14-18Hebdo

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114e semaine de guerre - Lundi 2 octobre au dimanche 8 octobre 1916

 

LUNDI 2 OCTOBRE 1916 - SAINTS ANGES GARDIENS - 792e jour de la guerre

MARDI 3 OCTOBRE 1916 - SAINT CANDIDE - 793e jour de la guerre

MERCREDI 4 OCTOBRE 1916 - SAINT FRANÇOIS D’ASSISE - 794e jour de la guerre

JEUDI 5 OCTOBRE 1916 - SAINT PLACIDE - 795e jour de la guerre

VENDREDI 6 OCTOBRE 1916 - SAINT BRUNO - 796e jour de la guerre

SAMEDI 7 OCTOBRE 1916 - LE SAINT ROSAIRE - 797e jour de la guerre

DIMANCHE 8 OCTOBRE 1916 - SAINTE BRIGITTE - 798e jour de la guerre

Revue de presse

-       Une brillante avance serbe sur le Kaïmakcalan

-       La crise grecque - L'ancienne Chambre venizéliste serait prochainement convoquée

-       Le 40e raid aérien sur l'Angleterre - Des zeppelins tentent de survoler Londres - L'un d'eux est abattu en flammes

-       Les Russes progressent dans la région de Brody

-       Brillants succès en Macédoine

-       Les soldats serbes pénètrent en Serbie

-       Les Bulgares battent en retraite vers le Nord

-       Les Russes passent la Zlota-Lipa et culbutent l'ennemi

-       Succès de l'offensive italienne - Nos amis s'emparent de la seconde cime du massif de Colbricon et sur les pentes des Alpes Carniques d'un sommet à 2,776 mètres d'altitude

-       La marche sur Monastir

-       Démission du cabinet Calogéropoulos

-       Avance des troupes alliées en Macédoine

-       Vive lutte d'artillerie sur les deux rives de la Somme

-       La retraite des Bulgares continuent sur tout le front de Salonique

-       La crise grecque - Pour la reconnaissance du gouvernement Venizélos

-       Brillant succès des Italiens - Les alpins prennent d'assaut un important sommet de 2,456 mètres

 

Morceaux choisis de la correspondance

2 octobre - ELLE.- Je suis au salon où on a fait un peu de feu. La nuit tombe et nos trois enfants sont rentrés du jardin et sont en train de jouer au loto. Je voudrais bien que tu sois au milieu de nous. Noëlle prétend qu’elle aime mieux l’hiver que l’été à cause de ces bonnes soirées autour d’une table près d’une cheminée qui flambe. Sans avoir sa préférence, je constate qu’en effet on est bien intime, bien chaudement rassemblés, mais je pense à mon pauvre chéri qui est tout seul et dans un coin moins hospitalier. Si nous étions tous ensemble, il ferait en effet bien bon.

 

Nos enfants jouissent de leurs derniers jours de liberté, Mademoiselle Ferney n’est pas encore arrivée, elle m’a écrit dernièrement qu’elle n’avait pas encore reçu son sauf-conduit. Aussi comme Thérèse est allée hier à Remiremont déjeuner avec son frère, je l’ai chargée de déposer une lettre à l’E.M. pour demander si sa demande ne serait pas enfouie dans des dossiers, car j’aimerais mieux, maintenant que c’est décidé, qu’elle vienne le plus tôt possible pour que les enfants prennent leur programme au début.

 

Nous sommes allées, Maman, Noëlle et moi à Ville-sur-Illon voir les Mathis, que nous n’avions pas vus depuis la guerre. Nous avons trouvé chez eux leurs deux filles Madame de Gonneville et Paul Michaut, l’une et l’autre ayant 5 enfants dont les aînés ont 7 ans. Cela fait dix enfants dans la maison, tu vois que c’est beau. La jeune veuve est très courageuse, elle a eu deux petits jumeaux quelques semaines après la mort de son mari. Dans un sens il valait mieux que ce soit son mari qui soit emporté que celui de sa sœur, car il laisse à ses enfants une jolie fortune, tandis que Monsieur de Gonneville n’a que son travail, et sa femme aurait eu bien du mal d’élever ses enfants avec sa petite dot. Ils ont une grande maison très patriarcale et un immense jardin, où tout ce petit monde a de la place. Ville-sur-Illon n’est qu’à 20 kilomètres d’Epinal dans la direction de Mirecourt, cela ne nous a fait qu’une gentille promenade.

 

Kommer vient cette semaine en permission et reverra notre voiture. Tu seras content.

 

Je reçois ta lettre du 29 et suis contente de voir que tu acceptes la somme qu’on t’alloue, mais tu as en effet une très bonne idée d’écrire aux associés de notre branche pour les remercier. Nous voilà riches et je pourrai prendre de l’emprunt.

 

Nous avons eu les Demoiselles Marchal à déjeuner aujourd’hui, elles sont restées une partie de l’après-midi, puis l’arrivée d’André Boucher et Lucette. André est en permission, Paul Boucher aussi et ils se sont retrouvés à Gérardmer. Paul repart demain à Nancy où il achèvera sa permission. N’est-ce pas toi qui nous avais dit qu’il était proposé pour la croix, il paraît qu’encore une fois sa proposition est arrêtée et il est furieux. Il croit qu’il y a quelqu’un à la division qui lui en veut. De sorte que tante Anna ne sera pas encore calmée.

 

Je t’aime mon adoré de toutes mes forces. Dis-moi si tu as encore assez de mouchoirs, chemises de nuit, manchettes et cols. J’ai un peu de chocolat et bonbons que je t’enverrais en même temps. Ta Mi.

 

Soissons est très abîmée.

3 octobre - LUI.- Je reçois ta bonne lettre du 30 écoulé. J’ai écrit hier à Maman en réponse à sa lettre du 27. Je ne sais pas ce qui s’est passé à la réunion des Héritiers, mais je reçois d’eux une lettre, semblable à celle que recevra ta mère, qui semble me prouver que les associés sont extrêmement imprudents de se mettre à dos tous les employés et directeurs de la maison. Enfin je vais répondre que je suis d’accord avec l’inventaire et j’espère que tout le monde fera de même, car il est d’accord avec les statuts, la modification que j’avais proposée n’ayant pas été régulièrement rajoutée aux statuts.

 

Je suis content d’apprendre que la fièvre de Robert est tombée et je souhaite que tu sois tout à fait tranquille de ce côté.

 

Tu sais que les Héritiers vont nous distribuer 30. Que veux-tu faire de cette somme. Avant de répondre aux Héritiers, dis-moi s’il faut la laisser chez eux ou la mettre ailleurs. Quant à la somme de Demangevelle, je pense que tu vas la prendre tout simplement pour tes dépenses.

 

Secteur toujours très tranquille ici comme du côté de Reims. Soissons est très abîmée. J’y suis allé avant-hier. Dans certains quartiers assez nombreux, il n’y a plus une maison debout.

 

Je suis aussi bien en mal de toi ma petite mie. Que veux-tu, il faut être patient et raisonnablement attendre la prochaine permission qui viendra vite tu verras. Donne-moi des nouvelles de Maguy. Tu ne m’en parles pas dans ta dernière lettre. J’espère donc que vous avez de bonnes nouvelles.

 

Je suis ravie de penser que tu es bien installé. Si seulement je pouvais faire un petit saut vers toi, en plus de la joie de te revoir, je serais contente d’admirer ce château, il doit y avoir de très jolies choses. Regarde bien et dis-moi comment les chambres sont arrangées.

4 octobre - ELLE.- Maman a reçu ta lettre du 30 sept. hier soir et me charge de t’en remercier de tout cœur, tu lui as fait grand plaisir.

 

Je suis ravie de penser que tu es bien installé. Si seulement je pouvais faire un petit saut vers toi, en plus de la joie de te revoir, je serais contente d’admirer ce château, il doit y avoir de très jolies choses. Regarde bien et dis-moi comment les chambres sont arrangées. Si seulement je pouvais aller te voir depuis Paris.

 

Pour nous remettre de la pluie d’hier, il fait un temps magnifique aujourd’hui et je t’écris de mon lit avec mes deux fenêtres ouvertes au soleil.

 

Je ne puis toujours pas faire de projets de départ car Mademoiselle Ferney ne m’annonce encore pas son arrivée et je voudrais être ici une huitaine avec elle avant de partir pour la juger et l’installer.

 

Maman est allée hier avec Dédé chez Mr Defer pour le prévenir qu’André ne viendrait plus en classe. Il a répondu qu’il en est très content : « J’y pensais beaucoup à cet enfant, il est plus fort que ceux de son âge (ce n’est pas vrai) mais pas assez pour suivre ma première classe et j’aurais été obligé de lui faire un cours spécial ». Je crois plutôt que Mr Defer est enchanté de ne plus l’avoir, craignant que nous ne sachions trop ce qui se passe et se dit à l’école. En juillet nous avions déjà demandé pourquoi il ne donnait pas de devoirs, problèmes, etc., et il s’était dit sans doute que ce serait assommant de nous avoir sur le dos tout le long d’une année.

 

Je te joins une photo des enfants à Moulleau, peut-être l’as-tu déjà vue, je ne me rappelle pas si je te l’ai envoyée.

 

As-tu reçu l’inventaire de Cornimont et la lettre qui l’accompagnait. Inutile de te dire que nous n’avons rien compris à l’inventaire, si ce n’est comme tu me l’avais dit que les filatures de Cornimont gagnent presque autant que Charmes, est-ce peut-être à cause de la houille qu’elles n’ont pas brûlée que les tissages perdent à Cornimont ce que celui de Rochesson gagne, enfin que les changements qu’on a faits dans les chiffres ont baissé seulement le résultat de 400 000 au lieu de la somme que m’avait annoncée Paul Cuny. Mais le poème, c’est la lettre qui y était jointe, si tu ne l’as pas reçue je te l’enverrai. Tu y verras que Pierre Mangin reproche aux associés de ne pas l’avoir félicité. Le pauvre Pierre, il est de fait qu’il n’a pas la cote. Il reparle encore de la houille qu’il évalue 100fr. de moyenne et non 114, « comme certain associés voulaient le croire », certains associés, c’est l’oncle Paul, je t’ai dit n’est-ce pas que j’avais entendu leur discussion à table, à l’hôtel du Louvre.

 

5 octobre - ELLE.- Toujours pas de Mademoiselle et pas de réponse non plus à ma lettre adressée à Remiremont dimanche pour demander si son sauf-conduit lui a été envoyé. Nous voilà en retard de quatre jours déjà. Il se trouve que je le regrette moins aujourd’hui qu’hier matin, car André s’est couché hier après-midi tout pâlot et fatigué et qu’il avait une forte fièvre hier soir. Comme il dit n’avoir mal nulle part, je pense que cela vient de l’estomac et nous lui avons donné une purgation ce matin et le maintiendrons au lit toute la journée. Si ce n’est qu’un malaise cela suffira pour le remettre d’aplomb. Les deux autres vont bien.

 

Je te joins une lettre de Marie Paul, je lui avais écrit ces jours derniers en lui disant nos projets de prochain séjour à Paris, me demandant si elle ne m’offrirait pas sa chambre à donner, mais tu verras que ses nerfs ne peuvent supporter le bruit et le mouvement. D’ailleurs au fond je préfère ma liberté de l’hôtel, où je peux me lever à midi si cela me plaît sans m’inquiéter de laisser à la bonne le temps de faire ma chambre, etc. Mais tout de même à force de se soigner on devient vraiment un peu maniaque et égoïste. Je tâcherai de lutter pour ne pas en arriver là.

 

Tendresses les meilleures de ta Mimi.

 

5 octobre - LUI.- J’ai reçu hier ta bonne lettre du 1er octobre où tu me racontes la visite que tu as faite chez Mme Vourion. Tu serais bien gentille, ma chérie, de m’accuser réception au fur et à mesure des lettres que tu reçois de moi. Je t’y demande quelquefois des renseignements que tu oublies de me donner et je crains qu’elles ne te parviennent pas toutes. S’il en était ainsi, j’aimerais bien être prévenu, afin de ne pas t’écrire des choses relatives aux affaires, il est inutile que l’Etat mette le nez là-dedans. C’est comme PM, il aurait pu se dispenser de m’envoyer tout l’inventaire. Cela peut être excessivement dangereux par ce temps de guerre où on ouvre beaucoup de correspondance. En tout cas je ne le lui renverrai pas. Un paquet de cette importance serait certainement ouvert, car on se demande quels documents si importants peut avoir à envoyer un officier du front. As-tu reçu mon mandat de 300 francs ?

 

J’ai été cette après-midi à notre échelon qui se trouve à dix kilomètres d’ici et qui est installé dans une ferme analogue à celle de Courmelles, plus vaste je crois et en meilleur état. Les hommes et les chevaux y sont très bien. Je suis revenu par la ferme de Courmelles où j’ai vu les Hubert et Leroux. Mr Leroux est mort il y a quelques mois et mes petits amis ont tous eu la coqueluche. Ils n’ont plus de soldats à la ferme actuellement et voudraient bien que ma batterie revint, car les hommes qu’ils avaient eus après nous n’étaient pas aussi raisonnables et ne craignaient pas de chaparder de temps à autre.

 

Notre côté est toujours très calme, mais hier soir nous avons entendu vers la gauche une très violente canonnade. On voyait parfaitement les lueurs se refléter sur les nuages. C’était du côté de la Somme. Cela semble bien loin. En tout cas au communiqué d’aujourd’hui, il n’y avait rien. Nous recevons les communiqués journellement car il existe au château une installation de sans fil pour nos deux batteries.

 

Tu ne me dis rien de Robert dans ta dernière lettre. J’espère qu’il va bien.

 

6 octobre - ELLE.- Nous vivons ici dans une petite sphère éloignée de tous les potins de la famille, heureusement d’ailleurs car nous n’aimons pas cela.

 

Tu dis que les H.G.P. nous verseront 30, mais nous n’en avons que le ¼, cela ne fait donc pas une énorme somme, c’est plutôt ta gratification qui est importante. Je voudrais bien que tu leur écrives de faire un chèque sur Epinal au nom de Mr Galloy percepteur à Docelles de 26 250 francs, cela nous donnerait 1 500 francs de rente, si tu es d’avis. Le percepteur m’a demandé de lui réserver ma participation à l’emprunt, car il y touche une commission et c’est aussi pour l’honneur d’avoir de belles sommes à annoncer à la trésorerie. D’autre part comme la commission de l’Etat est moins forte pour les percepteurs que pour les banques, il y a donc un intérêt général à leur faire faire la souscription.

 

Pour le reste, je voudrais que tu décides. Nous n’avons pas besoin de tout cela car j’ai un bon de 10 000 francs qui sera échu en janvier et avec nos rentes sur l’Etat nous pourrons vivre. Donne-moi donc un conseil. Pour l’emprunt si tu es d’avis, cela nous fera 26 250 + 8 000 que j’ai donnés à la B. de M. et 11 000 de bons transformés, cela nous fera donc 45 000 passés. J’ai fait virer à la B.de M. les sommes de Demangevelle.

 

Je rentre de Remiremont où j’ai été réclamer le sauf-conduit de notre demoiselle et on me l’a remis. Je le lui envoie donc ce soir et l’attends cette fois lundi. Je l’ai moins regrettée cette semaine, puisqu’André a été fatigué et fiévreux. Il n’a plus de fièvre, mais a encore mauvaise mine aujourd’hui, il n’aurait pas été en bon état pour travailler. J’espère que pour mardi cela marchera mieux.

 

Si j’avais su, c’est moi qui serais partie avec toi jusque Paris. Je ne l’ai pas fait parce que je voulais être là le 1er octobre et rester au moins une huitaine avec l’institutrice pour la juger, mais tous mes projets ont été dérangés, d’autre part le docteur me presse de venir. Je pense donc partir d’ici le 12 après avoir fait avec elle le programme des classes.

 

Marie Molard me fait craindre son départ de Paris par suite du changement de résidence de son mari, cela m’ennuierait beaucoup car elle m’accueille si aimablement toujours. Paris, sans elle, me semblerait bien vide. Je fais donc des vœux pour qu’ils y restent encore un moment. Ce souhait n’est pas complètement égoïste, puisque c’est leur désir aussi.

 

Nous avons de bonnes nouvelles de Maguy, elle est encore dans son lit et n’a pas beaucoup de forces, mais elle n’a pas de fièvre et commence à recevoir des visites. Si tu as le temps, écris-lui encore une fois pendant qu’elle est couchée cela lui fera plaisir, parle-lui de Soissons, du château que tu occupes, elle sera enchantée car elle aime les attentions.

 

Nous avons eu une bonne lettre de Georges ce matin, datée du 15 septembre, avec une photo, dans laquelle il a très bonne mine, mais il y avait plusieurs passages de sa lettre qui étaient barrés. Il nous demande deux envois bien réguliers par semaine.

 

Est-ce que tu sais si Mr Vérilhac est à Rouen, Maman a envie d’y aller pour faire des démarches en vue de sortir des quais, de plus en plus encombrés paraît-il, des pâtes qui y séjournent depuis plusieurs mois. Si elle y va, elle aimerait à être assistée par un Monsieur de la ville, pouvant la renseigner sur ce qu’elle peut obtenir.

 

7 octobre - ELLE.- J’ai reçu un mot de Marie Paul qui m’invite à descendre chez elle pendant mon séjour à Paris. Je l’avais calomniée en te disant qu’elle ne me recevrait pas, décidément il ne faut pas juger trop vite les gens et les actes. Elle a sans doute attendu l’arrivée de Paul pour lui demander son avis, c’est ce qui a fait qu’elle ne m’en a pas parlé dans sa première lettre.

 

J’ai reçu ton mandat et te remercie, cela va me payer mon voyage à Paris. Je pense que tu auras reçu une lettre où je te demandais de donner ordre aux H.G.P de faire un chèque de 26 250 frs au percepteur d’ici pour qu’il nous prenne de l’emprunt.

 

Dédé est encore pâlot, mais commence à être moins grognon, ce qui me donne bon espoir, et j’espère qu’il sera remis pour bien travailler mardi.

 

Quel temps mon pauvre chéri et comme je suis contente de te sentir dans une maison au lieu de penser que tu es dans la boue et l’humidité, nuit et jour. Je pense qu’en hiver tu pourras faire un peu de feu dans ta chambre pour te sécher.

 

Nous n’avons plus de soldats au village, il n’y a qu’une brigade au camp d’Arches et les régiments sont cantonnés dans les villages les plus proches.

 

On fait sur tout le front une propagande active pour l’emprunt.

7 octobre - LUI.- Je reçois ta bonne lettre du 2 octobre et voudrais bien être en effet au milieu de vous. Nos enfants doivent être heureux que le sauf-conduit de Mlle Ferney ne lui soit pas encore parvenu. Ainsi les vacances se prolongent et nos deux garçons surtout en doivent être enchantés.

 

Je suis très content d’apprendre que Kommer pourra revoir notre voiture cette semaine car il faut toujours qu’elle soit tout à fait en état, autrement je serais inquiet.

 

J’ai donc écrit à tous les associés de notre branche que j’acceptais le fameux cadeau. Je n’ai pas écrit à Maman mais enfin voici la copie de ma lettre.

 

J’ai reçu communication de la décision prise en faveur des gérants mobilisés à la dernière réunion statutaire des HGP et je tiens à vous remercier de ce témoignage de sympathie. J’ai quelque scrupule, vous le comprendrez facilement, à accepter une somme aussi considérable (n’ayant rien fait pour cela). Mais d’autre part je craindrais en la refusant de désobliger ceux qui, comme vous (ce passage simplement à l’oncle Paul et à l’oncle Vautrin), ont proposé de faire aux gérants mobilisés ce cadeau exceptionnel de tous les associés qui l’ont accordé je crois de bon cœur et sans arrière-pensée.

 

Pour l’oncle Vautrin, j’ajoute un mot de remerciements pour les paroles trop élogieuses, etc., tu vois cela d’ici. Voilà donc une question réglée.

 

C’est Georges Garnier qui m’avait appris que Paul Boucher était proposé pour la croix. Je regrette de tout cœur que cette proposition n’aboutisse pas. Il est probable en effet qu’il a un ennemi dans un état-major quelconque, qui arrête les propositions qui le concernent.

 

Cette après-midi, je vais aller revoir nos anciennes positions de batterie d’il y a un an et je m’en réjouis. On fait sur tout le front une propagande active pour l’emprunt. On institue dans chaque batterie une loterie, le prix du billet est de 1frc. Il y aura autant de lots qu’on pourra réunir de sommes équivalentes au prix d’émission. Les officiers sont forcés de donner l’exemple et je vais prendre 100 billets. Naturellement si mon nom sort à la loterie, je ferai tirer au sort entre tous les hommes de ma batterie.

 

J’ai encore assez de mouchoirs, de chemises, etc. Merci de l’envoi que tu m’annonces mais je préfère des petits bonbons ou des lichens au chocolat. Je crois que l’abus de chocolat ne me vaut rien.

 

En voyant la photo de Mlle sur son laissez-passer, André ne l’a pas trouvée de son goût et disait qu’il n’obéirait jamais à une personne aussi laide, il a fallu que je le gronde et lui fasse comprendre sa bêtise.

8 octobre - ELLE.- Voici un dimanche noir et triste d’hiver qui s’est passé tout paisiblement à suivre les offices, messe et vêpres bien sagement, lire la gazette entre temps et travailler ensuite. Les enfants ont été assez sages, Marie Krantz est venue vers cinq heures et a découpé des bois avec Dédé, qui était enchanté d’opérer avec une grande personne. Elle lui avait découpé des petits morceaux de forme singulière qui doivent, réunis, faire des petits bonshommes genre puzzle. Mais hélas ! Depuis ta venue on a fait tant d’essais qu’on n’a plus qu’une scie. En m’écrivant à Paris, rappelle-moi l’adresse du vendeur pour que j’aille en acheter de nouvelles, je chercherai à en acheter quelques-unes plus fortes pour les bois un peu plus épais. André y prendrait goût si on le dirigeait.

 

Nous avons reçu les livres de classe commandés à Paris et il est ravi d’être si riche, pour le moment on est plein de bonnes résolutions et on est tout prêt à bien travailler. Mais vendredi en voyant la photo de Mlle sur son laissez-passer, André ne l’a pas trouvée de son goût et disait qu’il n’obéirait jamais à une personne aussi laide, il a fallu que je le gronde et lui fasse comprendre sa bêtise. Ce soir nous avons fait un bridge ainsi qu’hier soir avec Marie Krantz et j’ai gagné outrageusement, heureusement que c’est pour la cagnotte. Tu sais que nous avons déjà un bon de 100 francs et nous avons au moins 50 francs de nouveau en billets. Tu vois quels progrès !

 

Note pour tes lettres que je serai le 13 chez Marie Paul, 92 av. Henri Martin (16ème arr), pour que je ne sois pas privée de nouvelles.

 

Nous irons demain à Epinal. Kommer n’est toujours pas venu, on l’attend cette semaine, mais la voiture marche mieux, il n’y aura que les freins à revoir.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 08/10/1916 (N° 1346)

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Le général Micheler - Commandant d’armée

Cette guerre a révélé les talents militaires d’un certain nombre de chefs qui, peut-être, dans la paix, n’eussent point atteint à l’honneur suprême de commander des armées. Comme le général Pétain qui commande un groupe d’armées, comme le général Nivelle qui commande une armée, le général Micheler, chef de l’une des armées qui opèrent dans la région de la Somme contre les Allemands de von Below, n’était que colonel avant la guerre. Tout de suite, ses remarquables qualités de chef le désignèrent pour les hauts grades. Grièvement blessé en Argonne en 1915, il fut promu grand-officier de la Légion d’honneur. On sait combien importante et combien glorieuse est, dans les événements présents, la part qui revient à lui et à son armée.

 

 

 

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L’audace des alpins italiens

La conquête du sommet du Cauriol a donné aux alpins italiens l’occasion de témoigner d’une vaillance et d’une audace peu communes. Le côté sud, où les troupes italiennes étaient engagées, constitue une position très difficile, extrêmement boisée jusqu’à une hauteur de 7 000 pieds. Le terrain prend ensuite la forme d’une pente verdoyante qui se termine par un mur escarpé coupé de larges fissures. Avant la guerre actuelle, cette position était considérée comme inexpugnable. Mais les alpins ont néanmoins réussi, en fichant dans le rocher des barres de fer dont ils se servent comme d’une échelle, à réaliser cette ascension laborieuse. C’est en se servant de ce procédé qu’un bataillon est monté à l’assaut du mont Rosa et, par un effort presque incroyable, a gravi le mur à pic au sud-est du mont Cauriol. Il a atteint le sommet, a débouché à proximité des tranchées adverses et s’est précipité sur l’ennemi à la baïonnette.

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Les demeures souterraines de nos soldats

Les demeures souterraines de nos soldats

Convoi de ravitaillement en munitions traversant un village

Une réserve d'obus

Un "Minenwerfer" capturé dans la Somme

Le nettoyage des canons

Groupe de fusils lance-grenades

Un logis confortable dans un trou de mine

Canons de 75 dans leurs casemates

Tranchée de soutien

 

Les instantanés de la guerre (photos)

LPJ Illustre 1916-10-08 D.jpg

Abris souterrains construits par les Allemands

Prisonniers allemands blessés

Les prisonniers sont invités à déposer à leurs pieds tout ce qu'ils ont sur eux

Nos poilus entre deux assauts s'amusent au cantonnement

Ce qui reste du village de Biaches après les récents combats

Convoi d'artillerie traversant un village en ruines

Front de la Somme - Poste d'observation allemand découvert par nos soldats

Avion boche abattu aux environs de Verdun

Front de la Somme - L'église de Foucaucourt, 13 septembre 1916

Sur la ligne de feu - Un impressionnant approvisionnement d'obus

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • La Somme - Vive lutte d'artillerie sur les deux rives de la Somme
  • Les Bulgares sont partout en retraite
  • Le jeu de loto
  • Soissons très abîmé
  • Japon - Le changement de ministère au Japon
  • Finance - Sur le front propagande active pour l'emprunt
  • Prisonnier - Les déportés du Nord rapatriés
  • Le général Micheler, commandant d'armée (Portrait dans LPJ Sup)
  • Les alpins italiens (LPJ Sup)
  • Alpins - La guerre dans les montagnes (LPJ Sup
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Conseils pratiques - La Transpiration (LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Saints Anges Gardiens - 2 octobre
  • Religion - Fête religieuse - Saint Rosaire - 7 octobre


30/09/2016
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