14-18Hebdo

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50e semaine de guerre - Lundi 12 juillet au dimanche 18 juillet 1915

 

LUNDI 12 JUILLET 1915 - SAINT GUALBERT - 344e jour de la guerre

MARDI 13 JUILLET 1915 - SAINT EUGENE - 345e jour de la guerre

MERCREDI 14 JUILLET 1915 - FETE NATIONALE - SAINT BONAVENTURE - 346e jour de la guerre

JEUDI 15 JUILLET 1915 - SAINT HENRI - 347e jour de la guerre

VENDREDI 16 JUILLET 1915 - NOTRE-DAME DU MONT CARMEL - 348e jour de la guerre

SAMEDI 17 JUILLET 1915 - SAINT ALEXIS - 349e jour de la guerre

DIMANCHE 18 JUILLET 1915 - SAINT CAMILLE - 350e jour de la guerre

Revue de presse

-       Nos succès en Alsace - Les chasseurs à Hilsenfirst

-       Saint-Dié bombardé

-       Les bombardements d'Arras

-       Le Pape condamne la violation de la Belgique

-       Le 14 juillet - Rouget de l'Isle aux Invalides - Discours de M. Poincaré

-       Nos succès en Alsace - Le combat de Metzeral

-       La grève des charbonnages gallois

Morceaux choisis de la correspondance

12 juillet - ELLE.- Figure-toi que les jours me semblent bien plus tristes et longs maintenant, depuis que tu m’as fait espérer ton arrivée et pourtant je devrais me dire que c’est du bonheur en perspective, tandis que ta permission accordée et passée, il y aura après de nouveaux et nombreux jours sans te revoir. Mais j’ai si grande hâte de t’embrasser que je ne pense pas que ton séjour ici sera en somme bien court et je voudrais de suite jouir de toi, revoir tes chers yeux, tout toi et je ne veux pas penser à l’avenir et à la longue séparation qui suivra les quelques jours de joie. Voilà ce qui s’appelle ne pas être raisonnable, on vous offre du bonheur et on le voudrait plus grand encore, on ne le mesure pas à sa juste valeur.

 

Je pense que tu auras reçu mes lettres te donnant les heures de départ de Paris. Tu auras vu qu’il n’y a qu’un seul express par jour à 8 heures du matin par Troyes qui est plus rapide que par Nancy, 1 train de nuit entre Paris et Nancy qui met presque 12 heures, arrive à Nancy à 7 heures du matin et ici à 10 heures. Suivant l’heure à laquelle tu pourras quitter ton cantonnement, tu choisiras l’un ou l’autre.

 

Nous n’avons plus eu de nouvelles de Pierre Geny et espérons qu’on pourra le sauver.

 

On achève l’inventaire à l’usine. D’après les premiers chiffres de Monsieur Bigaut, on ferait les intérêts et amortissements calculés pour un an quoique ayant eu un arrêt de trois mois. Je trouve ce résultat très bon pour ce temps troublé, de cette façon, on ne perd pas et l’usine reste en état de marche. Les cotonniers ont plus de chance, il paraît qu’on gagne bien, mais il nous suffit ici de faire nos frais, je me demande encore comment font d’autres confrères qui n’ont pas augmenté les prix aussi tôt que nous. Il paraît que nous avons la réputation de faire plus cher qu’ailleurs et pourtant on marche économiquement puisque nous n’avons pas de gérant, pas de directeur à payer, un personnel très restreint - alors je me demande comment les autres arrivent à joindre les deux bouts. Ils sont plus malins, il faut croire. Mais nous ne demandons Maman et moi qu’à continuer ainsi jusqu’à la fin de la guerre. Je pense que les Laroche-Joubert, qui annoncent qu’ils n’auront jamais fait une aussi belle année, trouveront notre résultat bien médiocre.

 

Voilà que m’arrive ta lettre du 8 juillet, elle m’annonce que ta visite est retardée de 15 jours peut-être. Depuis Villers-Cotterêts, c’est sûr qu’il y a plus de 400 kms jusqu’ici, ce n’est donc pas trop de 6 jours pour venir ici. Je vais bien mieux et tu me trouveras bien remontée, je me réjouis tant de te revoir que rien que cette pensée me ferait aller bien. J’ai vu qu’on canonnait à nouveau sur l’Aisne, et je pense à toi. Fais bien attention.

 

Je ne pensais pas en te disant adieu le 1er août qu’un an après tu reviendrais mais pour 4 jours seulement et repartirais pour combien de temps encore peut-être à nouveau un an.

13 juillet - ELLE.- La pluie tant attendue vient de tomber, chacun en est enchanté. Nous sommes allées, Thérèse et moi à Arches cet après-midi, Thérèse pour voir sa cousine, et moi chez les Prononce[1], ceux-ci très occupés, toujours par leurs voisins d’abord, par la guerre ensuite, ce qui se passe à Habay, où de plus en plus je crois que Jeanne a laissé son cœur, les trains de soldats, d’artillerie, de blessés qui passent. Pendant que j’étais chez eux, est passée toute une file d’autos dont la seconde avait un beau fanion tricolore, frangé d’or. Mr Prononce prétendait que c’était le président qui avait dû venir sur le front des Vosges.

 

As-tu vu dans l’Echo de Paris que des bombes sont tombées sur Saulxures. Marie Charles, la bonne de Thérèse, me disait ce soir qu’il en était tombé aussi sur Cornimont, mais je ne sais si c’est vrai. Pauline m’avait pourtant écrit dernièrement qu’il venait très souvent des aéroplanes tournoyer au-dessus d’eux et que les Allemands devaient savoir que le ravitaillement d’Alsace se faisait en grande partie par la gare de Cornimont. Il se pourrait qu’une bombe ait été lancée sur la gare. En tout cas depuis quelques temps on défendait les lumières à partir de 8h du soir et plusieurs procès-verbaux avaient été donnés.

 

Ici toujours très calme, nous avons beaucoup entendu le canon aujourd’hui, c’était beaucoup pour nous, mais quand tu seras ici il est probable et même sûr que tu ne l’entendras même pas, tout cela te semblera lointain et effacé.

 

Dédé se réjouit tant de te voir, il a des masses de questions à te faire, je lui ai déjà dit qu’il devrait les écrire car il les oubliera.

 

Je me suis informée du nombre de kilomètres qui nous séparent de Paris : 417 par Troyes et 447 par Nancy. Cela te fera donc un chiffre respectable à parcourir en y ajoutant encore de Soissons à Paris. En tout cas n’oublie pas ce que je t’ai dit, télégraphie au capitaine Renier, 6e section automobile, Place d’Epinal. S’il peut aller te prendre à Port d’Atelier, cela nous donnera deux heures de plus et c’est si précieux, mon chéri. Je pensais aussi que tu devrais rapporter ta tunique bleue de chez Vaxelaire pour qu’on y retouche ce qui est mal, tu me parlais du col qui ne va pas je crois. En prenant ton ancien pantalon noir, tu pourras mettre ici tes tuniques noires pendant qu’on te refera la bleue.

Mon Geogi, comme ces 4 jours vont passer vite, c’est vraiment trop peu. On est bien chiche à votre égard. Je n’ai pas très bien compris ce que tu me disais dans ta lettre du 8 : que ton groupe a tiré le numéro 5 et que cela te reporte à 15 jours plus tard. Enfin, je me suis ressaisie maintenant, chaque auto qui passe ou chaque train qui siffle ne me donne plus une minute de fièvre en me disant : c’est Geogi. J’attends, je ne dirai pas avec patience, mais c’est un peu comme la victoire et la fin de la guerre, on a confiance sans savoir d’où elle viendra la fameuse victoire, par quel miracle on l’obtiendra et surtout quand, quand ? Mon mari viendra lui aussi mais quand ? Dieu seul le sait.

 

L’année dernière nous étions déjà séparés à pareille époque, toi soignant tes deux scarlatines[2] et moi ici me soignant ainsi que Robert. On était dans le noir, ennuyés, ayant eu une mauvaise saison, des malades depuis plusieurs mois. Cette autre année, que nous réserve-t-elle ? Je ne pensais certes pas en te disant adieu le 1er août qu’un an après tu reviendrais, mais pour 4 jours seulement et repartirais pour combien de temps encore, peut-être à nouveau un an. Tout ce qui eut semblé impossible autrefois, semble faisable maintenant. Geogi, pardonne-moi, je me plains au lieu de te donner du courage. Je vais redevenir sage. Il y en a tant de malheureuses qui ont perdu leur mari et en même temps le soutien du foyer, et moi au point de vue matériel tout au moins je ne manque de rien, je suis même trop gâtée par Maman. Mais voilà, c’est toi, ton amour qui me manque et que rien ne remplace.

 

14 juillet 1915 - 23 juillet 1915 - Permission de Georges Cuny à Docelles

 

15 juillet - Abbé Hamant (Nancy) à Mimi Cuny.- Je suis à la veille de partir en vacances, puisque nous avons eu la distribution des prix avant-hier. Après notre retraite, qui a lieu du 21 au 25 à la Chartreuse de Bosserville, je passerai quelque temps dans ma famille, puis j’irai faire un petit voyage, probablement dans le Périgord, et à partir du 23 août je m’établis à Paris jusqu’à la rentrée pour y travailler pour moi. Nos examens du baccalauréat sont terminés et ont donné des succès considérables, presque inespérés. En 1ère sur 23 élèves nous avons eu 16 admissibles et 13 reçus ; or la classe était détestable de faiblesse et d’inintelligence ; parmi ces 13 nous avons un bien et trois assez bien. En philosophie sur 14 élèves il y en a eu 9 admissibles et 8 reçus dont 5 avec mention. En Mathématiques c’est encore mieux : 16 élèves, 14 reçus, dont 2 bien et 6 assez bien. La session d’octobre rachètera sans doute les quelques victimes de juillet, de sorte que nous n’aurons probablement pas de vétérans l’année prochaine. Vous pourrez dire à votre mari que nos classes de mathématiques n’ont pas dégénéré : c’est ainsi qu’en I°C, sur 9 élèves, il n’y a eu qu’une seule victime, et, chose curieuse, le 1er de sa classe qui a complètement perdu la tête à l’oral.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 18/07/1915 (N° 1282)

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Les souverains bénis - Le roi des Belges apportant dans ses bras un blessé à l’hôpital où la reine Elisabeth soigne les soldats

Le correspondant du ‘Handelsblad’, d’Amsterdam, a été le témoin oculaire d’un incident touchant après les combats de Saint-Georges. Se trouvant dans un hôpital de campagne, où la reine Elisabeth prodiguait les meilleurs soins aux blessés qui revenaient nombreux du champ de bataille, il vit, à la grande surprise de tous, un officier de haute stature entrer dans la salle, portant un caporal blessé. La reine, très occupée, ne remarqua cette nouvelle arrivée qu’après l’installation du blessé sur un lit d’hôpital, à proximité d’elle. S’étant retournée, ses yeux rencontrèrent ceux du roi Albert, et leurs visages sérieux s’illuminèrent d’un sourire. Le roi et la reine s’étaient ainsi revus à l’improviste là où l’aide et la consolation étaient le plus indispensables après la bataille.     

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Les souverains maudits - L’impératrice d’Allemagne visitant un hôpital demande à un blessé affreusement mutilé : « Que souhaitez-vous ? » « Je souhaite, répond le malheureux, que ton époux et tes enfants aient le même sort que moi. »

Un prisonnier de guerre conte le fait suivant, survenu dans un hôpital militaire de Posnanie. L’impératrice d’Allemagne Augusta vint visiter les blessés en traitement à l’hôpital. Dans l’une des salles se trouvait un officier dont les jambes et un bras avaient été amputés et qui était couvert de plaies par shrapnells. Le blessé agonisait. Touchée par ses souffrances, l’impératrice s’approcha du moribond et, voulant lui être agréable, lui adressa les paroles suivantes : « Pauvre garçon ! Je compatis à vos souffrances, à votre malheur. Dites-moi ce que vous souhaitez, votre vœu sera exaucé. » L’officier posa ses yeux de martyr sur l’impératrice et, rassemblant toutes ses forces, cria d’une voix enrouée : « Je souhaite de tout mon cœur une seule chose. Je souhaite que l’empereur d’Allemagne, ton époux Guillaume et ses enfants aient le même sort que moi ! » A ces mots, l’impératrice perdit connaissance et l’on eut toutes les peines du monde pour lui faire reprendre ses sens.

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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En Alsace. Tranchées garanties par des boucliers d'acier

Canon de 77 détruit par l'artillerie française

En Serbie - La chambre de deux officiers aviateurs français aménagée dans une caisse d'emballage d'ailes d'avion

En Argonne - Le cimetière du Four-de-Paris entretenu par quelques habitants qui n'ont pas quitté le pays

Entre Soupir et Bourg . Une tombe d'Anglais pendant la crue

S. Un 75 à dix mètres derrière la tranchée

Soldat observant l'ennemi. Il porte sous son képi une calotte en acier chromé

Préparation du tir des mitrailleuses

Un coin de S. Barricade avec créneaux

Avant d'aller aux tranchées. Nos poilus font leur toilette

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Dans une maison d'… près Beaucourt (Somme) - Une cave renforcée

Après la bataille. Ce qui reste du château du Four-de-Paris

P… près de S… Une vue de l'église

Une place du village de S…

Secteur de S… - Un coin de tranchée

On va tirer sur le taube

Sur le front - Entrée d'une guitoune d'officier

Un crapouillot, cousin germain du minenwerfer

Secteur d'Arras - Vue des lignes françaises prise d'un poste d'écoute

Sud-est de N… - Poste d'observation au milieu des fils de fer barbelés

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Saint-Dié bombardé
  • Arras bombardé
  • Rouget de l'Isle aux Invalides
  • Industrie - Grève des charbonnages gallois
  • Les Allemands construisent beaucoup de voies ferrées
  • Décoration - Le Collier de l'Annonciade
  • Aviation - Défendre les lumières à partir de 8h
  • Permission - La première permission depuis le début de la guerre
  • Commémoration - Fête nationale - 14/07/15 Rouget de l'Isle aux Invalides - Discours de Mr Poincaré
  • Allemagne - Le porc coûte cher en Allemagne
  • Les résultats du baccalauréat
  • Les soins aux blessés
  • Les souverains bénis (les souverains belges) et les souverains maudits (les souverains prussiens) : LPJ Sup
  • Allemagne - L’Empereur - Le hobereau prussien (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Notre-Dame du Mont Carmel - 16 juillet


[1] Prononce : amis belges originaires d’Habay et habitant à Arches

[2] Les deux scarlatines : André et Noëlle Cuny



10/07/2015
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