14-18Hebdo

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103e semaine de guerre - Lundi 17 juillet au dimanche 23 juillet 1916

 

 

LUNDI 17 JUILLET 1916 - SAINT ALEXIS - 715e jour de la guerre

MARDI 18 JUILLET 1916 - SAINT CAMILLE DE LELLIS - 716e jour de la guerre

MERCREDI 19 JUILLET 1916 - SAINT VINCENT DE PAUL - 717e jour de la guerre

JEUDI 20 JUILLET 1916 - SAINT JEROME EMILIEN - 718e jour de la guerre

VENDREDI 21 JUILLET 1916 - SAINTE PRAXEDE - 719e jour de la guerre

SAMEDI 22 JUILLET 1916 - SAINTE MARIE-MADELEINE - 720e jour de la guerre

DIMANCHE 23 JUILLET 1916 - SAINT APOLLINAIRE - 721e jour de la guerre

Revue de presse

-       Les Anglais s'organisent sur les positions conquises

-       Les Russes s'emparent de Baïbourt en Asie Mineure

-       Guynemer abat son dixième avion - Le sergent de Rochefort son cinquième

-       Rosa Luxembourg inculpée de haute trahison

-       Une victoire russe en Volhynie

-       Un nouveau contingent russe débarque à Brest

-       Splendide résistance anglaise à une grosse réaction allemande

-       Les grèves en Espagne sont terminées

-       Afrique orientale - Les Anglais occupent la ville de Muanza

-       Grand succès de notre offensive sur la Somme

-       La crue du Dniester augmente

-       Devant Verdun, violente lutte d'artillerie

-       Les Russes franchissent le Styr au confluent de la Lipa

 

Morceaux choisis de la correspondance

C’étaient tous les enfants qui défilaient dans l’église en hurlant des cantiques et en suppliant le Ciel d’accorder la fin de la guerre et le retour des papas.

17 juillet - ELLE.- Nous avons eu hier Mme Metenett et les deux petits à déjeuner. A deux heures ils sont tous partis aux Vêpres, où devait avoir lieu une cérémonie. C’étaient tous les enfants qui défilaient dans l’église en hurlant des cantiques, car cela ne peut s’appeler chanter, en tenant une bougie à la main et en suppliant le Ciel d’accorder la fin de la guerre et le retour des papas. Je n’y étais pas, étant encore restée étendue, mais il paraît que nos enfants et surtout les petits de Maurice étaient délicieux. Maman avait grand peur de la bougie allumée dans les mains de Lili, ses cheveux ou ceux du voisin auraient si vite pris feu, mais tout s’est bien passé. Noëlle disait une prière dans le chœur avec une autre gamine, elle l’avait apprise toute la semaine. André a quitté ce matin l’école de Mlle Marchal pour aller chez Mr Defer. Pour donner l’exemple à tous les autres enfants, qui quittent leurs maîtres et maîtresses sans un adieu ni merci, je lui ai fait apprendre quelques paroles de remerciement et Maman l’a emmené avec tous les gamins de son âge à onze heures pour saluer Mlle et manifester son regret de la quitter. Mais le regret n’est pas très ancré au fond de son cœur car il est au contraire enchanté d’être avec l’instituteur qui a sa classe bien moins à cœur, y fait ses heures de présence, mais ne fait pas travailler ses élèves rondement. On a moins de devoirs le soir, paraît-il, enfin c’est la joie, pour le moment tout au moins. Je lui ai déjà dit qu’il ferait en tout cas autant d’opérations que chez Mlle, car je trouve qu’il calcule vite et bien pour son âge.

 

Maurice va bien et annonce son retour pour la fin de la semaine. Cela lui aura fait trois semaines d’hôpital. Il restera quelques jours ici puis repartira bien vite à sa brigade de crainte que sa place ne soit prise.

 

Un des officiers qui a passé quinze jours ici m’a envoyé la photo de Noëlle. Quoiqu’elle soit fort laide je te l’envoie, tu verras qu’elle avait le soleil et grimace horriblement, mais elle n’est plus si maigre qu’au moment où tu l’as quittée. Ci-joint aussi le faire-part des Kiener qui est amusant par la gentille kyrielle des noms. Tu pourras déchirer l’un et l’autre après les avoir vus, car Noëlle est si vilaine sur sa photo qu’il est inutile de la garder.

 

18 juillet - ELLE.- Toujours la pluie. Cela doit bien vous ennuyer dans vos terrains glaiseux. Ici, les cultivateurs gémissent et pour une fois ils ont raison, car c’est navrant de remuer du foin tout le jour et de le voir mouiller au moment où on croit le rentrer.

 

Je ne bouge toujours pas et n’en ai nulle envie. Noëlle et Robert ont eu un petit embarras d’estomac hier, je crois qu’ils avaient dû manger trop de brioche dimanche. Noëlle est devenue verte à plusieurs reprises et courait à la cuvette, aussi on leur a donné à tous deux une purgation ce matin pour les débarrasser.

 

Dédé est ravi de l’école de Mr Defer. Je viens de voir son cahier, il a juste écrit une page pour toute sa journée : un devoir de grammaire et des opérations, hier une dictée et des opérations, pas de leçons à apprendre, pas de problèmes, etc. Chez Mlle il remplissait quatre à cinq pages de devoirs, plus ce qu’il faisait à la maison. Il paraît qu’on leur lit le journal, les communiqués, les articles sur les batailles, etc., c’est évidemment très patriotique mais ce n’est pas assez. Je ne dis rien et vais voir cette semaine mais nous serons obligés de chercher une autre solution si Mr Defer ne change pas de méthode. Je t’en reparlerai.

 

Maurice revient probablement dimanche. Sa plaie est refermée et il passe l’examen d’évacuation jeudi. Nous cherchons à acheter un camion automobile pour notre camionnage car Drach n’arrive pas. J’ai voyagé en allant à Paris la dernière fois avec un Mr très aimable qui s’est offert à nous servir d’intermédiaire, car c’est difficile pour les civils d’en acheter en ce moment. Je ne te dis ni son nom, ni sa situation car il veut garder le secret, mais nous allons en parler sérieusement quand Maurice sera de retour car nous préférerions l’acheter de moitié avec la filature, une des usines s’en servirait le matin, l’autre l’après-midi, tout au moins pendant la guerre. Cela suffirait à l’une et à l’autre, restreindrait les frais et au moins Drach n’aurait plus que la houille à nous amener. C’est un achat assez important, il faut compter près de 25 000fr. Si on ne s’arrange pas, Maman achètera peut-être des bœufs, cela coûte moins cher mais n’a évidemment pas les mêmes avantages.

 

18 juillet - LUI.- Je ne remercie pas du tout Dieu de me faire vivre loin de ma petite mie adorable et je lui demande au contraire de me la redonner bien vite car j’en suis fort en mal. Je n’ai pas besoin de lui dire à ma petite mie qu’au lieu de regarder à la lorgnette les boches, d’ailleurs très rares, qui sont dans nos environs, j’aimerais mille fois mieux contempler ma petite femme même sur sa chaise longue (j’aimerais surtout la contempler et l’admirer autrement, ma petite mie devine bien comment). Enfin je ne suis pas prêt du tout à faire chambre à part, je ne suis pas un vieux marié et j’aime aussi follement et peut-être encore plus qu’en 1906 tous les chers trésors de son petit corps, dont la seule pensée trouble mon cœur et me rappelle de si doux souvenirs. Je lui demande à ma petite mie de m’écrire tous les jours de bonnes lettres comme elle seule sait en écrire et je lui dirai qu’il n’y eut oncques tyrannie plus douce que la sienne. Seulement je voudrais bien avoir la photographie et, si l’artiste de Paris est un traînard, fais-toi faire par ta mère dans différentes poses pour qu’il y en ait au moins une qui soit réussie et dépêche-toi de me l’envoyer.

 

Pour le coupon de Cheniménil je ne me rappelle plus rien, mais, si ce coupon m’a été payé, tu en trouveras trace dans le compte courant des Héritiers (1913-1914), tu sais les cahiers avec une couverture rouge. Et puis on peut aussi en trouver la preuve dans la comptabilité de Cheniménil. Il est très possible qu’au lieu d’envoyer de suite mon coupon je me sois promis de le remettre à Maurice à mon prochain passage à Docelles. C’est encore la preuve qu’il faut faire chaque chose au jour le jour.

 

Ne te fais pas de souci pour Dédé. Je t’ai dit je crois qu’un de nos camarades ne savait pas lire à 12 ans. Un autre, un jeune Centrale de 21 ans, n’est allé au collège qu’à onze ans et demi et est resté à l’école primaire jusque là. Il est entré à Centrale à 19 ans dans les premiers. Il faut simplement lutter contre la paresse mais, lorsque les devoirs de l’école primaire sont trop difficiles (notamment les problèmes), il faut aider les enfants, autrement on les rebute. Mais à l’âge de Dédé je préfère l’effort physique à l’effort intellectuel et, à ce point de vue, il faut être sévère. D’ailleurs tu verras tout ira bien. J’écrirai demain à mon petit Robert pour ses six ans. Tu me dis qu’il saura lire, c’est parfait. Pour lui non plus ne demandons pas qu’il soit un prodige et qu’il sache tout faire à dix ans.

 

Ma petite Mi je voudrais bien t’embrasser autrement que par écrit. Le souvenir est sans doute une douce chose mais la réalité est encore mieux. Bonnes amitiés à Maman, que tu féliciteras de son résultat tout à fait surprenant. Il n’y a pas à dire, lorsque les femmes se mêlent d’affaires, elles nous dépassent toujours. Seulement maintenant elle n’aura plus d’excuses lorsqu’on lui dira de ne pas trop s’en donner, il vaut mieux l’an prochain gagner moitié moins et se reposer un peu.

 

Bons baisers aux chéris et à toi ma mignonne chérie qui me manque tant. Ton Geogi.

 

19 juillet - ELLE.- Je reçois ta lettre du 16 avec les photographies qu’elle contient, que je suis bien ravie d’avoir car je trouve que tu as très bonne mine.

 

Je viens de regarder sur ton livre, c’est bien 70 000 francs que tu as en compte courant. Je constate que l’an dernier nous avons touché 3 625fr. d’intérêts. Cela ne faisait pas non plus un compte juste mais c’est le 15 juillet 1914 que nous avions versé 60 000 pour le 2ème quart des actions, nous avions donc 15 jours d’intérêts sur 60 000 en plus. Tu peux donc leur accuser réception de leur lettre du 13 juillet en leur faisant remarquer l’erreur, nous devons avoir 4 200 et non 2 800.

 

Vous êtes un coquin, mon petit mari, de vous moquer de moi et de mes comptes. Si vous croyez que je revendique le pouvoir au point de vue affaires, vous vous trompez et je serai joliment contente de vous rendre après la guerre tous vos petits grimoires dans lesquels mon écriture fait tache et que j’ai bien du mal de tenir à jour, cela n’est pas amusant du tout.

 

Je n’ai pas encore reçu la photographie prise à Paris, ils mettent bien du temps, il faut croire que je serai bien jolie.

 

Bonnes tendresses, mon petit Geogi, je t’aime. Ta Mi.

 

20 juillet - ELLE.- Si tu n’as pas encore écrit à Paul au sujet de l’erreur commise dans la lettre de la Cotonnière de Dedovo, tu peux te dire d’accord, ce devait être une erreur de plume, car je viens de recevoir de la B. de M. avis d’un virement de 4 200 de la Cotonnière, donc tout est bien.

 

Voilà un jeudi très beau, nos chéris en profitent. André a été au catéchisme ce matin, ensuite il a appris le chapitre pour dimanche prochain, puis sa leçon de piano et il n’a plus rien à faire pour tout l’après-midi, il s’amuse avec son âne, seul en attendant Robert, qui a deux grandes pages de devoirs à finir comme punition de sa méchanceté de ce matin. Monsieur est un petit colère. Voilà plusieurs jours de suite qu’il ne retrouvait jamais ses cahiers, plume ou livres au moment de se mettre au travail. Je crois qu’il faisait exprès de les égarer, pensant qu’ainsi il ne travaillerait pas. Mais aujourd’hui on a sévi et il est condamné à aller dimanche à la messe avec un écriteau dans le dos « je suis un désordre ». En entendant cette menace, il est devenu enragé et a encore obtenu une autre punition. Pauvre Bertus, il y a des moments où il trouve la vie bien amère.

 

Comme Noëlle, l’autre jour, c’était samedi soir, elle trouvait qu’elle aimerait bien mieux être Jeanne Ongagna, qu’on ne lui dirait pas toujours de prendre du pain à la main, qu’elle irait au lit à neuf heures du soir. Je lui ai répondu très tranquillement, ayant l’air de trouver la chose toute naturelle, que c’était très facile, que le lendemain au sortir de la messe on ferait l’échange, elle irait dîner chez les Ongagna, nous prendrions Jeanne à sa place qui deviendrait ma petite fille. Elle n’a d’abord rien dit mais tout d’un coup la voilà qui éclate en sanglots : « Gardez-moi, je veux rester avec vous, ma petite Maman, je ne veux pas changer » et c’était un gros chagrin. Elle avait réfléchi sans doute que s’il y avait quelques avantages, il y aurait surtout bien des inconvénients.

 

Il y a énormément de trains de troupes qui passent, qui descendent surtout. La division qui était à Arches, dont faisait partie Paul Boucher, s’embarque aussi ces jours-ci.

 

Ton costume est fait, je te l’enverrai demain. Je ne sais s’il t’ira bien. S’il y a des retouches, on les fera quand tu viendras, tu auras soin d’en prendre un de rechange.

 

20 juillet - LUI.- Je reçois ta bonne lettre du 17 avec la photo de Noëlle, qui en effet n’est pas très réussie mais que je garde tout de même. Le faire-part des Kiener est en effet bien amusant. Je ne comprends pas comment on ne renvoie pas chez lui ce brave Mr Kiener qui l’a bien mérité car, si tous les Français avaient fait de même, nous n’en serions pas où nous en sommes et surtout après la guerre nous aurions quelque chance de nous relever et de rester la nation puissante que nous devrions être. Bien entendu je parle des gens bien portants. Il est évident que lorsqu’on a une femme fatiguée, c’est le devoir des maris de ne pas avoir d’enfants car avant tout il faut la maman pour pouvoir les élever.

 

J’avais écrit à la Cotonnière de Dedovo pour lui dire que je croyais qu’elle avait fait erreur dans le calcul de mes intérêts ou dans celui de mon compte courant. Je t’avais dit de regarder mais la Cotonnière me répond qu’en effet c’est bien 70 que j’ai chez elle et par conséquent les intérêts versés à la Banque de Mulhouse se montent à 4%. Lorsque la Banque de Mulhouse t’aura avisée de ce versement, écris-moi afin que j’accuse réception à la Cotonnière de Dedovo. A ce sujet, tu m’as dit dernièrement que tu avais pris des fonds russes. C’est parfait, mais garde quand même en banque ou chez les Héritiers, puisqu’ils donnent plus d’intérêt, une somme assez ronde, on ne sait jamais ce qui peut arriver et puis enfin tu as besoin d’argent pour tes dépenses et après la guerre, comme tu le dis si bien, nous serons obligés de renouveler notre mobilier abîmé et il nous faudra de l’argent.

 

Nous avons enfin le beau temps depuis quelques jours et nous en sommes bien contents car ici, dès qu’il pleut, on patauge dans une boue très épaisse et c’est fort désagréable.

 

J’espère que Dédé va bien travailler dans la classe de Mr Defer. D’ailleurs voici bientôt les vacances je crois et notre Dédé doit s’en réjouir énormément.

 

Bonnes amitiés à Maman, Thérèse et Maurice s’il est là. Je t’embrasse ma petite mie avec les enfants de tout cœur. N’oublie pas la photo. Ton Geogi.

 

Voilà deux grandes années passées loin de toi, et il faisait si bon ensemble.

21 juillet - ELLE.- J’ai une lettre de Maguy en réponse à mes souhaits de fête, elle me dit qu’on parle à la Poudrerie de la prochaine offensive vers Tahure, Souain. Il y aurait dit-on 6 kilomètres garnis de tuyaux de gaz asphyxiants, inodores, incolores, invisibles, fortement toxiques : du cyanure d’arsenic. Je te donne ces grandes nouvelles sans t’en garantir l’authenticité, je crois que personne ne peut se dire si bien renseigné.

 

J’ai eu aussi des nouvelles de Marie Molard, qui a fini son déménagement et a dû retourner à Paris. Maurice nous écrit qu’il a fait une visite aux Mangin, ce qui prouve qu’ils n’ont pas encore obtenu leur sursis. Le brave Pierre doit l’attendre impatiemment car il avait le très vif désir, non pas de rentrer à Cornimont, auquel il ne trouve plus grand charme, mais de quitter son bureau, son chef abhorré et ses heures de présence qu’il trouve si fatigantes. Maurice rentre dimanche soir, il s’en réjouit, et toi mon bon chéri quand pourrai-je te revoir, toi mon si aimé dont je suis si en mal. Voilà deux grandes années passées loin de toi, et il faisait si bon ensemble.

 

J’ai oublié de te dire qu’Alice Mangin a cru que j’étais en situation intéressante. Est-ce parce que j’ai épaissi, est-ce parce que j’avais mauvaise mine, ou est-ce tout simplement parce qu’elle s’imaginait que les permissions devaient amener ce beau résultat. Toujours est-il qu’après mon premier séjour à Paris, elle a demandé à Marie Molard : « Quand Marie attend-elle son bébé ? ». Marie M. y pensait si peu qu’elle a demandé « quelle Marie ». Mais Marie Georges. Tu vois mon chéri qu’on nous prête des idées bien plus patriotiques que celles que nous avons ou qu’on nous croit tellement amoureux qu’on s’imagine qu’un résultat palpable doive en témoigner. C’est vrai que si j’avais été bien portante cela aurait pu être, mais hélas ! Il faut y renoncer.

 

21 juillet - JMO 5e RAC/Groupe 95.- Le capitaine Aulard quitte la groupe le 21 juillet pour rejoindre sa nouvelle affectation.

 

22 juillet - ELLE.- Mon Geogi m’a écrit une lettre hier ou plutôt j’en ai reçu une hier pleine de tendresses. J’y sens le cœur de mon chéri battre tout près du mien et c’est bon tu sais de se sentir aimée comme je le suis par toi. L’éloignement n’enlève rien à ton amour, tu me gardes toutes tes pensées, j’en suis si heureuse et je voudrais tant te voir revenir bientôt pour te prouver moi aussi que je t’aime de toutes mes forces.

 

J’ai lu hier dans l’Union républicaine un discours prononcé par Monsieur Melchior, professeur au collège d’Epinal à la distribution des prix. Tu ne peux t’imaginer le plaisir que j’en ai ressenti, il m’a rappelé d’une façon très vive mon temps de petite jeune fille, alors que j’allais chaque semaine à Epinal où Mr Melchior me faisait, ainsi qu’à Suzanne Merklen et Marguerite Hatt un cours de littérature. Ces leçons me sont restées un souvenir très agréable, j’aimais bien mieux cela que toutes les réunions de jeunes filles que je détestais. C’est un si brave homme que Monsieur Melchior, très bon professeur et qui s’est donné toute sa vie un mal énorme.

 

Nous avons eu hier la visite de Mr Auguste Rayel, autre brave homme, mais qui n’a pas la valeur du premier. Il est toujours très cordial, me parle souvent de ta Mère qu’il estimait très haut, il m’a encore dit de te répéter qu’il avait bien pensé à toi qui avais eu tant de peine et en aurais encore en ne la retrouvant pas à ton retour. Il est ici depuis un mois avec sa petite Marie, qui n’est plus une petite fille mais un vrai cuirassier taillé largement, grandes jambes et grands bras, poitrine opulente, elle n’a rien de la jeune fille gracieuse et frêle qu’on pourrait s’attendre à voir paraître en entendant son père parler de sa « petite Marie ». Avec cela d’ailleurs très bonne fille, toujours contente de tout, elle aurait bien fait comme femme pour François comme l’oncle Paul Boucher en avait formé le projet.

 

Je t’envoie mon chéri mes plus tendres baisers. Ta Mi.

 

22 juillet - LUI.- J’ai reçu en même temps aujourd’hui tes deux lettres du 18 et du 19. C’est bien ennuyeux que le photographe ne t’envoie pas les photographies. Enfin si elles sont très bien ce sera une compensation au retard. Tu feras mes bonnes amitiés à Maurice, puisque tu me dis qu’il revient dimanche. Je pense qu’il restera quelques jours. Pour votre camion automobile, je pense qu’il s’entendra avec Paul puisque Paul s’occupe un peu maintenant de l’affaire.

 

Je comprends que notre Dédé soit bien content d’avoir quitté Mademoiselle Marchal si on travaille si peu chez Mr Defer. Dans le compliment qu’il a adressé me dis-tu à son ancienne institutrice, il devait je pense lui exprimer ses amers regrets de ne plus travailler sous sa direction. Voilà des regrets bien sincères, n’est-ce pas Mie. En tout cas voici les vacances et tu as le temps de voir ce qu’il y aura à faire. Avec Mademoiselle Marchal j’estime qu’ils avaient un peu trop de devoirs. Avec Mr Defer, ils en ont moins mais, comme je te le proposais, Mlle Marchal pourrait peut-être lui donner des devoirs en surplus sans même venir à la maison, car il faut que notre petit Dédé commence à travailler un peu tout seul et puis tu peux le forcer un peu à lire et à te raconter ce qu’il a lu. A neuf ans, il me semble que c’est déjà une très bonne chose. Un autre jour aussi il peut écrire à son papa et lui raconter un peu en détail tout ce qu’il fait et toutes ses impressions.

 

Enfin tu sais mieux que moi ce qu’il faut faire. Comme d’ailleurs, à moins d’événements que je ne prévois pas, j’aurai certainement une permission avant la fin des vacances, nous pourrons en causer plus à loisir lorsque je reviendrai.

 

Toujours le beau temps de notre côté, voilà qui va faciliter l’offensive. Mais je crois comme toi malheureusement que la guerre n’est pas encore finie et tu devines combien je le regrette en pensant à ma petite Mie qui me manque tant et dont je suis si en mal.

 

Bonnes amitiés à Maman, à Thérèse et à Maurice. N’oublie pas de me dire quand la Banque de Mulhouse t’aura avisée du versement de la Cotonnière de Dedovo. Je te serre sur mon cœur avec les chéris comme je vous aime. Ton Geogi.

 

23 juillet - ELLE.- Notre petite Noëlle n’est pas encore bien remise de son embarras gastrique du début de la semaine, elle avait semblé mieux aller au bout de deux jours et on a élargi la surveillance, Mademoiselle en a profité pour manger des groseilles et voilà qu’il a fallu tout recommencer. Elle a circulé toute une nuit, empêchant Maman de dormir, puisqu’elles couchent dans la même chambre et le lendemain elle avait de la fièvre. Aujourd’hui elle va mieux mais nous allons la garder quelques jours au régime très sévère pour la guérir tout à fait.

 

Les autres vont très bien. Robert se met encore souvent en rage, c’est son gros défaut. Dans ce cas, il ne sait plus ce qu’il fait, un vrai petit fou.

 

Notre auto ne marche plus bien du tout. Je ne l’ai pas conduite depuis mon retour mais Faron, qui est allé à Epinal chercher un docteur pour Mme Bigaut qui est très malade, vient de m’appeler pour me le faire constater, quand on ne presse pas sur la pédale de gaz, le moteur s’arrête. Nous allons être obligés de faire venir un monteur et pendant ce temps on en sera privé, ce qui est bien ennuyeux. Voilà ce que c’est de confier ses affaires et surtout son auto à un petit jeune homme. Tout le temps que je m’en suis occupée, elle marchait très bien.

 

André et Robert s’amusent toujours beaucoup avec leur âne et je remarque avec plaisir qu’André se débrouille bien, il grimpe dessus avec rapidité, l’attelle, le dételle seul. C’est ce qu’il aime. Se promener avec son âne, ne pas causer, rêvasser bien tranquille, mais des jeux organisés avec d’autres enfants, cela ne lui convient pas. Il n’a besoin de personne avec lui. Ce matin il a eu l’affront d’avoir son catéchisme à copier car il ne le savait pas bien et, comme c’est moi qui le faisait, il fallait que je sois plus sévère avec lui qu’avec les autres, car sans cela ils auraient crié à l’injustice, tu sais ce que c’est.

 

Je pense à toi mon chéri et suis heureuse de voir passer les jours car cela me rapproche de celui où tu me reviendras. Ta Mi.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 23/07/1916 (N° 1335)

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Le général de Villaret - Commandant d’armée

Le général de Villaret, dont nous donnons aujourd’hui le portrait, est un de nos plus jeunes commandants d’armée. Avant la guerre, il commanda la mission militaire en Grèce, à la suite du retour en France du général Eydoux, appelé à la tête du 10e corps. C’était au commencement de 1914 ; il était tout nouvellement brigadier. Il rendit alors de grands services à la cause française en Grèce. Les rapports de notre attaché militaire à Athènes ont signalé à diverses reprises que, dès les premières semaines de son arrivée en Grèce, le général de Villaret avait su conquérir toutes les sympathies. En avril 1914, il fut nommé au commandement effectif du 1er corps de l’armée grecque, et, au commencement de juillet, ses troupes avaient acquis un entraînement qui leur valait les félicitations officielles du roi Constantin.

 

Rentré en France dès les premiers jours de la mobilisation, il fut mis à la tête d’une brigade. En octobre 1914, il était promu divisionnaire. En janvier 1915, il recevait le commandement en chef d’un des corps de l’armée du général Maunoury. On se rappelle qu’au mois de mars suivant, les deux généraux inspectant les tranchées de première ligne furent tous deux atteints à la tête par la même balle allemande. Le projectile atteignit le général de Villaret en plein front. Le blessé subit l’opération du trépan. Peu de temps après, il reparaissait à la tête de ses troupes et recevait le commandement d’une armée.

 

 

 

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L’humanité des cosaques

En Volhynie, en Bukovine, en Galicie, partout où ils passent sur leurs petits chevaux alertes, les cosaques sont précédés de la légende plus que centenaire qui les représente comme des guerriers impitoyables, semant la terreur et la destruction autour d’eux. Légende d’ailleurs absurde, et qui était déjà inexacte il y a cent ans. Ceux qui vinrent à Paris en 1814, ces cosaques effroyables que des proclamations officielles accusaient de manger les petits enfants, étaient en réalité de fort bons bougres très dociles, très disciplinés et fort obligeants pour la population. Les mémoires du temps le constatent à l’envi. Mme d’Abrantès, notamment, rend pleine justice aux pauvres cosaques calomniés. Mais les légendes ont la vie dure. Celle-ci revit aujourd’hui en Autriche en dépit de toute vérité. Or, de quel côté est la sauvagerie ?

 

Le ‘Novoïe Vrémia’ citait l’autre jour un rapport remis à la commission d’enquête sur les atrocités allemandes et relatif au cas d’un cosaque brulé vif par les Austro-boches, dans le village de S. Les habitants de ce village ont déposé, en effet, que les soldats allemands leur avaient raconté qu’ayant pris vivant un cosaque caché dans un trou à pommes de terre, ils avaient d’abord tenté de mettre le feu à ses vêtements. N’ayant pu y parvenir, parce que les vêtements étaient mouillés, ils lui arrachèrent son uniforme, le saisirent par la tête et par les pieds, et le tinrent dans cette position au-dessus d’un brasier jusqu’à ce qu’il en mourût, ou plutôt, comme disent les Allemands, jusqu’à ce qu’il crevât comme un chien. Les Allemands racontèrent qu’ils riaient surtout d’entendre le cosaque pousser des cris de douleur qui emplissaient tout le village. Les paysans, s’étant rendus à l’endroit indiqué par les Allemands, trouvèrent une centaine de leurs compatriotes entourant un bûcher qui achevait de se consumer. Les Allemands leur dirent alors : « Regardez comme nous avons fait cuire un cosaque ! » Les paysans virent effectivement des ossements et un pied humain dont la peau était calcinée. Les Allemands réunirent enfin les os, ajoutèrent du bois au feu et l’entretinrent jusqu’à ce que tout fût réduit en cendres. Non loin du bûcher étaient étalés un dolman portant des galons blanc sur la manche et une culotte avec des bandes rouges.

 

Comparez à ces atrocités la conduite des cosaques à l’égard de leurs prisonniers. La scène que représente notre gravure s’est passée récemment en Galicie. Elle montre combien les cosaques, si terribles qu’ils soient dans l’ardeur du combat, deviennent compatissants pour l’ennemi vaincu. On voit ici, d’après un récit officiel, quelques cosaques qui, ayant fait mettre bas les armes à une centaine d’Autrichiens, donnèrent leurs montures et leurs capotes à ceux de leurs prisonniers malades ou blessés, et les conduisirent ainsi au prochain cantonnement. De tels traits d’humanité honorent ce peuple de combat.

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Le canon anglais dit "Long Tom"

Canon de 105 m/m en action

Train spécial de canons de 274 m/m dirigé sur le front français

Casemate blindée de tranchée

La voiture atelier

Les voitures de la télégraphie sans fil sur le front

Le repas dans une tranchée

Repérage d'obus non éclatés

Une mitrailleuse allemande qui vient d'être prise

Boyau aménagé

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Les drapeaux de l'aviation et de l'aérostation

Sur le front français - Exercices de déploiement d'une troupe en tirailleurs, protégée par l'artillerie et guidée par une saucisse

Soldats anglais sur une route des Flandres

Pionniers australiens au travail sur le front anglais

Une division britannique qui va sur le front

La région des entonnoirs (butte de Tahure)

L'héroïne serbe Milounka Savitch, trois fois blessée

Le Kaiser à Vouziers inspectant ses troupes

Elèves serbes au collège de Fontainebleau occupés à des travaux d'élevage

A Salonique - Soldat annamite à sa toilette

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Aviation - Guynemer abat son dixième avion - Le sergent de Rochefort son cinquième
  • Allemagne - Rosa Luxembourg inculpée de haute trahison
  • Espagne - Les grèves en Espagne sont terminées
  • La Somme - Grand succès de notre offensive sur la Somme
  • Blessés - Examen d'évacuation
  • Automobile - Achat d'un camion automobile pour les usines - 25 000 F
  • Loisirs - Déplacements d'été
  • Russie - Cronstadt ! Le 25e anniversaire du toast d'Alexandre III
  • Le général de Villaret, commandant d'armée (Portrait dans LPJ Sup)
  • Russie - Les Cosaques (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)


15/07/2016
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