que toi le jour où nous avons appris la bataille. Les Anglais d’ailleurs avaient très mal rédigé leur communiqué. Mais depuis, je crois que les Allemands ont perdu au moins autant de navires que les Anglais et, comme la flotte anglaise est bien supérieure en quantité du moins à la flotte allemande, cette bataille en somme aura plus affaibli la flotte allemande que la flotte anglaise. L’avance des Autrichiens en Italie est en effet regrettable. Mais en somme nous tenons bon à Verdun. Je me demande si toutes ces attaques forcenées des Allemands et des Autrichiens, cette sortie de la flotte allemande, ne sont pas le commencement des actes de désespoir qu’on accomplit lorsqu’on se sent perdu. Si seulement c’était vrai ma Mie et que je revienne bientôt. Nous ne nous quitterions plus et comme deux jeunes amoureux, puisque je crois que nous resterons toute notre vie comme deux jeunes amoureux, nous passerions nos jours à nous aimer.

 

Voudrais-tu m’envoyer le plus tôt possible ma nomination de chevalier de la Légion d’honneur. Tu la trouveras dans les papiers que je t’ai envoyés. Comme on doit me verser 250frcs sur la présentation de ce titre, cela vaut en somme la peine.

 

8 juin - ELLE.- Tu n’auras pas aujourd’hui la lettre quotidienne, nous avons eu une journée assez mouvementée et je t’écris de mon lit à 10 heures du soir. Cela me fait tant de plaisir de causer avec toi, je crois que tu m’entends et que nous sommes ensemble.

 

Donc ce matin, je m’habillais vers neuf heures ½ pour aller avec Maman et les enfants au service d’enterrement d’un garçon d’ici tué à Verdun, lorsqu’on m’apporte le courrier qui contenait une lettre de tante Caroline qui me disait qu’elle serait ravie de me recevoir la semaine prochaine. Puis une de tante Marie me priant de venir la chercher au plus tôt car son déménageur a obtenu son laissez-passer et elle voulait venir ici avant lui pour examiner ses meubles. J’ai donc préparé mes enfants pour la messe et les ai expédiés avec Maman puis suis allée au garage arranger l’auto. Notre permis de circuler étant à Remiremont au renouvellement, je suis allée emprunter celui de Thérèse et suis partie à Epinal où je suis arrivée à 11 heures et quart. J’avais quelques petites sommes à payer pour Maman et pour moi et en passant devant chez Moranduzzo, qu’est-ce que je vois ? Monsieur Camille Humbert avec Eterlan. Je me suis arrêtée pour lui demander des nouvelles de Georges qui va bien, il est venu tout dernièrement en permission au Cannet. Mr Humbert s’était arrêté un jour à Epinal avant de rentrer à Cornimont, il avait été demander une permission de la journée à l’intendance pour Eterlan et l’emmenait déjeuner. Et il avait encore demandé 4 jours pour lui la semaine prochaine « parce que, vous comprenez Marie, j’en ai besoin pour faire mes comptes ». Quel Monsieur Humbert, je suis sûre que si on lui avait refusé, il aurait trouvé cela odieux. Eterlan a d’ailleurs fait une demande pour être affecté à la sous-intendance qui est à Cornimont au Bâs et il espère l’obtenir.

 

Après le déjeuner j’ai ramené tante Marie et l’ai aidée à emballer sa verrerie dans des paniers, ce qui fera de l’avance pour demain. Puis nous sommes revenues prendre le thé à quatre heures, et nous avons reçu la visite du capitaine de chasseurs à cheval qui loge chez nous. Il était déjà venu nous faire une visite avant-hier. Aujourd’hui c’était pour me féliciter, tu ne sais pas de quoi, de ma façon de conduire l’auto (elle n’en vaut vraiment pas la peine), enfin il m’avait vue et admirée, comme chauffeur s’entend. Il est bien resté 1 heure ½, Maman avait filé tout doucement, nous le laissant à tante Marie et à moi. Il est fort aimable, baise la main d’une façon charmante mais je n’en voudrais pas comme mari, grand Dieu. Je te fais là une réflexion bien sotte n’est-ce pas et tu vas me dire avec justesse que je n’ai pas à chercher maintenant un mari heureusement. Le mien est le meilleur c’est pourquoi je suis si difficile pour les autres, il n’a qu’un défaut, c’est qu’il ne sait pas baiser galamment la main. Mais par contre tu sais joliment bien embrasser ta femme, n’est-ce pas chéri.

 

Je te quitte sur cette bonne parole et t’envoie mes meilleurs baisers. Ta Mi.

 

9 juin - ELLE.- J’ai beaucoup de bonnes nouvelles à t’apprendre. D’abord Georges est réintégré dans son camp de Wahmbeck et à nouveau traité en officier. Nous voilà donc bien contents et rassurés, car nous avions peur que sa supercherie soit découverte et ne lui cause bien des ennuis, non seulement auprès des Allemands qui n’auraient pu en somme que le forcer à rembourser la solde de 60 marks indûment touchée, puisqu’il n’y a pas droit, mais auprès de ses camarades français qui auraient peut-être trouvé que sa conduite n’était pas très loyale. Enfin pour le moment tout est bien.

 

Deuxième bonne nouvelle, Boullery revient pour un mois ½. Si on ne peut pas faire renouveler son sursis, ce sera tout au moins 45 jours pendant lesquels Maman aura un peu moins à faire.

 

Enfin 3ème et dernière, les L.J. ont retrouvé les titres au porteur que Weymuller nous avait confiés pour eux. J’avais le souvenir certain de les leur avoir adressés, mais ne retrouvant plus le récépissé, n’ayant donc plus de preuve, nous craignions Maman et moi d’avoir à les leur racheter, ce qui eût été une affaire d’au moins 5 000 francs. Tu vois donc que la journée a été bonne.

 

Tante Marie Geny a fait son déménagement ce matin et je l’ai reconduite à Epinal cet après-midi. Comme j’avais le temps, en attendant Maman qui faisait des courses, je suis allée chez Jeanne Cuny, mais elle n’était pas là et je l’ai rencontrée à la fin de l’après-midi dans la rue. Puis vers six heures, c’est avec Gustave que j’ai fait une assez longue causerie toujours en attendant Maman alors chez le dentiste Gercet. Leur fils Jean est à Bourbonne où on lui fait faire une saison qui doit lui rendre l’élasticité voulue pour le faire rentrer ensuite dans le service armé. Jeanne ne semblait pas en être très satisfaite. Elle devient énorme, la pauvre Jeanne, Dieu me préserve de grossir à ce point. Je continue à prospérer moi aussi, mais dans de petites proportions, et je m’arrêterai quand je pèserai 60 kilos. Chacun me trouve très bonne mine, je te le dis pour que tu sois content de moi.

 

Ci-joint lettre de Marie Molard qui te mettra au courant des faits et gestes de la famille et de notre Sieur. Il a eu vent sans doute de ce projet d’envoyer au front les braves intendants, c’est pourquoi il veut être en sursis. Enfin à notre point de vue, il vaudrait mieux qu’il fût à Cornimont, donc ne le blâmons pas.

 

Les Russes paraissent reprendre le dessus. Si seulement ils pouvaient continuer et dégager les Italiens et nous-mêmes à Verdun.

9 juin - LUI.- J’ai reçu ta bonne lettre du 6 et te recommande encore bien de ne pas te fatiguer. Tu me dis que tu donnes les leçons de piano aux enfants, mais je crois que tu pourrais t’en dispenser. En leur donnant seulement une leçon par semaine, tu pourrais rectifier ce que les leçons de Mlle Marchal ont de mauvais mais, franchement, ils peuvent bien faire des gammes ou des exercices sous sa direction.

 

Figure-toi qu’un lieutenant d’artillerie de Verdun est venu me trouver l’autre jour à mon observatoire. C’est un officier de l’active qui est passé par Versailles et qui connaît Paul Germain (Monsieur le Maire comme il dit) et très bien Albin Germain, à qui d’ailleurs il ressemble. Il parle un peu comme lui avec le bon accent de Ventron. Je l’ai invité à dîner avec nous hier soir. Il est très gentil et très simple. Il commande une batterie de très gros canons qu’il a installée dans le voisinage et que je compte aller voir demain.

 

Le pauvre Déon est bien triste. Deux de ses neveux ont été tués dernièrement à Verdun à quelques jours d’intervalle et leur mère, sœur de Mme Déon, qui n’avait que ces deux enfants-là, n’a pu supporter ce malheur et vient de mourir. Quand on pense à la façon dont certaines familles sont éprouvées, on peut s’estimer heureux d’être comme nous sommes et ne pas trop se plaindre, n’est-ce pas ma mie. Les Russes paraissent reprendre le dessus. Si seulement ils pouvaient continuer et dégager les Italiens et nous-mêmes à Verdun.

 

Je regrette bien que Maman ait remis en marche la 2ème machine. Tu ne lui diras pas mais elle n’est vraiment pas raisonnable. Elle avait assez à faire avec une seule et va certainement se fatiguer encore plus.

 

J’espère que notre Dédé va mieux et qu’il a pu retourner à l’école. Je suis content d’apprendre que notre petite Noëlle va tout à fait bien. Ne t’inquiète pas de quelques moments d’humeur et d’insubordination, cela n’a rien d’étonnant de la part d’une enfant aussi intelligente et, grâce aux bons conseils de sa maman Mimi, je suis sûr qu’elle deviendra très raisonnable.

 

Quel dommage que Maurice ne vienne pas de nos côtés.

 

Tu sais que dans ce secteur la croix de guerre donne deux jours de plus à chaque permission, non pas seulement à la première comme tu l’as dit. Donc pour ta prochaine, renseigne-toi. C’est malheureux qu’il n’y ait que toi qui t’en tiennes à tes sept pauvres petites journées.

11 juin - ELLE.- Je suis fâchée de voir la pluie tomber. Vos gourbis doivent être si humides et vos positions boueuses. De quel côté de Reims es-tu ? Est-ce à l’est ou à l’ouest, je n’ai pas trouvé Marzilly sur la carte que j’ai, il faut croire que ce n’est pas un grand centre.

 

Hier je n’ai pas bougé de la maison, nous avions beaucoup de raccommodage en retard. Maman, le matin, a procédé à l’enlèvement des meubles de l’oncle Paul Boucher qui nous appartiennent des chambres de la maison du Bâs, où il y avait des champignons et je n’ai eu qu’à remettre les livres en ordre dans une armoire. La leçon de piano de Noëlle à onze heures, celle de Dédé à cinq heures ½, voilà mes seules occupations. J’ai retrouvé dans les livres de l’oncle Paul une publication écrite en allemand avec des dessins de Hansi, extrêmement amusante comme texte et gravures. Je l’ai lue aux enfants le soir, ils en étaient ravis. C’est une satire sur la réfection du Hohkönigsburg, très spirituelle. Tout est moquerie pour ceux qui veulent comprendre et pour les Allemands ce ne sont que compliments.

 

Nous avons manqué vendredi la visite de tante Marthe, Paul Boucher, Suzanne et Gogo qui sont à St Amé. Tu sais que dans ce secteur la croix de guerre donne deux jours de plus à chaque permission, non pas seulement à la première comme tu l’as dit. Donc pour ta prochaine, renseigne-toi. Paul Boucher a eu 10 jours. Le capitaine qui est chez nous en ce moment, qui vient du côté d’Altkirch, me disait que cela lui faisait toujours 10 jours aussi. C’est malheureux qu’il n’y ait que toi qui t’en tiennes à tes sept pauvres petites journées.

 

Nous aurons Thérèse et sa grand-mère à déjeuner aujourd’hui.

 

Alfred Geny est allé dernièrement à Reims. Il a obtenu une permission supplémentaire du général Joffre pour aller déménager sa maison, qui jusqu’alors avait été épargnée.

 

Tu sais qu’on a aussi des permissions supplémentaires dites du berceau pour les naissances d’enfants. Quel dommage que je ne sois pas assez forte, on aurait peut-être encore eu le temps d’avoir une permission de berceau avant la fin de la guerre, mon pauvre Geogi.

 

Je t’aime chéri. Ta Mi.

 

Il est certain que l’avance des Russes a un peu remonté le moral à tout le monde, car on commençait à se décourager lorsqu’on voyait les Allemands se rapprocher de Verdun et les Autrichiens envahir l’Italie.

11 juin - LUI.- J’ai reçu ta bonne lettre du 7 juin et suis content que notre Dédé aille mieux. J’espère maintenant qu’il a pu retourner à l’école et profiter encore des bonnes leçons de Mlle Marchal jusqu’aux vacances, puisque tu me dis qu’il n’ira qu’après les vacances dans la classe de Mr Defer.

 

Evidemment j’aurais préféré que Maurice n’allât pas à Verdun, mais que Thérèse se rassure car en somme j’espère bien qu’il ira peu dans les tranchées. Et puis j’espère aussi toujours que, si les Allemands continuent à avancer, on les attaquera d’un autre côté, du côté des Anglais pour dégager Verdun. Nos amis les Russes viennent d’ailleurs de repousser vivement les Autrichiens et je crois qu’ayant maintenant des munitions et des hommes en quantité, ils ne se laissent pas reconduire comme l’an passé. Un officier de l’état-major du corps d’armée a fait une ronde cette nuit dans ma batterie. Nous avons beaucoup causé. Il a une confiance imperturbable dans le succès final, peut-être plus tôt qu’on ne le croit et, si les renseignements qu’il m’a donnés sont exacts, je suis un peu de son avis et puis, lorsqu’on cause avec quelqu’un qui est très convaincu, on se laisse prendre à ses beaux raisonnements. Enfin tant mieux puisque cela nous remonte le moral. En tout cas il est certain que l’avance des Russes a un peu remonté le moral à tout le monde, car on commençait à se décourager lorsqu’on voyait les Allemands se rapprocher de Verdun et les Autrichiens envahir l’Italie.

 

Déon a pu à grand peine obtenir 24 heures de permission sans compter le voyage ce qui lui fait en somme 48 heures pour aller un peu consoler sa femme et surtout son pauvre beau-frère dont la vie est complètement brisée puisqu’il n’a plus personne.

 

Nous sommes toujours très tranquilles ici. Il paraît que Soissons et les environs sont très bombardés, Vauxbuin en particulier, nos camarades l’ont abandonnée. T’ai-je dit aussi que la ferme de Courmelles était également abandonnée.

 

Allons ma Mie reprenons courage et espérons toujours nous revoir définitivement avant l’an prochain. Qu’il fera donc bon, n’est-ce pas ma petite mie, et comme je m’en réjouis.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 11/06/1916 (N° 1329)

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Le général Gérard - Commandant d’armée

Notre collection de portraits en couleurs des chefs de notre armée s’enrichit chaque semaine d’une œuvre nouvelle et constituera l’ensemble le plus complet des grandes figures guerrières de ce temps. Déjà, dans maintes maisons de nos provinces, cette collection de superbes portraits est conservée, pieusement, et piquée aux murailles à côté des cartes du front. Nos lecteurs seront heureux plus tard de revoir les physionomies de tous les chefs illustres dont le génie militaire nous aura assuré la victoire. Nous donnons aujourd’hui encore le portrait d’un des principaux lieutenants de notre généralissime, celui du général Gérard, qui commande une armée.

 

Le général Gérard est né à Dunkerque le 2 novembre 1857. Sorti de Saint-Cyr en 1875, il était colonel en 1905, général de brigade en 1909 et général de division en 1912. Il commandait le 2e corps à Amiens quand la guerre éclata, et ses mérites, ainsi que les services rendus au pays lui ont valu l’honneur d’être appelé au commandement d’une armée.

 

 

 

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S. M. la Reine des Belges décorée de la croix de guerre

La reine Elisabeth de Belgique a reçu la croix de guerre française. Aucune distinction n’est plus justifiée ni mieux méritée. La reine des Belges n’a pas montré seulement de la grandeur d’âme, de la dignité, de la bonté ; elle a fait preuve d’héroïsme, jusque sur le front de bataille. La croix du soldat qui a fait son devoir lui était bien due.

 

Il semble, disions-nous naguère ici même en parlant de la Belgique, il semble que ce petit pays ait pour mission de régénérer l’Europe par l’exemple de toutes les vertus. Son souverain s’est montré plus noble et plus grand que les paladins d’autrefois. Sa souveraine, bien que d’origine bavaroise, n’a pas, un seul instant, séparé sa cause de celle de son pays d’adoption. Depuis le début de la guerre, nous la voyons demeurer avec son mari dans le danger. Cette reine ne se contente pas d’être reine, elle veut être la femme, la compagne, l’associée jusque dans les pires vicissitudes de la vie.

 

Comment le peuple belge n’adorerait-il pas sa souveraine ? Dans la paix elle était la consolatrice des malades et des malheureux. Artiste et femme de science, excellente musicienne, violoniste des plus remarquables, elle a, d’autre part, son diplôme de docteur de l’Université de Leipzig. Son père, le duc Charles-Théodore de Bavière était un admirable philanthrope et un savant médecin ; il était renommé comme un des meilleurs oculistes du monde. La princesse Elisabeth avait appris auprès de lui à faire le bien en aidant et en soignant les pauvres et les affligés. Aussi le peuple belge l’adore-t-il, en effet. Il y a quelques années, la reine fut gravement malade et tout le monde fut agité d’une inquiétude profonde. Un de nos confrères bruxellois lança alors cette idée charmante : faire envoyer par tous les enfants du pays aux petits princes belges des cartes postales exprimant des vœux pour le prompt rétablissement de leur mère, en affranchissant au moyen de timbres « Caritas », vendus avec une surtaxe au profit de « l’Œuvre nationale contre la tuberculose », à laquelle la reine s’intéressait particulièrement. Des milliers et des milliers de cartes parvinrent ainsi au palais. Et voyez combien est étroite et cordiale l’union entre le peuple et ses souverains, voyez combien ceux-ci savent entretenir délicatement leur popularité : la reine guérie, tous les enfants belges qui avaient adressé leurs vœux au palais reçurent, en réponse, une carte illustrée représentant le groupe charmant de la reine et de ses enfants avec ces lignes au-dessous : « LL. AA. RR. le duc de Brabant, le comte de Flandre et la princesse Marie-José vous remercient de tout cœur de la sympathie que vous leur avez témoignée à l’annonce du prompt et complet rétablissement de leur chère maman. » Le trait n’est-il pas délicieux ?

 

Au début de la guerre le grand poète Emile Verhaeren faisait de la reine ce portrait : « Dans la conquête de sa popularité qui fut rapide d’abord et ferme ensuite, et définitive plus tard, Albert 1er fut aidé par sa compagne, la reine. Elle a compris, comme par divination, les gestes qu’il fallait faire, les mots qu’il fallait dire, les vertus qu’il fallait montrer. Elle eut pour armes sa timidité, sa force douce, son tact. Les artistes l’aimèrent en même temps que le peuple l’aima. Elle était musicienne. Son intérêt et son amour pour l’art débordèrent sur la littérature. Elle s’entoura d’œuvres de choix, et les peintres et les sculptures vinrent à elle. Dans le palais de Bruxelles, dont les Prussiens viennent de sabrer les tableaux et de casser les marbres, elle s’était aménagé trois ou quatre salons d’après ses goûts. Les dorures, les colonnes, les lustres, les candélabres officiels avaient été remisés. De simples tentures unies pendaient le long des murs. Et sur elles, avec un goût simple et juste, elle avait disposé quelques toiles de jeunes peintres belges, qu’elle admirait et défendait à l’occasion. Ceux qui avaient l’honneur de la connaître et de pouvoir lui parler en toute franchise savaient que tout mouvement artistique sincère et nouveau l’intéressait, et qu’elle ne demandait pas mieux que de se laisser conquérir par lui. »

 

Or, cette reine artiste fut, dans l’épreuve, une femme forte et vraiment héroïque. A maintes reprises, elle a donné l’exemple d’un superbe courage. Un jour elle allait en pleine ligne de feu prodiguer ses encouragements et ses consolations aux blessés. Un major s’approcha d’elle et, respectueusement, lui fit remarquer à quel danger elle était exposée. « Laissez, dit-elle doucement. Ils visent mal et je ne suis guère grosse ! » La croix de guerre, la croix des braves, ne saurait être plus noblement portée que par la femme généreuse et vaillante qui fit cette réponse admirable.

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

LPJ Illustre 1916-06-11 C.jpg

Batterie d'artillerie au repos sur les bords de la Vesle

Entonnoir fourni par un fourneau de mine

Corbeaux apprivoisés répondant aux noms de Kaiser, Kronprinz, etc.

La gazelle fétiche du régiment sud-africain

Un poste d'observation

La Villa du Bouif

Gros mortier de 220 tirant dans un bois sous Verdun

Convoi d'artillerie traversant un village

Le médecin-inspecteur F… devant les blessés allemands

La relève des 1res lignes à travers les boyaux

 

Les instantanés de la guerre (photos)

LPJ Illustre 1916-06-11 D.jpg

Les soldats russes reçoivent leurs armes

Soldats serbes traversant un gué

Cuisines roulantes allemandes

Batterie d'artillerie contre aéros

Un boyau dans la craie

Canon de 120 long dissimulé

Le cordonnier sur le front

En Champagne - Un bivouac dans les bois

Près du front - La foule autour de biplans après une chasse aux boches

Le cerf-volant observateur

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Verdun - Le fort de Vaux
  • Marine - Bataille navale du Jutland
  • Marine - Mort de Lord Kitchener - Il périt avec son état-major
  • Chine - Mort de Yuan-Che-Kai, président de la République chinoise
  • L'heure légale sera avancée à partir du 15 juin
  • Russie - Grande victoire russe - Le chiffre total des prisonniers serait de 65 000 - Les Allemands viennent au secours des Autrichiens
  • Etats-Unis - L'élection présidentielle aux Etats-Unis - Un succès de M. Roosevelt à la Convention Républicaine
  • Verdun - Formidables bombardements sur le front de Verdun
  • Industrie - Problème de main d'œuvre dans l'industrie
  • Industrie - Paiement de dividendes
  • Décorations - Prime de 250f pour la Légion d'honneur
  • Permis de circuler
  • Savoir-vivre - Le baisemain
  • Prisonnier - Solde de 60 marks versée par les Allemands aux officiers prisonniers
  • Alsace - Les dessins de Hansi sur la réfection du Hohkönigsburg
  • Permission du berceau
  • Le général Gérard, commandant d'armée (Portrait dans LPJ Sup)
  • Décorations - S.M. la reine des Belges décorée de la croix de guerre (LPJ Sup)
  • Les billets de banque - Le nouveau billet de dix francs (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Pentecôte


03/06/2016
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