14-18Hebdo

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109e semaine de guerre - Lundi 28 août au dimanche 3 septembre 1916

 

LUNDI 28 AOUT 1916 - SAINT AUGUSTIN - 757e jour de la guerre

MARDI 29 AOUT 1916 - DECOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE. - 758e jour de la guerre

MERCREDI 30 AOUT 1916 - SAINTE ROSE DE LIMA - 759e jour de la guerre

JEUDI 31 AOUT 1916 - SAINT RAYMOND NONNAT - 760e jour de la guerre

VENDREDI 1ER SEPTEMBRE 1916 - SAINT GILLES - 761e jour de la guerre

SAMEDI 2 SEPTEMBRE 1916 - SAINT ETIENNE - 762e jour de la guerre

DIMANCHE 3 SEPTEMBRE 1916 - SAINT MANSUY - 763e jour de la guerre

Revue de presse

-       L'Italie déclare la guerre à l'Allemagne

-       L'anxiété à Vienne - L'Autriche est incapable de faire face à un nouvel adversaire

-       Du Trentin à l'Isonzo violente lutte d'artillerie

-       Nouvelles attaques allemandes repoussées devant Fleury

-       Sur le front de la Somme grande activité de l'artillerie

-       La Roumanie déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie

-       L'Allemagne déclare la guerre à la Roumanie

-       Sur le front de Salonique les Serbes contiennent la poussée bulgare

-       Les troupes russes traversent la Roumanie

-       Le nouveau commandement allemand

-       La Turquie déclare la guerre à la Roumanie

-       Les armées de Broussiloff ont repris l'offensive

-       La Bulgarie déclare la guerre à la Roumanie

-       L'artillerie toujours très active sur les deux rives de la Somme

 

Morceaux choisis de la correspondance

Maintenant quand nous perdons, nous mettons dans une cagnotte qui doit servir à un voyage en Alsace, quand elle sera redevenue française.

28 août - ELLE.- Les jours se hâtent et nous rapprochent. Je m’en réjouis tant, tu ne peux t’imaginer comme ces quatre mois m’ont semblé longs sans toi et combien je désire ton retour, mon chéri que j’aime.

 

Nous avons déjeuné hier chez Thérèse et avons fait un bridge l’après-midi. Je suis toujours aussi joueuse, tu sais. Heureusement que nous ne sommes pas près de Monte-Carlo car j’y perdrais mon pauvre petit avoir. Maintenant quand nous perdons, nous mettons dans une cagnotte qui doit servir à un voyage en Alsace, quand elle sera redevenue française. Marie Krantz est la plus enragée, car elle veut prendre part à la promenade. Je dois constater d’ailleurs que c’est elle qui perd le plus souvent.

 

Les enfants s’amusaient au jardin pendant ce temps avec les enfants de Mr Auptel, qui apprenaient à Robert et Noëlle à monter à bicyclette. Robert est sage depuis trois jours. Sa dernière rage lui a fait du bien, il n’a plus essayé de colère depuis, il a bien vu que j’étais décidée à sévir très sérieusement. Les enfants ont tous des hauts et des bas, il faut leur montrer qu’ils ne sont pas les maîtres, mais c’est un peu ennuyeux d’avoir toujours à gronder et à réagir. Quand ce n’est pas l’un c’est l’autre.

 

Tâche de venir le plus tôt possible.

Tu feras bien en venant ici d’apporter deux costumes pour qu’on puisse faire les rectifications nécessaires à celui que t’a confectionné notre illustre tailleur. Tâche de venir le plus tôt possible. Si tu peux pousser tes camarades à partir au plus tôt, fais-le pour que cela t’avance.

 

Nous avons de l’artillerie ici pour une quinzaine de jours. Les officiers que nous logeons n’ont pas l’air chic, ni bien éduqués. Ils étaient en Alsace du côté d’Altkirch depuis 20 mois.

 

La pluie tombe à flots, vous allez de nouveau être dans la boue, mon pauvre Gi, c’est bien ennuyeux pour vous. J’ai reçu les Revues des deux Mondes que tu m’as adressées. Mais tu ferais bien mieux d’en faire un plus gros paquet et de les envoyer par colis postal en gare, cela te reviendrait bien moins cher que par la poste.

 

Dans quinze jours tu seras arrivé et je serai bien heureuse de t’avoir et de t’aimer… Si seulement notre estimable Joffre avait la bonne idée d’allonger les permissions et de nous donner quelques jours de rabiot. Il pourrait bien nous donner cette joie en l’honneur de la Roumanie… C’est dommage que ces Roumains s’y soient pris si tard, ils ne nous éviteront pas une campagne d’hiver.

29 août - ELLE.- Dans quinze jours tu seras arrivé et je serai bien heureuse de t’avoir, de t’aimer et de me faire gâter par mon aimé mari. Si seulement notre estimable Joffre avait la bonne idée d’allonger les permissions et de nous donner quelques jours de rabiot. Il pourrait bien nous donner cette joie en l’honneur de la Roumanie. On a pavoisé ce soir dans le village et nos artilleurs nous jouent du clairon. C’est très gentil depuis mon lit, je pense que c’est aussi pour les Roumains. C’est dommage que ces Roumains s’y soient pris si tard, ils ne nous éviteront pas une campagne d’hiver. Le capitaine qui loge à la maison est convaincu que dans un mois il y aura du nouveau, mais il ne me semble pas une lumière, quoique de l’active, et je me demande quel beau fait d’armes il veut nous prophétiser. Je ne demande qu’une chose, c’est qu’on ne prenne pas l’offensive générale maintenant et qu’on attende le 15 septembre pour te laisser le temps de me venir.

 

J’irai te chercher à Epinal en auto à 9 heures du matin, quel gentil voyage cela me promet. Seulement il faudra être sage et ne pas trop m’embrasser, sans quoi je te ferais tomber dans le fossé comme en montant Grosse Pierre, la première année de notre mariage. Te rappelles-tu chéri ? Et, comme en vieillissant nous ne devenons pas plus raisonnables, cela pourrait bien encore nous arriver. Donc, Monsieur mon mari prenez des résolutions de sagesse et de correction. Un vieux ménage comme le nôtre doit être sérieux. Je fais de bien beaux discours et il est très probable que ce sera moi qu’il faudra gronder la première parce que je serai la moins correcte. Prépare donc ta grosse voix non seulement pour ta pauvre petite femme qui t’aime trop, mais aussi pour Messieurs nos fils qui ont grand besoin de sentir la poigne du papa, car ils sont par moment bien indisciplinés.

 

J’ai reçu de l’Abbé Hamant, auquel je l’avais demandé, le programme de huitième ou plutôt les devoirs de vacances qu’on donne aux élèves de huitième. Comme grammaire, dictée, français en général, c’est bien plus fort que ne l’est Dédé. En calcul, il pourrait à peu près le faire, à part certaines figures qu’on leur demande d’expliquer et dessiner : un parallélogramme, un trapèze, un hexagone irrégulier, etc., ce serait de l’hébreu pour lui. Je le croyais dans la moyenne des enfants de son âge, mais d’après ces exemples de devoirs je m’aperçois qu’il est plutôt en retard. D’ailleurs il paraît que les programmes sont tellement chargés maintenant que les enfants des collèges sont obligés de veiller jusque 10 heures pour faire tous leurs devoirs. C’est bien mauvais à la santé et je m’en effraie pour nos enfants. Tu verras cela quand tu reviendras. En ce moment en tout cas ils vont à merveille, c’est un plaisir de voir leur bonne mine. J’aime mieux cela que trop de science.

 

29 août - LUI.- La poste est de nouveau en retard et ne m’apporte rien depuis deux jours, et demain j’aurai deux ou trois lettres. On devrait être assez raisonnable pour n’en lire qu’une à la fois et ne lire les autres que les jours où la poste vous fait faux bond. Mais moi je veux avoir tout le plaisir d’un seul coup et je les lis toutes à la fois.

 

Notre petit Robert est-il plus sage ? J’espère que ce n’est qu’un mauvais moment qui passe et que, le jour de mon arrivée, tu pourras me dire qu’il est devenu très raisonnable. Ce sera très probablement de demain en quinze à moins que la décision de la Roumanie n’influe sur les opérations. Tu ne saurais croire comme les hommes s’emballent facilement. Ah ils sont bien Français, ils s’imaginent tout de suite que l’intervention de la Roumanie va leur permettre de regagner leurs foyers cet hiver. Tout en étant très heureux de ces nouveaux événements, je n’en crois rien et il faut bien encore compter un an avant que l’Allemagne soit abattue. Mais enfin cette fois, je crois que nous tenons le bon bout et l’Allemagne sera battue.

 

Le commandant est parti et je le remplace provisoirement. Mais, comme je crois que c’est du provisoire, je ne me suis pas installé au fort et reste tranquillement à ma batterie, où d’ailleurs il fait très bon actuellement. A part quelques orages qui inondent un peu nos abris, nous avons depuis plus d’un mois un très beau temps qui nous dédommage des pluies de mai et de juin.

 

Ma petite Mie, tu vas encore te moquer mais je te recommande de bien chauffer notre chambre de demain en quinze. J’emmènerai très probablement ma cantine et tu viendras m’aider à la défaire, n’est-ce pas chérie. En attendant je t’embrasse de tout cœur avec les enfants. Bonnes amitiés à Maman et à Thérèse. Maman se repose-t-elle un peu ? Ton Geogi.

 

En attendant, je trouve les jours longs qui me séparent encore de toi, j’ai peur qu’on arrête les permissions.

30 août - ELLE.- Je suis confuse de trouver dans ta lettre une de mes enveloppes avec une inscription aussi étourdie, et tu ne me fais même pas un reproche. Mais moi je te fais toutes mes excuses et je vote des félicitations aux postiers qui ont pris la peine de te rechercher dans le monde des armées au lieu de jeter tout bonnement ma lettre au panier. Je ne sais même plus si ma lettre valait la peine de faire tant de chemin avant de t’arriver.

 

J’ai été cet après-midi à Epinal chercher la paye et conduire les enfants chez Gercet. André a de très mauvaises dents et il a plusieurs séances en perspective. Il faisait un vent fou et nous avons eu plusieurs grosses averses. Nous sommes allés goûter chez tante Lucie, les enfants ont mangé beaucoup de gâteaux et le soir, en sortant de chez Gercet, nous avons rencontré Mr Galin, un automobiliste dont je t’ai déjà parlé, qui leur a acheté encore tout un plat chez le pâtissier. J’ai prié qu’on ne mange pas tout et qu’on en rapporte à Noëlle, c’est ce qui s’est fait.

 

Depuis six jours, depuis sa grosse rage suivie de sa bouderie au jardin seul le soir au moment où il craignait d’y passer la nuit, Robert a été bien plus sage. Il n’a plus fait de colère. Cela m’amuse de l’entendre faire ses opérations, il déroule ses additions avec une vitesse, je crois qu’il sera doué pour le calcul ainsi que Noëlle. C’est dommage que nous n’ayons pu continuer à avoir des enfants, à cause de ma petite santé. Peut-être qu’au 7ème, tout comme chez Napoléon, nous aurions eu un génie. Enfin, en attendant, je trouve les jours longs qui me séparent encore de toi, j’ai peur qu’on arrête les permissions et j’ai peur de tout pour toi, d’une maladie, d’un obus, des gaz, de tout ce qui peut tomber, fondre sur toi et être malheureux. Quand je t’aurai revu je ne serai peut-être plus si nerveuse, tu me redonneras un peu de ton calme, de ta philosophie et de ton courage.

 

Je t’aime, mon chéri, de tout mon cœur. Ta petite femme.

 

31 août - ELLE.- Un petit baiser en passant pour te redire que je t’aime et pense à toi et que je me réjouis de te revoir. Nous allons tous bien, reviens bien vite pour en juger. Figure-toi qu’il y a du 5e d’artillerie à Cheniménil, quel dommage que ce ne soit pas la 45e batterie. Je crains que la guerre ne se passe sans que je puisse te voir dans l’exercice de tes fonctions. Nous avons eu la visite de Madame Trivier et d’Alice qui revenait d’Angoulême où elle a passé une quinzaine chez Maguy et elle voulait nous en donner des nouvelles bien vite, puisqu’elles étaient très bonnes. Alice a beaucoup maigri, elle est moins jolie mais a toujours beaucoup de charme. Maguy nous a écrit qu’elle a un caractère bizarre maintenant, très gentille tout de même, mais Maguy est contente que Georges ne l’ait pas épousée car ce serait une jeune femme lunatique. Tout est donc bien qui finit bien.

 

Le nouveau commandant était de la promotion de mes anciens à l’X (1891). A l’X, il s’appelait Dreyfus mais il a changé de nom et s’appelle maintenant Bickart. C’est donc un juif. On prétend qu’il est très raide mais c’est un garçon intelligent car il a été reçu 4ème à l’X.

31 août - LUI.- J’ai reçu ta bonne lettre du 28. Tu penses bien que comme toi je me réjouis de te voir et que je voudrais que ce fût le plus tôt possible. J’ai craint même un peu hier que ma permission ne soit retardée. Le nouveau commandant nous arrive après-demain et, comme il n’a pas encore été pour la quatrième fois en permission, je craignais qu’il ne voulût partir avant moi. Mais notre ancien commandant lui en a parlé et il est convenu qu’il partira seulement lorsque je serai de retour.

 

Le nouveau commandant était de la promotion de mes anciens à l’X (1891). Je me rappelle qu’il a passé l’examen à Nancy, étant élève du lycée de Bar-le-Duc. Nous nous sommes retrouvés au début de la guerre à Brenelle mais un jour seulement, puisque j’ai été blessé le jour de mon arrivée. A l’X, il s’appelait Dreyfus mais il a changé de nom et s’appelle maintenant Bickart. C’est donc un juif. On prétend qu’il est très raide mais c’est un garçon intelligent car il a été reçu 4ème à l’X. Enfin j’espère qu’il me laissera partir comme je l’espère le 12 au matin pour que je puisse arriver à Docelles le 13 dans la matinée.

 

Je suis content d’apprendre que notre petit Robert est redevenu sage. Tu lui diras que son papa compte bien qu’on n’aura aucun reproche à lui faire d’ici mon retour car je serais désolé de trouver des enfants méchants en arrivant à Docelles.

 

C’est bien ennuyeux de rapporter ma cantine mais il y a quelques petites rectifications je crois à faire à mon nouvel uniforme et je serai obligé d’en prendre un autre.

 

Nous avons eu hier en effet une grosse journée de pluie bien désagréable mais aujourd’hui il fait très beau. Le colonel de Courcy, qui commande le régiment d’infanterie, m’avait invité à dîner (félicite-moi, pour une fois j’avais mis mes manchettes). Le colonel a souffert de l’affaire Dreyfus, il n’est donc pas très ravi du successeur du commandant. Il me racontait qu’ayant appris que l’ex-capitaine avait logé dans une propriété qu’il possède aux environs de Paris, il avait donné l’ordre de désinfecter la maison. Tu vois cela d’ici. D’ailleurs c’est un réactionnaire pur sang et je me demande comment il va accueillir le nouveau commandant.

 

Ma petite mie, dans quinze jours je serai avec toi. Quel bonheur ! Je t’embrasse en attendant avec les enfants de tout cœur. Bonnes amitiés à Maman. Je suis très heureux que l’oncle Vautrin n’ait rien trouvé de grave. Mais pour une fois il a peut-être eu tort de ne pas un peu exagérer pour forcer Maman à se reposer. Ton Geogi.

 

1er septembre - ELLE.- Je suis fâchée tout à fait de l’irrégularité de ma correspondance. Si je suis parfois étourdie en mettant une fausse adresse, cela ne m’arrive tout de même pas très souvent et je vois qu’à chaque instant tu es privé de lettres. C’est ennuyeux pour toi si j’en juge par le sentiment que j’ai, moi aussi, quand le courrier ne m’apporte pas la lettre attendue.

 

Tu me dis que ton commandant est parti, j’espère qu’on va te donner son poste. Tu vas dire que ta Mie est une petite orgueilleuse et qu’elle est atteinte elle aussi de la maladie de l’avancite. C’est vrai, je trouve que maintenant on voit des petits capitaines de 25, 28 ans, alors ce n’est plus honorable de l’être à 43. Le grade de chef d’escadron te conviendra bien mieux, et j’espère que cette fois si on te le propose tu ne refuseras plus. Adrien a bien accepté, tu ne peux que suivre un aussi bon exemple.

 

Maman va mieux depuis qu’elle se repose un peu. Ce repos est encore bien relatif parfois, mais elle en sent néanmoins déjà le bienfait. Elle pense aller en Suisse prochainement pour voir l’ami de Georges et obtenir des détails, puis visiter ses marchands de pâte et obtenir de l’ambassadeur des autorisations d’exportation. A cet effet, elle va demander à Mr Herrgott, qui lui a dit qu’il pouvait facilement le faire, de lui obtenir de l’EM de Belfort la permission de passer par Delle, ce qui lui raccourcira beaucoup le voyage. Car par Pontarlier on ne peut passer la frontière en un jour.

 

Robert a encore été colère aujourd’hui. Il a été fouetté deux fois mais quand il est mal luné on a bien de la peine à le remettre d’aplomb. C’est un vrai petit démon.

 

Mon Geogi a toujours ses mêmes petites idées follettes. Il prévoit longtemps à l’avance et pense à des choses qu’il ferait bien mieux d’oublier. Viens le plus vite possible, plus tôt ce sera, plus je serai contente et je tâcherai d’être gentille et ta chérie toujours. En attendant, je t’embrasse de toutes mes forces. Ta Mi.

 

C’est encore bien long 11 jours à passer sans toi. Je commence à perdre patience, faut-il être peu raisonnable.

2 septembre - ELLE.- Tu sais, mon Geogi, que c’est encore bien long 11 jours à passer sans toi. Je commence à perdre patience, faut-il être peu raisonnable ? Plus le terme est proche, plus vite on voudrait le saisir. J’ai toujours peur qu’un empêchement me prive de ce bonheur attendu depuis si longtemps et qu’on nous octroie si rarement et d’une façon peu généreuse.

 

Maman vient de recevoir avis que la réunion des H.G.P. aura lieu le 18 septembre à Epinal, bureaux de la Filature de la Vologne. Tu as sans doute reçu la même feuille : examen du bilan, appointements et tantièmes aux gérants mobilisés, impôts sur les bénéfices de guerre, questions diverses. Tu vois que le programme est important. Je serai contente que tu y sois pour que tu donnes ton avis en ce qui te concerne particulièrement. C’est bien tombé qu’ils aient mis leur réunion à cette date.

 

J’ai prié Marie Molard d’aller voir une institutrice qui se trouve à Paris. Je crois que c’est celle-là que je prendrai si les renseignements de Marie concordent avec ce que je sais d’elle. Elle semble une personne énergique, c’est ce qu’il faut pour tenir trois diables. Elle est très instruite. Nous allons tenter l’essai en octobre. Je n’en dis rien aux enfants.

 

T’ai-je dit qu’André préfère beaucoup Docelles à Cornimont et trouve qu’il y restera après la guerre. « La maison est bien plus modeste, je n’aime pas habiter un château comme à Cornimont, avec des lions qui gardent l’entrée, à quoi cela sert-il des lions ? J’aime bien une maison qu’on ne remarque pas. C’est comme mes habits, les gamins me disent toujours que j’ai des habits de riches, vous feriez bien mieux de me laisser de temps en temps des trous pour que je sois comme eux ». Tu avoueras que c’est du socialisme bien compris. De qui tient-il ses principes d’égalité, c’est de son papa, je pense, qui aime tant la simplicité et redoute de se singulariser et de se faire remarquer. Néanmoins Monsieur Dédé aime l’auto, « si je suis cultivateur, est-ce que je gagnerai assez pour m’acheter une auto, est-ce qu’on ne trouvera pas drôle qu’un cultivateur ait une auto ? ». C’est malheureux que les garçons soient obligés de tant travailler car il va joliment bien en ce moment de vacances. Nous allons voir si cet hiver sa difficulté de respirer lui reprendra.

 

2 septembre - LUI.- Je reçois ta bonne lettre du 29 et je serai ravi naturellement que tu viennes me chercher en auto à la gare d’Epinal. Je suis si impatient de te revoir qu’une heure gagnée n’est pas à dédaigner. Seulement je me demande si c’est bien prudent. Moi je n’ai pas du tout l’envie d’être correct. Je ne prends pour venir aucune résolution de sagesse ni de correction au contraire et, comme au fond tu m’as l’air d’avoir heureusement les mêmes idées, je redoute un accident comme celui dont nous avons failli être victimes à Grosse Pierre autrefois. Mais non ma Mie, viens me chercher en auto, nous serons incorrects et prudents à la fois.

 

Nous verrons ensemble les devoirs qu’on donne aux élèves de huitième. Mais a priori, s’il faut que des enfants de cet âge travaillent jusque dix heures du soir pour suivre les programmes, cela prouve tout simplement que les programmes sont surchargés de façon grotesque et que l’éducation donnée actuellement dans les collèges est mauvaise. Je suis persuadé que ces pauvres enfants qui font de tout à la fois et à qui on parle à cet âge de parallélogramme ou d’hexagone n’en savent pas plus que nous autrefois. Peut-être savent-ils même moins bien le peu de choses qu’une intelligence d’enfant peut approfondir. Ceci me raccommode un peu avec l’institutrice, puisque nous sommes quand même bien d’accord sur ce point : c’est qu’un peu plus tard il faut le collège. En tout cas comme toi, je préfère cent fois la santé à tant de sciences et je me réjouis de voir la bonne face de nos chéris. J’espère que, cette fois, aucun d’eux ne tombera malade pour mon arrivée.

 

Dans quinze jours nous serons ensemble ma petite mie, bienheureux, dis, de nous confier nos pensées et très heureux aussi, n’est-ce pas, de nous aimer tendrement.

 

3 septembre - ELLE.- Pendant que Maman et les enfants sont au catéchisme retour de la messe, je t’écris ta petite lettre journalière qui doit te mettre au courant de notre vie.

 

Hier nous avons eu Marie Krantz à déjeuner. Elle était très attristée par une mauvaise nouvelle reçue chez les cousins de Dinozé, qui ne recevaient plus rien d’un de leur fils depuis 10 jours, et Paul Boucher, qui est dans le même secteur, a écrit qu’il avait été mortellement blessé le 26 août. Voilà donc ces pauvres gens avec trois jeunes veuves comme belles-filles et, sur quatre fils, il leur en reste un âgé de 24 ans. Il y a vraiment des familles très éprouvées.

 

Vers quatre heures après le courrier, où il y avait une lettre de Georges demandant du renfort en nourriture, je suis allée à Epinal acheter un jambon qu’on va lui envoyer de suite et des gâteaux. Il manque aussi de sucre et en gémit, car ses seuls bons repas sont toujours ses cafés et thés qu’il confectionne lui-même. Il nous en demande une livre par semaine et ne se doute pas que nous avons bien du mal de nous en procurer nous-mêmes. Néanmoins on s’arrangera pour lui en envoyer car il en a plus besoin que nous. On leur a de nouveau supprimé les sorties en forêt par mesure de représailles, c’est bien regrettable. Par contre il est probable qu’on va leur permettre d’acheter des petits fourneaux électriques pour faire leur cuisine. Georges s’en réjouit car cela leur était difficile depuis que l’alcool est interdit par crainte d’incendie.

 

André a appris à Robert à aller en bicyclette, il sait presque bien, cela s’apprend plus vite que la lecture.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 03/09/1916 (N° 1341)

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« Je ne veux rien devoir aux oppresseurs de mon pays ! »

Cette noble et fière réponse a été faite récemment au Kaiser lors de son passage à Namur. Guillaume II ayant voulu visiter la célèbre abbaye de bénédictins, dont le prieur a un frère prisonnier en Allemagne, ne trouva personne à l’abbaye : les religieux avaient quitté le couvent et étaient allés se promener dans la campagne. Le Kaiser pensa alors à rendre visite aux bénédictines. Comme il demandait à la supérieure en quoi il pourrait lui être agréable, la religieuse lui répondit sèchement : « Je ne veux rien devoir aux oppresseurs de mon pays. » Et Guillaume s’en fut, humilié, ne trouvant rien à répondre à la digne et courageuse femme.

 

 

 

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Un bel exploit - Huit hommes, conduits par un capitaine, prennent un fortin aux Allemands.

C’est un des incidents héroïques de la bataille de la Somme. Un fortin allemand résistait aux attaques des nôtres. Le capitaine V… dit : « Je le prendrai par surprise ! » Et, par un de ces coups d’audace inouïs qui semblent invraisemblables, il réussit.

 

Le capitaine V… était parvenu à connaître l’emplacement exact du boyau menant au fortin. A quatorze heures, le 10 juillet, suivi d’une petite troupe de braves, le sous-lieutenant B…, le sergent M…, le fourrier M…, le caporal T…, les cyclistes M…, M… et S… et le clairon D…, il partit. Il arriva d’un côté, le sous-lieutenant B… de l’autre avec les hommes. D’abord il pénétra seul dans l’ouvrage. Il ne vit rien autour de lui. Tous les Allemands étaient terrés. Il ordonna : « Dehors ! » Un groupe se montra, puis un autre avec un feldwebel, qui paraissait l’âme de la défense, car les officiers continuaient de demeurer sous la terre. Ces Allemands regardaient avec surprise le Français isolé au milieu d’eux. Ce fut très court. Le capitaine V… sentit qu’il ne fallait pas hésiter ; d’un coup de revolver il abattit le premier ennemi, puis il cria : « En avant ! » Ses huit hommes arrivèrent. Les Allemand cessèrent aussitôt toute résistance. Bientôt le chef et ses braves revinrent, conduisant la file de leurs prisonniers : deux officiers, cent douze hommes. Le fortin de Biaches était à nous.

 

Le capitaine V… a été cité à l’ordre de l’armée avec le motif suivant : « Officier d’un courage légendaire. Le 10 juillet 1916, à la tête d’un groupe de huit hommes, s’est, avec une audace inouïe, emparé d’un fortin occupé par une compagnie ennemie et trois mitrailleuses qui, depuis vingt-quatre heures, tenaient nos troupes en échec et y a fait 114 prisonniers, dont 2 officiers. » Les compagnons du capitaine ont eu, par des motifs pareils, la même récompense.

 

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Le camp des Sénégalais : la popote

Cavalerie marocaine se rendant sur la ligne de feu

Poste de secours près de l'ouvrage de Thiaumont

Biplan Rempler-Taube, abattu intact dans nos lignes

Les maisons d'E… (Somme)

En arrière de Verdun. Dépôt de munitions

Un bel échantillon de la Kultur

Le Kronprinz distribue des croix de Fer

Une rue du village d'O… (Somme)

Un tirailleur indigène gardant un camp de troupes noires

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

 LPJ Illustre 1916-09-03 D.jpg

 

Prisonniers allemands descendant du Mort-Homme

Types de prisonniers faits dans les derniers combats de la Somme

Comment on amène les projectiles de 280

Entrée des Russes à Loutsk

Dans la Somme - Une escadrille prête à partir

Steeple chase par dessus un monoplan

Un observatoire installé par les boches dans un bouquet d'arbres à Flaucourt

Route abritée dans la Somme

La rue principale du village de M… (Somme)

Aspect d'une tranchée, dans la Somme

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • L'Italie déclare la guerre à l'Allemagne
  • Autriche - L'anxiété à Vienne - L'Autriche est incapable de faire face à un nouvel adversaire
  • La Roumanie déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie - L'Allemagne déclare la guerre à la Roumanie - La Turquie déclare la guerre à la Roumanie - La Bulgarie déclare la guerre à la Roumanie
  • Grèce - Sur le front de Salonique les Serbes contiennent la poussée bulgare
  • Allemagne - Le nouveau commandement allemand
  • Jeux - Monte Carlo
  • Jeux - Bridge - Cagnotte : voyage en Alsace quand elle sera redevenue française
  • Enfants - Au 7ème, tout comme Napoléon, nous aurions eu un génie
  • Affaire Dreyfus - A l'X il s'appelait Dreyfus mais il a changé de nom et s'appelle maintenant Bickart
  • Suisse - Passage de la frontière : Delle plutôt que Pontarlier
  • Rationnement - Pénurie de sucre
  • Soldat - La compagne du poilu : la pipe (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Décollation de Saint Jean-Baptiste - 29 août


26/08/2016
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