14-18Hebdo

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148e semaine de guerre - Lundi 28 mai au dimanche 3 juin 1917

LUNDI 28 MAI 1917 - SAINT GERMAIN - 1030e jour de la guerre

MARDI 29 MAI 1917 - SAINT MAXIMIN - 1031e jour de la guerre

MERCREDI 30 MAI 1917 - BIENHEUREUSE JEANNE D’ARC - 1032e jour de la guerre

JEUDI 31 MAI 1917 - SAINTE ANGELE DE MERICI - 1033e jour de la guerre

VENDREDI 1ER JUIN 1917 - NOTRE-DAME DE GRACE - 1034e jour de la guerre

SAMEDI 2 JUIN 1917 - SAINT MARCELLIN - 1035e jour de la guerre

DIMANCHE 3 JUIN 1917 - TRINITE - 1036e jour de la guerre

Revue de presse

-       La bataille du Carso - L'infanterie italienne a dépassé le chemin de fer de Monfalcone à Duino - La lutte autour de Castagnavizza

-       Le comte Andrassy Président du conseil de Hongrie

-       Le Brésil près de la guerre

-       Au conseil national du parti socialiste le voyage à Stockholm est décidé - La paix est conclue entre majoritaires et minoritaires - Les Kienthaliens eux-mêmes ont mis bas les armes

-       Perte du transatlantique espagnol "Eizaguirro" - 121 morts - On ignore la cause du naufrage

-       Nouveaux progrès des Italiens - Nos alliés ont fait du 14 au 26 23,681 prisonniers, ils ont capturé 36 canons, 148 mitrailleuses et 27 lance-bombes

-       Grande activité d'artillerie au sud de Saint-Quentin

-       L'ouverture du Reichsrat - Le discours du trône

-       Grande activité d'artillerie sur le front britannique

-       Les exploits de nos aviateurs - Guynemer abat son 43e appareil

-       Activité d'artillerie sur le Chemin des Dames - 52,000 prisonniers depuis le 16 avril

 

Morceaux choisis de la correspondance

La permission à mon sens est bien supérieure à un quatrième galon.

28 mai - LUI.- J’ai reçu tes deux bonnes lettres du 25 mai, avec les deux lettres de tante Anna et de Madeleine. Tante Anna est toujours la même, nous ne la changerons pas. L’oncle Vautrin m’a écrit aussi un mot très aimable. Je ne croyais pas qu’on avait tant de mérite à être nommé commandant. En tout cas je reconnais que je m’étais trompé et qu’il fait tout aussi bon être commandant que capitaine, à condition comme c’est le cas qu’on ait des inférieurs intelligents et dévoués et qui aient confiance en vous. Maintenant j’aurais peut-être préféré qu’on attendît pour me nommer un peu plus tard, car j’aurais peut-être pu revenir en permission plus tôt et comme je te l’ai dit la permission à mon sens est bien supérieure à un quatrième galon. Nous sommes plus tranquilles ces jours-ci et les boches semblent renoncer à leurs contre-attaques que nous repoussions toujours et qui leur causaient de grosses pertes. L’aviation boche seule est active et nous ennuie beaucoup.

 

Je t’ai dit dans une de mes dernières lettres qu’Henry avait quitté Longueval. Je vais tâcher de lui écrire un mot. Il suppose probablement que j’ai quitté complètement le secteur après ma nomination. Mes anciens camarades sont à 1 200 mètres de moi. Je vais aller dîner demain avec eux car je suis toujours bien content de les revoir. D’ailleurs dans mes pérégrinations je rencontre l’un ou l’autre de temps en temps et nous causons ensemble du temps passé. Sois tranquille, nous avons de bons masques contre les gaz. Nous avons été bombardés au moment de l’offensive toute une nuit par des obus asphyxiants. Il est vrai que les obus ne tombaient pas en plein dans nos batteries mais on sentait très bien l’odeur et personne à la batterie n’a été incommodé. Lorsque tout cela est bien en ordre, on ne risque absolument rien.

 

Quel beau temps et quel dommage que je ne puisse revenir actuellement. Je suis en mal de ma chérie que j’embrasse de tout cœur avec les chers petits.

 

29 mai - LUI.- Je t’écris vite un mot pour te dire que je suis muté et je pars demain matin pour rejoindre mon nouveau corps, qui est aux environs de la ville où j’ai passé si longtemps. Je suis évidemment très ennuyé mais il n’y a rien à faire. Le ministre trouve sans doute qu’à notre régiment il y avait trop de chefs d’escadron et que dans d’autres trop de groupes sont commandés par des capitaines. Mais cela ne fait pas du tout mon affaire, car je me plaisais bien ici avec des officiers consciencieux et dévoués et puis j’étais tout près de mes excellents camarades du groupe Bickart. Je veux croire que cette nouvelle désignation ne va pas encore retarder ma permission. Je vais m’en enquérir dès mon arrivée car j’ai hâte de te revoir ainsi que les enfants. Je n’aurai pas le temps de t’écrire demain longuement mais je t’enverrai de suite ma nouvelle adresse pour que je reçoive bien vite tes lettres.

 

J’ai reçu une bonne lettre de Maguy. Bonnes amitiés à tous. Je t’embrasse de tout cœur avec les chéris. Ton Geogi. Je suis très pauvre en papier à lettres, c’est ce qui t’explique pourquoi je mets une lettre de deuil dans une enveloppe ordinaire. Je ne le fais pas pour les étrangers. Bonsoir chérie.

 

29 mai - JMO 260e RAC/1er groupe.- Le chef d’escadron Cuny a été avisé hier soir de sa mutation à l’A.C. 21 (artie de corps du 21e corps) où il doit prendre le commandement du 2e groupe. Le capitaine Allemandet, du 3e groupe, vient prendre le commandement du groupe.

 

Je viens d’arriver ici et nous n’avons réellement pas de veine. Le corps auquel j’appartiens revient du repos et il ne faut pas parler de permission pour le moment.

30 mai - LUI.- Je viens d’arriver ici et nous n’avons réellement pas de veine ma pauvre Mie. Le corps auquel j’appartiens revient du repos et il ne faut pas parler de permission pour le moment. C’est du moins ce que m’a dit le colonel, qui comprend fort bien mon ennui mais qui n’y peut rien. Il y a des moments comme celui-ci où j’enverrais bien au diable le quatrième galon, mais que veux-tu il faut être philosophe et, du moment qu’on n’y peut rien, accepter la situation comme elle est. D’ailleurs j’espère bien que l’interdiction en question sera levée, bien que maintenant je doive faire mon deuil du repos. L’essentiel pour moi est d’aller en permission. Je t’envoie vite ma nouvelle adresse : Ct Cuny - 2ème groupe du 212e - Secteur postal 89.

 

Je t’écrirai demain et te donnerai mes impressions. En attendant je t’embrasse de tout mon cœur avec nos chéris. Ton Geogi qui t’aime.

 

Je suis au nord-est de la ville que j’ai habitée si longtemps.

 

30 mai - JMO 260e RAC/1er groupe.- Départ du commandant Cuny.

 

Tu as dû voir sur le communiqué d’aujourd’hui une contre-attaque boche que nous avons repoussée.

1er juin - LUI.- Je n’ai pas pu t’écrire hier, car forcément le premier jour j’ai été très pris. Il faut voir tous les grands chefs d’infanterie, se mettre au courant des positions ennemies et déjà un peu voir si tout est en ordre au point de vue tir. Naturellement je regrette toujours d’avoir quitté mon ancien régiment mais enfin je crois que je me plairai bien ici. Au point de vue intellectuel cependant, le cadre officier est inférieur. A part mes adjoints, qui sont tout jeunes mais qui cependant ne sont pas d’anciens X ou d’anciens centraux, à part un capitaine de réserve qui habite Rouen, y est retordeur de coton et connaît bien Paul Cuny Molard & Cie, tous les autres sont d’anciens sous-officiers et par conséquent n’ont pas l’éducation générale qu’on aime à rencontrer chez un officier. Ils sont cependant tous très gentils, m’ont installé, dans une caverne où je suis complètement à l’abri, une très jolie chambre où je suis tout seul. Ils m’ont fabriqué un véritable lit avec des bois coupés dans la forêt, j’ai mes draps et par conséquent j’aurais tort de me plaindre. Le colonel est aussi très gentil mais il m’a semblé avoir un peu peur des responsabilités et craindre beaucoup trop les grands chefs. D’ailleurs ce pauvre malheureux est un peu dans mon cas, il n’a pas été en permission depuis janvier, a pris part à l’offensive du 16 avril et, comme il commandait un groupement important d’artillerie lourde et que l’offensive n’a pas donné tout ce qu’on espérait, il a été pour ainsi dire limogé et ne commande plus qu’une artillerie de corps dont je fais partie. C’est ce qui explique peut-être son allure un peu craintive.

 

Je suis bien ennuyé de ne pas avoir de tes nouvelles ces jours-ci. J’ai écrit cependant aussitôt aux camarades de là-bas pour leur indiquer mon secteur postal et j’espère que demain j’aurai de tes nouvelles.

 

J’espère que tu vas bien ainsi que les enfants chéris. Je vous embrasse tous de tout mon cœur. Ton Geogi.

 

T’ai-je dit que Mlle Krantz m’avait écrit un mot et que je lui ai répondu à Docelles, n’ayant pas son adresse à Nancy.

 

Tu as dû voir sur le communiqué d’aujourd’hui une contre-attaque boche que nous avons repoussée.

 

3 juin - LUI.- Bonne nouvelle, je suis encore muté de nouveau et reviens à mon ancien groupe, où je retrouverai mon ancienne batterie et mes anciens camarades. Le commandant Bickart quitte en effet le groupe et le colonel m’a réclamé. Mais je crois que je serai obligé d’attendre mon remplaçant, qui est d’ailleurs dès maintenant désigné et qui va rejoindre d’ici quelques jours. Ecris-moi donc à mon ancienne adresse, Ct Cuny, 2e groupe 260e Régt d’Art, Secteur 165, car d’ici à ce que tu reçoives ma lettre je serai certainement parti.

 

Je n’ai pas besoin de te dire que je suis enchanté de cette nouvelle solution, qui me permet d’espérer une permission assez prochaine. Songe que le corps auquel j’appartenais était au repos depuis mars dernier et n’avait pris le secteur qu’il y a une huitaine de jours. Comme c’est aussi un secteur d’attaque et qu’il va peut-être y rester deux ou trois mois, j’aurais dû patienter jusque là et c’eût été bien dur de ne pas revoir ma Mie. Toutefois je commençais à me plaire ici. Les officiers, bien qu’en majorité n’ayant pas la valeur intellectuelle de ceux de mon ancien groupe, avaient une bonne volonté évidente, écoutaient avec soin ce que je leur disais et je crois que nous nous serions fort bien entendus. Mais enfin j’aime mieux cette solution.

 

Je vais donc encore être quelques jours sans nouvelles de toi, car tu sais depuis que je suis ici je n’ai rien reçu et tu sais comme les lettres de ma chérie me manquent. Mon ordonnance aussi va être content de retrouver ses camarades qui étaient de son pays. Il m’avait suivi avec bonne humeur, mais je crois qu’au fond il eût préféré rester à l’ancien groupe.

 

Je t’écrirai aussitôt que j’aurai rejoint ma nouvelle destination et je t’embrasse ma chérie avec nos chers petits de tout cœur. Ton Geogi.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 03/06/1917 (N° 1380)

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Le général Curé

Le général Curé est né en 1853, à Rouvray (Côte-d’Or). Entré à Saint-Cyr en 1872, il est capitaine en 1882, colonel en 1906, général de brigade en 1909, général de division en 1913. Au moment où éclata la guerre, il commandait la 14e division du 7e corps d’armée, à Belfort. Tout ce que nous pourrions dire du général Curé ne vaut pas ces simples lignes qui parurent à l’’Officiel’ lorsqu’en janvier 1916 il reçut des mains du généralissime la plaque de grand officier de la Légion d’honneur : « Officier général d’une valeur professionnelle éprouvée ; par sa bravoure personnelle et l’élévation de ses sentiments, s’est imposé à l’estime et a gagné la confiance de ses subordonnés ; commande avec une parfaite distinction un corps d’armée qui a participé à de très nombreuses affaires et a obtenu des succès importants. »

 

 

 

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En Mésopotamie - Cavalerie britannique assaillie par le « Sam » ou tempête du désert

Ce ne sont point seulement les troupes turques que nos alliés britanniques ont à combattre en Mésopotamie. Il leur faut encore lutter contre les forces de la nature, et notamment contre la fréquence de ces tempêtes du désert, cyclones terribles dont Eugène Flandin, dans son ‘Voyage en Mésopotamie’, a fait cette pittoresque et terrifiante description : « Rien ne peut donner l’idée de ce phénomène, il faut l’avoir vu. Des courants d’air chaud arrivent par intervalles, avant-coureurs de la tempête, comme pour avertir les êtres vivants qu’ils aient à se soustraire à ses effets. Alors, chacun se cache, s’abrite, s’il peut. Les animaux, craintifs, l’oreille basse, l’œil morne, courbent la tête et semblent attendre avec inquiétude quelque chose qu’ils redoutent. La température s’élève, le vent augmente. A l’horizon, du côté où il souffle, une bande rouge, opaque, barre le ciel bleu, la bande sinistre s’élargit, et sa frange dorée, qu’éclaire le soleil, monte lentement au-dessus du nuage redouté. Tout devient sombre, l’obscurité se fait. Une lueur livide couvre le désert, elle semble un reflet de la mort. Le nuage approche, il est immense et cache le ciel tout entier. La tempête mugit de toute sa force. La rafale impétueuse courbe et brise tout sur son passage. Un vent sulfureux brûle, asphyxie. Les hommes se mettent à plat ventre et se couvrent de leurs manteaux. Les animaux effrayés, tremblants, ouvrent les naseaux avec terreur et se mettent les uns à côté des autres, cachant mutuellement leur tête sous leur ventre. Leurs crins agités se dressent et se mêlent. Les plis des manteaux volent en tournoyant. Les broussailles desséchées voltigent et se heurtent en tous sens. Le palmier solitaire se courbe, et ses rameaux flexibles, penchés sur la terre, se souillent de poussière. Tout semble mort. L’arbre seul crie en se tordant, et les murailles ébranlées se balancent sous les effets de la tourmente. Le sable qu’elle apporte du fond du désert, qu’elle soulève en tourbillons, siffle de toutes parts. Le soleil est impuissant à percer l’enveloppe opaque et roussâtre qui couvre toute la contrée…

 

Enfin, ses rayons se font jour peu à peu, le vent mollit, l’air est toujours brûlant, mais moins empesté. L’orage va plus loin, il continue sa course et porte en d’autres lieux le ravage et la mort. Les voyageurs que n’a point asphyxiés le courant mortel se redressent, les animaux se hasardent à lever la tête. Ils sont toujours couverts d’une couche de sable impalpable, brillant et chaud, qui a pénétré partout et les empêche de respirer. Le « sam » est passé, on le voit s’éloigner, on le redoute encore jusqu’à ce que le terrible nuage ait disparu. »

 

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Caterpillar américain franchissant un parapet

Par un souterrain sous les ruines, on porte la soupe aux 1res lignes

Batterie de côte en Flandres

Caumont (Aisne) - Le retour de deux pauvres vieux propriétaires dans les ruines de leur maison

Vue prise du Saillant du Tyrol, à l'est de Craonne

Révision du câble télégraphique

Dragueuse creusant une tranchée

Le pont du navire anglais Brok après la bataille

Dans le bois des Buttes - Une tranchée allemande remise en état par nos soldats

Soldats laboureurs près de Chauny

Comment sont peints les navires hollandais pour se faire reconnaître des pirates

Un calvaire atteint par l'artillerie allemande

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Hongrie - Le comte Andrassy président du conseil de Hongrie
  • Le Brésil près de la guerre
  • Politique - Au conseil national du parti socialiste le voyage à Stockholm est décidé - La paix est conclue entre majoritaires et minoritaires - Les Kienthaliens eux-mêmes ont mis bas les armes
  • Marine - Perte du transatlantique espagnol "Eizaguirro" - 121 morts - On ignore la cause du naufrage
  • Italie - Nouveaux progrès des Italiens - Nos alliés ont fait du 14 au 26 23,681 prisonniers, ils ont capturé 36 canons, 148 mitrailleuses et 27 lance-bombes
  • Aviation - Les exploits de nos aviateurs - Guynemer abat son 43e appareil
  • Chemin des Dames - Activité d'artillerie sur le Chemin des Dames - 52,000 prisonniers depuis le 16 avril
  • Savoir-vivre - Ne pas mettre une lettre de deuil dans une enveloppe ordinaire
  • Alsace - La liquidation des biens français en Alsace-Lorraine
  • Le général Curé - Nos grands chefs (Portrait dans LPJ Sup)
  • Rationnement - La pâtisserie de nos pères (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Conseils pratiques - Les excuses (LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Notre-Dame de Grâce - 1er juin
  • Religion - Fête religieuse - Trinité


26/05/2017
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