14-18Hebdo

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133e semaine de guerre - Lundi 12 février au dimanche 18 février 1917

LUNDI 12 FEVRIER 1917 - SEPT FONDATEURS SERVITES - 925e jour de la guerre

MARDI 13 FEVRIER 1917 - SAINT POLYEUCTE - 926e jour de la guerre

MERCREDI 14 FEVRIER 1917 - SAINT VALENTIN - 927e jour de la guerre

JEUDI 15 FEVRIER 1917 - SAINTS FAUSTIN ET JOVENIEN - 928e jour de la guerre

VENDREDI 16 FEVRIER 1917 - SAINTE JULIENNE - 929e jour de la guerre

SAMEDI 17 FEVRIER 1917 - SAINT THEODULE - 930e jour de la guerre

DIMANCHE 18 FEVRIER 1917 - QUINQUAGESIME - 931e jour de la guerre

Revue de presse

-       Les réponses des neutres - La Chine et la Bolivie se joignent aux Etats-Unis - La Grèce approuve la proposition Wilson mais ne peut y adhérer

-       Violentes attaques autrichiennes à l'est de Gorizia

-       Le froid - La température s'adoucit

-       L'avenir de l'Opéra comique

-       L'activité renaît sur le front roumain

-       Les Italiens repoussent de violentes attaques et infligent des pertes à l'ennemi

-       Echec des Autrichiens devant Gorizia

-       Au nord-est d'Arras les troupes britanniques pénètrent jusqu'aux troisièmes lignes ennemies

-       Les Italiens aux prises avec les Allemands sur le front de Salonique (Orient)

-       92 navires par jour, tel est le nombre des entrées dans les ports français malgré le blocus allemand

-       Vaincre l'alcool

-       La disgrâce de l'archiduc Frédéric - Le généralissime autrichien est relevé de son commandement

-       Mort d'Octave Mirbeau

-       Etats-Unis et Allemagne - Entre la rupture et la guerre

-       Brillants succès britanniques sur les deux rives de l'Ancre - Nos alliés enlèvent 2,400 mètres de tranchées devant Miraumont

-       La révolte de Cuba

 

Morceaux choisis de la correspondance

On est dans une période bizarre en ce moment, attendant des événements militaires sensationnels et sentant que la crise économique va commencer en France, on se demande ce qui va en résulter. Allons-nous vaincre enfin ou serons-nous forcés de traiter avec les conditions boches ?

12 février - ELLE.- Voilà, espérons-le, la fin fin du gros froid. Hier la température s’est adoucie peu à peu, à Gérardmer, même dans les endroits abrités, le sol dégelait hier après-midi quand nous y sommes arrivés. Il y avait énormément de monde sur le lac, patinant et glissant, cela fait une belle patinoire car il est pris d’un bout à l’autre. Les enfants sont allés voir de près et glisser sur la glace pendant que Maman et moi causions avec tante Marthe et Suzanne. Paul étant maintenant en Hte Alsace vers Burnhaupt, Suzanne n’a plus espoir de le voir souvent et elle va partir à Nancy où elle sera plus gaiement qu’à Gérardmer. Son père va mieux.

 

L’oncle Henry est à Paris, il doit aussi aller à Rouen pour y trouver un abri pour ses pâtes comme l’a fait Maman, il reviendra à la fin de la semaine. Il paraît qu’il n’a plus beaucoup de houille non plus. Paul Cuny a paraît-il fait annoncer à la filature qu’on ne travaillerait plus le samedi, pour faire durer le stock un peu plus longtemps. On est dans une période bizarre en ce moment, attendant des événements militaires sensationnels et sentant que la crise économique va commencer en France, on se demande ce qui va en résulter. Allons-nous vaincre enfin ou serons-nous forcés de traiter avec les conditions boches ?

 

Georges Garnier vient de m’écrire qu’il a quitté définitivement Cornimont et va entrer à la Sté Nancéienne aujourd’hui où il fera un stage de quelques mois, ceci sur le conseil de Paul Cuny. Il a vu les Perrin de Thiéfosse avant de partir, Marie Grandjean avait reçu une lettre de son mari assez récente et en était bien contente. Victor est près de Belfort.

 

On prétend à Epinal que les Juillard viennent de louer la jolie maison de Michel Hartmann au général Foch, qui vient y installer l’E.M. du groupe des armées de l’Est. Il était à Mirecourt depuis un mois, pourquoi change-t-il, on n’en sait rien. Mais cela doit être vrai, car on est venu voir chez les Tantes les chambres qu’elles pourraient réserver aux officiers. Elles n’en sont pas autrement ravies, car elles craignent que cette proximité ne leur amène des taubes.

 

13 février - ELLE.- Nous sommes bien contentes Maman et moi de te savoir revenu à ta batterie où tu pourras retrouver toutes tes affaires, tes hommes, un bon lit j’espère, et où tu pourras au moins faire ta toilette un peu moins sommairement. N’avais-tu donc pas de cantine, que tu t’es trouvé si dépourvu en passant à Paris, ne voulant même pas aller voir tes sœurs ? A la rigueur, tu sais, tu aurais pu acheter une chemise, des faux cols et manchettes pour pouvoir te présenter décemment.

 

Je t’écris aux sons enchanteurs de la leçon de piano de Robert, qui commence à apprendre des morceaux avec mains droite et gauche différentes, cela a l’air laborieux. On entend Mademoiselle qui dit : « Faites donc attention ! ». Elle a cela de bon, qu’elle leur donne très bien leurs leçons de piano, elle ne fait peut-être pas assez attention à la tenue des mains, mais il y a tant à dire au début que les enfants ne peuvent être attentifs à tout, la bonne tenue des mains pourra venir plus tard.

 

Maman reste bien tranquille ces jours-ci ayant très mal à la jambe droite, elle se fait de suite du souci, je lui répète toujours que c’est de la fatigue, elle se rend compte que le repos lui fait du bien, quand elle reste étendue un bon moment elle n’a plus mal. Mais elle se ronge en pensant à son usine qui tourne toute seule sans qu’elle puisse y aller voir. Je suis aussi un peu courbaturée et fatiguée ces deux jours. Nous faisons une belle paire et rions toutes deux de notre peu d’entrain. Heureusement que nous sommes ensemble pour nous soigner mutuellement et nous tenir compagnie, car par ce temps, avec les difficultés de trains, de laissez-passer, on serait bien seule.

 

Je pense que tu vas remplacer ton commandant puisqu’il est malade et que tu seras bien installé. Ecris-moi une bonne grande lettre bien détaillée.

 

13 février - LUI.- Je reçois ta lettre anxieuse du 10. Je t’en prie, ma petite Mie, ne t’inquiète donc pas ainsi. Les correspondances vont maintenant être arrêtées très souvent par l’autorité militaire et il faudra être patiente. Tu sais que je t’ai promis d’être prudent, je n’ai pas du tout envie d’avoir un accident. Je me préparais à t’écrire longuement aujourd’hui, et puis voilà qu’on me réclame et qu’il faut que je parte. C’est très joli de remplacer le commandant, mais au fond on est encore plus ennuyé que lorsqu’on est capitaine.

 

J’espère ma chérie que vous allez tous bien. Ecris-moi toujours au Secteur 165, tes lettres parviennent quand même par m’arriver.

 

Je suis lasse de la guerre et voudrais bien que tu reviennes, c’est long ces trois ans sans toi, et cette guerre aboutira à quoi ?

14 février - ELLE.- Les enfants vont très bien, Robert fait sa petite cure d’air tous les après-midi sur la chaise longue, ce qui lui est très salutaire. C’est un enfant auquel il faut beaucoup de repos car il s’excite très vite et de suite, cela lui donne de la température.

 

Les ennuis de froid prolongé commencent à se faire sentir. La pauvre Thérèse n’a plus d’eau dans sa maison, leur puits creusé peu profondément puisque la nappe d’eau est toute proche se trouve gelé et leur pompe ne peut plus fonctionner. A Cornimont Pauline m’écrit qu’il y a aussi beaucoup de maisons qui n’ont plus d’eau. Chez nous, il y a aussi une conduite gelée.

 

Et les Parisiens gémissent. Il paraît que tu as vu les Molard, m’écrit Marie Paul, tu sais donc mieux que moi ce qu’il en est. Marie Molard t’a-t-elle parlé du mariage de Germaine ? Dans sa dernière lettre, elle me disait qu’ils avaient eu plusieurs propositions cet hiver. Quel dommage que Mère ne soit plus là, elle aurait été si heureuse de voir sa petite-fille mariée. Marie me dit qu’elle a pour Noëlle « Un bon petit diable » et « Les deux nigauds » qu’elle lui donnera à la prochaine occasion.

 

Le temps reste bien beau, si seulement le froid diminuait pour tous les pauvres gens.

 

Je suis lasse de la guerre, tu sais Geogi, et voudrais bien que tu reviennes, c’est long ces trois ans sans toi, et cette guerre aboutira à quoi ?

 

Je t’embrasse de toutes mes forces. Ta Mi.

 

C’est le seul intérêt de la vie, l’heure du courrier, la seule chose qui vous relie à l’absent et c’est triste quand cette seule consolation vous est refusée.

15 février - ELLE.- Vous savez que vos lettres se font rares et, avec cette diable de censure qui arrête la correspondance, on est privé de nouvelles qui sont pourtant attendues avec tant d’impatience. C’est le seul intérêt de la vie, l’heure du courrier, la seule chose qui vous relie à l’absent et c’est triste quand cette seule consolation vous est refusée.

 

Les deux garçons ont fait ensemble 1/4 d’heure de bicyclette à une heure, c’est tout ce que j’ai permis à Robert pour qu’il ne se fatigue pas, et il est réinstallé maintenant dans son petit coin ensoleillé du fumoir. Il a repris meilleure mine ces jours-ci, ce régime de repos lui est bon.

 

André est reparti faire une course à Xamontarupt et je viens encore de l’envoyer chez le percepteur toucher nos rentes. Le brave Dédé a enfin oublié ses « bougres de buses, ses abrutis » et autres noms distingués qu’il avait appris chez Mr Defer. C’est dommage qu’il soit si distrait pour ses leçons, car il est devenu bien gentil.

 

Maurice est arrivé hier vers trois heures chez lui, venant à pied d’Epinal où il était arrivé à midi. Sa femme ne l’attendait pas car il lui avait écrit le matin qu’il ne viendrait pas avant mars. Mais il paraît que son colonel rentrant lui-même de permission l’a fait partir de suite en lui disant qu’il se pourrait que dans deux ou trois jours les permissions soient supprimées tout au moins dans leur secteur. Il viendra dîner ce soir avec Thérèse.

 

15 février - Joseph Montanié (Armées - Meaux) à Georges Cuny.- J’ai reçu votre lettre qui m’a fait plaisir de vous savoir en bonne santé, et ce qui m’a peiné aussi, c’est la mort de notre pauvre ami Cabot et de savoir Ancian blessé, heureusement légèrement comme vous me dites. Vous m’excuserez mon Capitaine si j’ai tant tardé à vous répondre, j’ai été fatigué, et puis il avait paru une note pour notre relève, mais ce n’était pas officiel, et j’ai voulu attendre, c’est ce qui a occasionné le retard que j’ai mis à vous répondre. Aujourd’hui la relève a commencé par la classe 1901, et d’après renseignement pris auprès de notre lieutenant je ne sais pas si la relève s’étendra jusqu’à ma classe 1899, et il m’a dit que nous serions versés dans notre arme, si j’étais relevé, je vous tiendrai au courant, et si vous pouviez me demander pour revenir dans votre batterie, ce me serait un plaisir de resservir sous vos ordres ayant débuté avec vous, si je dois remonter sur le front, je tiendrais à finir la campagne avec mon ancienne batterie. Je vous remercie à l’avance. Présentez mes respects à Mr le lieutenant Bonnier. Recevez mon Capitaine tous les respects de votre serviteur.

 

16 février - ELLE.- Maurice est venu dîner hier soir avec sa femme, il a meilleure mine qu’en novembre, toujours pessimiste naturellement, mais très enthousiaste de son colonel, charmant homme et meilleur officier que le précédent, bien plus attentionné pour la troupe, officiers et soldats. Enfin il plaît à Monsieur mon frère qui n’est pas facile à contenter pourtant. Il a heureusement une femme charmante et sérieuse, qui cherche à le remettre dans le droit chemin quand elle le voit partir, tel don Quichotte, à la conquête de chimères ou quand il se lance dans des paradoxes bizarres. Après le dîner, nous avons fait un excellent bridge, pendant lequel j’ai perdu tout le temps ce qui m’a fort vexée.

 

Maurice nous a raconté qu’il s’est chipoté avec Maguy par lettres. A une lettre sombre que Maurice a écrite à sa sœur, Maguy lui a répondu une missive enflammée, genre Barrès, où il n’était question que de courage, patrie, tenir, etc. Maurice, furieux, lui a répondu une lettre dont il nous a dit la teneur (nous la connaissions, car Maguy nous l’avait envoyée), où il avait l’air de lui dire qu’elle ne lui écrive plus de si beaux discours, qu’il était trop facile d’être patriote et de faire des sacrifices quand on est à cent lieues du front et qu’on ne souffre de rien. La lettre était amusante, nous en avions ri Maman et moi, et Maurice nous a dit qu’il l’a recommencée trois fois pour arriver à ce qu’elle soit polie et pas blessante. Mais il est évident que Maguy et Maurice se sont toujours disputés et ne s’entendront jamais car ils ont trop le même caractère. Et Maguy est un peu assommante en ce moment en venant toujours mettre son Paul en avant avec ses fatigues et son surmenage, on a envie de lui dire qu’il aille un peu sur le front pour voir s’il y serait mieux. Nous avons naturellement cherché à changer les idées de Maurice qui s’est d’ailleurs raccommodé depuis avec sa sœur, ce n’a été qu’une algarade.

 

Nos chéris vont très bien. Je voudrais bien avoir une lettre de leur papa, elles sont bien irrégulières vos nouvelles mon bon chéri depuis quelque temps, que sera-ce lorsque la G.O.P. aura commencé.

 

16 février - LUI.- Je suis rentré aujourd’hui matin et ai trouvé tes trois bonnes lettres. Je donne la signature demandée et j’envoie la feuille en question à Paul L.J., en lui recommandant de vous la renvoyer une fois la formalité des signatures accomplie. Je suis bien content d’avoir rejoint les batteries, les voyages n’ont aucun attrait actuellement avec tous ces retards et je vous engage bien tant que le temps se maintiendra au beau à ne pas quitter Docelles. Je crois d’ailleurs que d’ici quelques jours nous nous rapprocherons du front, ce qui sera bien plus commode pour les travaux que nous avons entrepris. En un jour nous pouvons facilement aller à cheval voir ce qui se passe. Revenant le soir même nous serons quittes de chercher à nous loger souvent très mal et nous n’aurons pas besoin de prendre quoi que ce soit avec nous.

 

J’ai bien reçu le colis de figues et de pruneaux en son temps, mais je l’avais oublié. Mon ordonnance vient de les apporter à la popote, où ils seront les bienvenus. Mon ordonnance m’a dit également qu’il avait trouvé dans ma cantine une bouteille de liqueur rouge, que tu y avais mise ma petite mie contre mon gré. Elle sera également la bienvenue.

 

Je suis très content que notre petite Noëlle soit de nouveau très sage et je compte sur elle pour qu’on n’ait plus rien à lui reprocher. J’espère que tu fais tout le possible pour empêcher Maman de se fatiguer. Je la supplie de ne pas tant s’occuper de l’usine et de prendre un peu soin de sa santé.

 

17 février - ELLE.- J’ai enfin une lettre de toi. Depuis celle du huit, écrite avant de partir à Paris, je n’avais rien reçu et commençais à craindre que tu me négliges, m’oublies, ou plus vraisemblablement (est-ce de la fatuité) que la censure ait subtilisé quelqu’une de tes lettres. Celle-ci vient me rassurer, j’espère que tu vas bien te reposer et qu’avec ton stère de bois, tu ne gèleras pas trop dans ta chambre.

 

Maman s’est décidée à arrêter sa machine II le 1er mars pour faire durer son stock de charbon un peu plus longtemps. Elle a traîné tant qu’elle a pu pour ne pas mettre dehors des ouvriers en plein hiver. Mais en mars, ceux qui ne voudront pas quitter le pays trouveront à s’occuper dans la culture. D’ailleurs cela n’en fait que six puisque la machine ne marchait que douze heures. Et Maman renvoie ceux auxquels elle ne tenait pas ou les derniers venus. Les autres, si elle est obligée d’arrêter en été, elle les paiera pour se les garder. Je suis contente de cette solution, qui donnera déjà un peu moins de mal à Maman, et puis cette machine ne marchait pas bien, on avait beaucoup de cassés, des réclamations des clients. Ce n’est pas une bonne machine, il faudrait qu’elle marche tout le temps, sans cela elle fait des taches dans la pâte.

 

Nous avons eu hier au-dessus de nous une bataille d’avions, probablement un boche qui avait essayé de bombarder Epinal. Les canons s’en sont mêlés, et on voyait si bien les shrapnells par la fenêtre du fumoir, cela nous a intéressés, Robert et moi, mais il n’y a eu aucun résultat, le boche a disparu dans les nuages. A part cela rien de neuf ici.

 

Marie Paul m’écrit qu’elle va partir pour le Midi car elle n’aura plus de chauffage central dans sa maison. Marie Molard va mieux, elle est toujours à l’hôtel. Je pense qu’elle ira aussi dans le Midi avec sa belle-sœur.

 

Je ne fais plus de projets car des plans tirés longtemps à l’avance chez moi ne sont jamais mis à exécution, je préfère l’imprévu. Si tout d’un coup cela me prend, que j’aille bien, qu’il fasse mauvais ici, je partirai du jour au lendemain, de cette façon je serai sûre de ne pas être arrêtée par quelque ennui.

 

J’ai fait des beignets de carnaval ce matin et me suis rappelée que tu les aimais bien. Si je n’avais pas craint qu’ils ne t’arrivent en mauvais état, je t’en aurais envoyés. Les enfants y ont fait grand honneur.

 

Voilà un bien beau dégel, ce temps doux sans pluie. Heureuses les usines comme le Faing qui peuvent marcher à l’eau, en ce moment de pénurie de charbon, c’est un bienfait.

 

Voilà très longtemps que nous n’avons reçu de nouvelles de Georges mon frère, sa dernière carte datée du 7 janvier ne nous donnait aucun détail sur sa vie dans le nouveau camp et nous n’avons rien eu depuis. Maman voudrait bien en recevoir et surtout le faire interner en Suisse pour le sentir à l’abri.

 

Tâche encore de patienter et ne te lasse pas de la guerre. La guerre sera finie sûrement cette année et je suis absolument convaincu que je reviendrai.

17 février - LUI.- Je reçois ta bonne lettre du 14 et voudrais te savoir complètement guérie de cette fâcheuse grippe. Tu me permettras de te dire, ma petite mie, que tu ne fais peut-être pas assez attention et que tu sors peut-être un peu trop. Voilà le dégel, mais les nuits peuvent encore être froides. C’est surtout actuellement qu’il faut prendre des précautions. Dans nos batteries, qui sont cependant au repos depuis plus de quinze jours, il y a beaucoup de grippes.

 

Je t’ai dit que j’étais logé dans un véritable château. Ma chambre est fort grande et belle et mon lit est tout à fait confortable (si seulement ma Mie était à côté de moi !). Ce château appartient à deux vieilles filles, d’ailleurs pas très âgées, 35 ans environ, Mlles Boucher, qui sont paraît-il la providence de ce pays-ci. Pendant toute la semaine elles sont infirmières dans un hôpital de Château-Thierry et ne reviennent ici que le dimanche. Demain je profiterai de leur présence pour leur faire ma visite. L’origine de leur fortune (on dit dans le village 80 millions) provient d’un de leurs ancêtres fournisseur des armées de Napoléon. A côté du château une grande ferme que ces demoiselles exploitent mais je crois sans aucun bénéfice, car la ferme est bien mal arrangée et j’ai remarqué beaucoup d’ouvriers qui ne font pas grand chose. Les demoiselles d’ailleurs respectent les traditions, elles n’admettent pas les fourneaux dans la cuisine de la ferme, on cuit encore les aliments à la cheminée. A quelques 500 mètres d’ici on a construit une ferme modèle toute nouvelle. Je compte aller la visiter un de ces jours et je penserai à notre petit Dédé.

 

Ma petite Mie, tâche encore de patienter et ne te lasse pas de la guerre. Réfléchis bien et dis-toi que nous avons encore de la chance quand on voit tous les pauvres malheureux qui souffrent tant de la guerre. Je suis absolument convaincu que je reviendrai. C’est tout ce que nous demandons, n’est-ce pas. Quant aux intérêts d’argent nous nous en moquons pas mal, n’est-ce pas Mie. La guerre sera finie sûrement cette année. Nous avons par conséquent encore une quarantaine d’années à nous aimer. Faisons ce sacrifice de la séparation, le bon Dieu nous en tiendra compte. Bon courage mon adorée Mimi, je t’embrasse avec les enfants de tout tout mon cœur.

 

18 février - LUI.- Nous venons de recevoir l’ordre de partir demain. Je crois que nous allons reprendre un secteur et revivre notre petite vie d’il y a un mois. Le repos nous a quand même fait du bien. Nos chevaux et nos hommes, bien logés de façon générale, ont pu se retaper et ont passé en somme une période bien agréable aux environs de Château-Thierry. Je n’aurai probablement pas le temps de t’écrire demain et je préfère t’envoyer des nouvelles aujourd’hui. Le froid est complètement tombé, il fait très très doux et l’étape de demain se fera dans de bonnes conditions.

 

Il est probable que mes lettres vont encore mettre quelques jours avant de te parvenir. Ne t’inquiète donc pas, puisque tu sais qu’on les retient maintenant assez longtemps lorsqu’on est au front. On parle beaucoup d’offensive prochaine, la fameuse GOP. Il est évident que pendant ce temps-là le courrier sera certainement supprimé. Cela va être très dur d’être privé de nouvelles de sa chérie.

 

Si le mois de mars doit être humide et pluvieux, j’espère bien que vous quitterez Docelles et que Maman partira avec vous. Dis-moi quels sont tes projets. Irez-vous sur la Côte d’Azur ou du côté de Biarritz ?

 

Que devient Maman ?

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 18/02/1917 (N° 1365)

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Le général Hallouin

Le nom et la personnalité du général Hallouin s’imposent tout particulièrement à l’actualité. Cet officier supérieur vient d’être, en effet, spécialement désigné par le ministre de la Guerre qui l’a adjoint au général chef d’état-major pour l’étude des questions intéressant la direction de la guerre. On conçoit tout ce que ce poste créé pour le général Hallouin a d’importance et comporte de charges et de responsabilités, et quel rôle considérable est celui du chef éminent auquel il est attribué.

  

 

  

 

 

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Les femmes et la guerre - Les charpentières de l’armée britannique

Avant la guerre, les femmes avaient commencé à conquérir un peu partout leur place dans les professions considérées naguère comme exclusivement masculines. En Amérique surtout, l’invasion féminine avait commencé réellement à se produire dans la plupart des professions généralement réservées au sexe fort. Du dernier recensement des Etats-Unis, il ressort que, dans ce pays, près de six millions de femmes gagnent leur vie. Et les métiers qu’exercent ces six millions de femmes ne sont pas toujours des métiers féminins. Il y a beau temps que l’Amérique a des femmes chauffeuses d’automobiles. Elle aurait même, à ce qu’il paraît, une chauffeuse de locomotive. Parmi les métiers imprévus qu’exercent les femmes en ce pays, on trouve 84 femmes ingénieurs, 100 gardes-forestières et 2 couvreuses de toits. Elles peuvent prétendre librement à toutes les professions et atteindre aux plus hautes fonctions administratives.

 

L’Angleterre ne le cède guère aux Etats-Unis en ce qui concerne les métiers singuliers exercés par des femmes. Une statistique -il faut bien s’en rapporter aux statistiques- nous apprend qu’il y a dans le Royaume Uni plusieurs centaines de femmes qui sont matelots, pilotes ou débardeurs. On en trouve même quatre qui sont qualifiées « valets d’écurie ». Une autre statistique nous apprend qu’il y a chez nos alliés au moins 200 ‘women travellers’, femmes commis-voyageurs.

 

Les circonstances actuelles ont développé encore l’action des femmes dans les profession masculines, aussi bien en Angleterre qu’en France. Il a bien fallu remplacer les hommes partis à la guerre. Et les femmes s’y sont mises. Elles s’y sont mises avec ardeur, avec un sens profond des nécessités de la vie. Nous avons rapporté naguère ici le mot d’un de nos plus célèbres économistes qui disait : « Si nous mangeons du pain, c’est aux femmes des campagnes françaises que nous le devons. » Un peu partout, en effet, ce sont des femmes qui, en 1915 et en 1916, ont ensemencé et récolté la moisson. Il existe même plus d’un village où, depuis deux ans, ce sont des femmes qui font le pain, et qui, l’ayant fait, vont le porter à domicile. Héroïques à leur manière, ces femmes travaillent nuit et jour pour faire honneur à leurs affaires et rendre la maison prospère au mari quand il reviendra.

 

En Angleterre comme chez nous, les femmes ont mis la main à la pâte, au propre comme au figuré. On nous signale même qu’elles viennent de conquérir une nouvelle profession masculine. Des femmes anglaises se sont faites charpentières ; et c’est une équipe d’entre elles qui vient en France construire les baraquements nécessaires aux cantonnements des troupes britanniques. Vingt de ces femmes sont arrivées récemment ; et déjà elles travaillent de leur métier près d’une base militaire de l’armée anglaise. Un de nos confrères qui leur rendit visite, s’étonnait de les voir entreprendre un si rude métier : « Les Belges et les Françaises, dirent-elles, nous ont donné l’exemple ; plusieurs d’entre elles travaillent déjà en France pour le compte de notre maison. L’apprentissage n’est pas long. On nous avait d’abord offert des outils plus légers, mais le marteau des hommes fait de meilleur ouvrage, nous n’en voulons pas d’autres. - Que faisiez-vous avant la guerre ? - J’étais chauffeuse, dit l’une d’elles, mais mes compagnes n’avaient pas toutes un état si sportif ; les unes sont bien des paysannes, mais d’autres viennent de Londres où elles étaient couturières et modistes. »

 

On pense bien que des charpentières ne suivent que de loin les modes de la rue de la Paix. Sur le faîte d’un toit, une jupe serait embarrassante, fût-elle bouffante et à godets. Elles portent la large culotte qui est de tradition dans l’état de saint Joseph et dont les vastes poches, d’où l’on voit émerger un mètre ou une équerre, servent de boîtes à outils. Cette culotte est de velours à côtes suivant l’usage, mais, à cause de la proximité du front, on a tenu à la rendre moins visible ; le velours est de couleur khaki.

 

Les charpentières anglaises travaillent de 8 heures du matin à la nuit. Leur salaire est de 25 à 35 shillings par semaine.

 

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Un navire anglais releveur de mines

La chasse aux boches à l'aide du fusil à lunette

Un cimetière aux Eparges, les entourages ont été taillés au couteau par les poilus

Enterrement d'un officier russe

Soldats suisses creusant des tranchées

Camp de Zeitenlick - Grands blessés allemands et bulgares

Abris individuels dans une tranchée conquise

Camions de ravitaillement dans la neige

L'équipement d'un poilu contre le froid et les gaz

Camp russe à Salonique - Russes fourbissant leur lebel

Camp russe à Salonique - Compagnie de mitrailleuses partant pour le front

Un mortier de tranchée à air comprimé

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Neutres - Les réponses des neutres - La Chine et la Bolivie se joignent aux Etats-Unis - La Grèce approuve la proposition Wilson mais ne peut y adhérer
  • Italie - Violentes attaques autrichiennes à l'est de Gorizia
  • Arts et culture - L'avenir de l'Opéra comique
  • Santé - Vaincre l'alcool
  • Autriche - La disgrâce de l'archiduc Frédéric - Le généralissime autrichien est relevé de son commandement
  • Cuba - La révolte de Cuba
  • Loisirs - Le lac de Gérardmer gelé - Patinage
  • Impôt - La taxation du lait, du beurre et des fromages
  • Poste - Retard dans le courrier
  • Front - Evacuation pour fatigue et dépression nerveuse
  • Industrie - Arrêt de machines faute de matières premières
  • Les beignets de carnaval
  • Le général Hallouin - Nos grands chefs (Portrait du LPJ Sup)
  • Un philanthrope : Piarron de Chamousset - Le père de la Mutualité (LPJ Sup)
  • Les femmes et la guerre - Les charpentières de l'armée britannique (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Quinquagésime


10/02/2017
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